Balade architecturale de la Porte Dorée à l’avenue Ledru Rolin.

A la fin du XVe siècle les voies d’approvisionnement à partir du Sud-Est de Paris vers le centre de la capitale se faisaient par les rues de Charenton, de Reuilly et de Picpus. L’actuelle avenue Daumesnil est venue en complément des précédentes à partir de 1862. Cette percée haussmannienne a permis lors de sa création la réalisation de nombreux lotissements privés. Les adjudicataires de cette nouvelle voie radiale furent souvent des architectes ou des entrepreneurs. Ce sont eux qui dessineront peu à peu le quartier que nous connaissons aujourd’hui.

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Au XXe siècle l’Exposition coloniale de 1931 relancera l’ urbanisation de cette périphérie. L’implantation retenue pour cette exposition organisée sur 110 hectares visait notamment à développer des « quartiers déshérités » le long des fortifications de Thiers. Ainsi le terminus de la ligne 8 du métro fut déplacé jusqu’à la Porte de Picpus rebaptisée Porte Dorée en lien avec la sculpture monumentale dorée de la France coloniale ( une allégorie au casque gaulois symbolisant « la France apportant la paix et la prospérité aux colonies ») qui fut implantée dans l’axe de la place monumentale dont l’ancien musée des Colonies vint clore un des cotés.

Depuis sa construction la Porte Dorée s’identifie fortement à ce bâtiment ( A.Laprade et L.Jaussely Arch.1931) qui fut construit à l’orée du bois de Vincennes pour célébrer l’empire colonial français. Ce projet provoqua d’inévitables conflits politiques lors de sa programmation mais aussi de représentation architecturale entre régionalisme et modernisme, tradition et modernité. 

En 1931 la fine colonnade de ce bâtiment monumental avait pour objectif de mettre en valeur une fonction pédagogique pour les visiteurs: « illustrer l’apport économique des colonies de l’Afrique à l’Asie » . Le bas-relief sculpté sur plus de 1130m2 ( et de 10 cm d’épaisseur maximale) fut réalisé par A.Janniot, il demeure un triomphe de « l’art décoratif moderne » réalisé en deux ans.« Grande tapisserie de pierre abritée par une sorte de dais léger, évoquerait les pays du soleil dans une note neutre et moderne » ( cf. A Laprade dans une note au Maréchal Lyautey commissaire général de l’exposition). Cette allégorie de l’Abondance, de la Paix et de la Prospérité est entourée des figures des grands ports maritimes français. L’Histoire rappelle que de tels ouvrages à but de propagande portent inévitablement les germes de leurs déclins programmés.

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La signature Intérieure du bâtiment est assurée par la couverture intérieure à gradins du hall central ainsi que par les travaux de décoration réalisés par de nombreux artistes réputés : G.Poillerat pour les serrureries décoratives, Baguès pour les luminaires, E.J Ruhlmann et E.Printz pour le mobilier, les mosaïques au sol sont traités comme des tapis précieux, Jean Prouvé a réalisé le portail d’entrée.

Le musée des Colonies (1931-1935) fut ensuite dédié à la France d’Outre-Mer (1935-1959) puis aux Arts d’Afrique et d’Océanie (1961-2003), actuellement il accueille la Cité nationale de l’immigration. 

A la fin de l’Exposition coloniale et après démolition de la majeure partie des bâtiments certains espaces libérés permirent l’implantation de logements sociaux. Des HBM furent construits sur l’emplacement de la Cité de l’Information de l’Exposition coloniale le long du boulevard Poniatowski (1932-1934), résultat tangible d’une volonté politique forte de prise en main de l’aménagement urbain par les pouvoirs publics.

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A ces ilots d’HBM il faut opposer en vis à vis une « dent creuse » sur une parcelle qui nécessiterait d’être « raccommodée » au moyen d’une opération probablement difficile à faire émerger entre pesanteurs administratives et développement abusif des procédures de recours .

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Entre le boulevard Poniatowski et la voie ferrée de « la petite ceinture » rue E Lacoste, un petit lotissement coopératif rappelle la variété du tissu urbain dans ces quartiers périphériques. Celui-ci reprend des plans types d’habitations individuelles développés autour de la rue du docteur Leray dans le 13e par une société coopérative pour cheminots.

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En revenant sur ses pas au 6 boulevard Soult: immeuble de logements (Alluin & Mauduit Arch.1991), un des premiers développements de la façade « véranda » parfaitement adapté pour réduire les nuisances sonores le long du boulevard.

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En remontant l’avenue Daumesnil, à l’angle de l’avenue Michel Bizot et de la rue de Picpus (P.Riboulet Arch.1997), un ensemble de logements avec loggias vitrées économisant l’énergie, améliorant les performances acoustiques et formant jardins d’hiver. Comme souvent, la transformation en pièces de débarras nuit à l’esthétique de l’ensemble.

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Angle rue de Fécamp et 16 rue E.Robert, un plan masse en peigne de chaque coté d’une cour intérieure pour cet ensemble des 600 logements HBM (groupement des architectes de l’office public d’HBM 1924), détails entre tradition et début du vocabulaire de la modernité naissante.

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Au débouché de la rue de Fécamp sur l’avenue Daumesnil, voir aux n°234-246 des immeubles d’habitations sur 4 niveaux pour ouvriers bâtis à la demande de Napoléon III sur sa cassette personnelle. Ils furent dessinés en 1867 et réalisés par des entreprises britanniques.

186 avenue Daumesnil: l’église du Saint-Esprit (P.Tournon Arch.1928-1934). Certainement un des ouvrages des « chantiers du cardinal » les plus ambitieux par la taille. A partir de l’avenue Daumesnil, le porche d’entrée et son clocher (terminé en 1942) viennent s’intégrer entre deux immeubles d’habitations, l’église se développe à l’intérieur de l’îlot en particulier le long de la rue Canebière.

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Modernisme de la structure avec l’emploi du béton laissé brut de décoffrage, l’importance de la coupole de 22m de diamètre et de 33m de haut n’est visible qu’à partir de la rue R.E Robert, les parements des façades sont traitées de façon très traditionnelle en briques de Bourgogne.

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La couronne de lumière qui se dégage autour de la coupole byzantine n’inonde pas l’intérieur de l’église. L’éclairage naturel donne dans le « clair obscur » qui peut rappeler Sainte Sophie de Constantinople. Le poids de la tradition reste ici très pesant. On est loin de l’inventivité développée pour l’église St Jean de Montmartre par Anatole de Baudot (1887-1904), ou par A.et G.Perret dans l’église du Raincy (1923 ) .

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En remontant la rue Canebière on arrive à l’ensemble des 500 logements HLM  du 59-93 rue Claude Decaen, 5-7 rue de Gravelle et rue Georges-Contenot (J.Bourgeois, J.Bukiet, G.Lesou et A.Picard Archi.1955 ). Cette importante rénovation urbaine par sa taille comporte 8 tripodes de 13 niveaux accolés deux par deux, ils sont associés à 5 autres bâtiments linéaires de 6 niveaux. Ces bâtiments inspirés d’exemples suédois ont été construits avant le développement des méthodes de préfabrication , ils sont réalisés avec une structure béton et remplissage en parpaings.

A défaut de luxe et de volupté, le calme règne ici dans un des plus grands jardins privatifs de Paris qui pourrait, en réduisant les blocages administratifs, être partagé avec les autres habitants du quartier. Une densification est en cours avec la réalisation de logements supplémentaires et d’une crèche.

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Ce n’est pas le seul ensemble immobilier monumental dont le plan masse est en rupture  avec le tissu urbain environnant dans le 12e, comme le met en évidence cette maquette du Pavillon de l’Arsenal, d’autres existent en longeant l’avenue de Reuilly .

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Après avoir franchi la Place Daumesnil ( ancienne barrière de Reilly des Fermiers Généraux), au 168 avenue Daumesnil, l’ensemble bureau de Poste et logements pour postiers ( P.Chavannes Arch.1993), cette opération s’est inscrite dans le développement important pour ce type de programme mixte entrepris par l’administration postale à Paris, avec des réalisations extrêmement variées « ….que cent fleurs s’épanouissent » … .

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Lui faisant face, au 187 avenue Daumesnil, le central téléphonique (P.Guadet Arch.1926). Comme pour l’hôtel particulier Guadet du 95 boulevard Murat l’ossature est revêtue de pastilles céramiques colorées.

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Retour place Daumesnil: dans la rue de Reuiily  du n° 95 au 103 et à l’angle avec la rue du Sergent-Bauchat, plusieurs bâtiments distincts ( R.Schweitzer Arch.1971-1976), l’école d’infirmières des Diaconesses et l’institut Sainte-Clotilde. Façades en béton et briques selon les principes du néo-brutalisme et déclinés ici avec rigueur et sobriété.

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Par le même architecte l’importante opération de rénovation urbaine entre la rue de Picpus et les 105-109 rue de Reuilly ( plus de 40.000m² de logements sociaux) construite en 1971 n’offre hélas pas le même intérêt architectural et correspond à la politique de rénovation aux forceps de cette époque. A proximité immédiate l’église St Eloi en acier utilise un vocabulaire contemporain qu’on ne rencontre que trop rarement ( M Leboucher Arch. 1967).

29-33 rue Montgallet et 25 passage Stinville vers le square de la baleine (Babel Arch.2006) un travail « décoratif » des balcons associé à un usage de la brique de parement.

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Dans la rue de Reuilly au n°85 l’impasse Mousset présente quelques exemples d’anciens ateliers d’artisans transformés en habitations avec à la belle saison des floraisons bucoliques. Dans le même esprit au n° 69 le portail de fer forgé permet d’accéder à la cour d’Alsace-Lorraine autrefois dédiée à l’artisanat, maintenant rénovée et repeinte dans des couleurs ocres. La partie arrière de la cour jouxte l’Ecole Boulle.

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Plus loin dans la rue de Reuilly et en longeant le passage Saint-Charles, une autre importante opération d’urbanisme s’étire sur une grande longueur pour attester que les promoteurs ont largement participé au renouvellement du tissu urbain parisien.

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Avant de gagner la rue P.Boudan, l’extension de l’Ecole Boulle, (A.Laprade et J.Prouvé Arch.1952), le mur rideau développé par Jean Prouvé est contemporain de celui de la Fédération du Bâtiment rue Lapérouse, dans les deux cas il a été développé dans un esprit de légéreté y compris dans sa manutention et sa mise en oeuvre sur chantier.

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Avenue Diderot, résidence étudiante (S.Brou Arch.2011) entre signal urbain et rupture de l’alignement et dans les matériaux.

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Entre le boulevard Diderot et la rue du Faubourg Saint-Antoine, on rejoint l’ancienne caserne de Reuilly. Initialement Manufacture Royale des Glaces en 1634 puis bâtiment militaire et administratif sous Louis-Philippe. Ce terrain de 2 hectares fait l’objet d’une réhabilitation et d’un réaménagement avec démolition des murs d’enceinte pour faire émerger un nouveau quartier d’environ 600 logements autour de l’ancienne place d’arme aménagée en espace vert de 5.000 m2.

Au delà à gauche, la rue Crozatier permet de rejoindre l’ avenue de Corbera. Des deux cotés de cette rue un ensemble de logements de rapport par le même architecte (E.Lambla de Sarria Arch.1923-1928) pour le compte d’un investisseur privé. L’homogénéité monumentale de la rue est rythmée par des bow-windows, totalement à l’opposé du morcellement quasi-systématique mettant en valeur les individualismes qu’on rencontre depuis une vingtaine d’années.

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48 boulevard Diderot, l’ancienne Maison des élèves de l’école Centrale ( P.Leprince Ringuet Arch.1929) a été transformée en résidence Citeaux du CROUS de Paris.

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28 rue de Citeaux, la cuisine centrale de l’hôpital Saint-Antoine (E.Ciriani Arch.1985),la volonté de produire un manifeste d’abstraction tout en bousculant vigoureusement les constructions voisines, naissance du « style Ciriani » entre complexité et modernité plastique aux effets de démonstration très appuyés qui apparait maintenant très daté.

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En face le square L. Ferré et le passage Driancou, comme dans beaucoup de lieux de l’arrondissement, le passé artisanal du quartier cède la place à la boboisation rampante.

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Seul lotissement notable dans le faubourg Saint-Antoine avant la Révolution, le Marché-Beau, devenu Marché d’ Aligre, est installé depuis 1781. M-G Jolivet, architecte de la ville  construisit en 1843 le nouveau marché couvert . Dans la partie Nord-Est l’immeuble aux balcons filants exprime par sa rupture très affirmée avec le tissu environnant la brutalité de beaucoup de rénovations urbaines des années 70 .

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Le quartier possède d’autres chocs urbains, celui à l’angle de l’avenue Ledru-Rollin et du 50-56 rue de Charonne résulte de l’abandon en 1965 de l’élargissement programmé de cette rue à 40m.

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Une tranche particulièrement fine attire l’attention du promeneur.

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Seule compensation pour les nostalgiques à ce carrefour :« le Bistrot du Peintre ». Crée en 1902 dans un décor brasserie Art Nouveau et orné de faïence et de bois, il vous permettra d’épiloguer sur les bouleversements urbains passés ou à venir de l’arrondissement.

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Paris 16é, balade architecturale du Trocadéro jusqu’au pont Mirabeau.

Le regroupement des anciens villages de Passy et d’Auteuil avec des champs, des couvents et des châteaux est à l’origine du 16é arrondissement. Les grandes propriétés seigneuriales ont été découpées et loties comme le hameau Boileau qui reçoit des « cottages gothiques », puis peu à peu de plus grandes opérations d’urbanisme réalisées au rythme de la libération des terrains donnent au quartier sa trame actuelle. En 1860 le rattachement à Paris a lieu.

Le 16é va se couvrir de constructions entre 1895 et 1915. Des rues entières vont se construire chacune avec un ou deux architectes assurant de cette façon une unité architecturale, majoritairement dans le style post-haussmannien.

Le percement de grandes avenues permet alors à la grande bourgeoisie de se faire construire des hôtels particuliers. Toutefois jusqu’au début du 20é siècle les ateliers des artisans et des petites industries vont les côtoyer, le départ de ces activités polluantes à l’Ouest de la capitale permettra la réalisation d’opérations de construction .

Cette balade débute au Trocadéro pour suivre tout d’abord la crête de la colline de Chaillot.

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Une des réalisations majeures de ce quartier peu après avoir dépassé le Trocadéro se trouve au 25bis rue Franklin ( A.G. et C. Perret Arch.1903-1904). Cet immeuble novateur a fait lors de sa construction la démonstration des possibilités technique du béton, sur un terrain de faible profondeur et de petite surface (185 m²) qu’une cour intérieure aurait rendu difficile à valoriser. Or toutes les pièces d’habitation sont orientées sur la rue, et en façade arrière le remplissage de la cage d’escalier est réalisé par des briques de verre. Les murs porteurs ont été remplacés par des poteaux porteurs en béton armé permettant un plan d’étage libre. En façade les remplissages entre poteaux sont constitués par des panneaux en béton et l’ensemble est revêtu de carreaux de grès flammés à motifs floraux d’A. Bigot alors à la mode dans le style Art Nouveau.

C’est F. Hennebique qui lança l’utilisation du béton dans la construction parisienne, mais à l’origine les architectes n’ayant aucun retour d’expérience sur le vieillissement de ce nouveau matériau et par crainte que sa porosité à la pluie ne favorise l’oxydation des armatures l’ont protégé par des habillages « décoratifs ».

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La silhouette découpée de la façade du 25bis rue Franklin recherche l’ensoleillement maximum pour les pièces principales.

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Plus loin au n°17 rue Franklin à l’angle avec la rue Scheffer ( M. Hennequet Arch.1930). La façade de cet immeuble d’habitation est rythmée par l’alternance des poteaux et des bow-windows à 3 pans géométriques assez typique des années 1920-1930.

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Remontée vers l’angle avenue Paul Doumer et rue Scheffer, ( Anger et Puccinelli Arch.1960) la géométrie combinatoire participe à la création d’une dynamique urbaine et s’apparente d’une certaine façon à de l’art cinétique. En rez de chaussée , aménagement du hall réalisé par l’Oeuf centre d’études d’une grande fluidité.

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Au carrefour de la place de Costa-Rica descendre la rue de l’Alboni, elle surplombe le métro ligne 6 qui s’enfonce en souterrain vers Passy. C’est l’emplacement de la plus importante opération immobilière engagée avant l’Exposition Universelle de 1900 à Paris par la société Immobilière du Trocadéro et l’architecte Louis Dauvergne. Les immeubles s’accrochent sur la pente de la colline de Passy assez forte à cet emplacement. Les deux immeubles à tourelles qui donnent sur la quai de Seine de part et d’autre de la ligne 6 sont d’anciens hôtels construits pour l’exposition universelle de 1900 de Paris et transformés ensuite en immeubles d’habitations .

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On remonte ensuite vers la place de Costa-Rica pour prendre la rue Raynouard. Au n° 15-17 (M. Julien & L. Duhayon Arch.1932) immeubles d’habitations de luxe dont la vue des appartements s’ouvre largement coté Seine qu’elle domine. Ici les architectes ont aussi joué sur la dénivellation importante entre les rues Raynouard et Marcel Proust .

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La terrasse au delà du porche d’entrée coté rue Raynouard permet une vue panoramique coté Seine, elle profite de la dénivellation importante de la colline de Chaillot et correspond à  la toiture du bâtiment situé en contrebas rue Marcel Proust.

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n°21-25 rue Raynouard ( L. Nafilyan Arch.1933).

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L’escalier de la rue Raynouard permet de mesurer la déclivité de cette colline de Passy.

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Sur le site de Passy, et coté rue Marcel Proust l’ensemble le l’immeuble de la rue Raynouard apparaît au total comme un immeuble d’une quinzaine d’étages. En contrebas de la terrasse qui correspond au niveau de la rue Raynouard 110 chambres de service.

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A ce niveau coté Seine on entre dans le parc de Passy. Ce terrain appartenait au Ministère de l’Equipement et du Logement, avant de le quitter pour s’installer à La Défense un concours architecte-promoteur a été a été lancé en 1988 pour l’aménagement de ces  2,7 ha en vue de financer l’installation du ministère dans l’Arche. C’est toujours un délicat rôle que d’être le vendeur du terrain et l’initiateur du concours d’aménagement, et celui-ci a provoqué par un « malheureux concours de circonstances » polémiques et remous puisque Claude Parent, le candidat retenu par le jury, n’a pas été celui qui a réalisé l’opération !.

Le parc de Passy, en légère déclivité vers la Seine, est coupé des quais par trois immeubles plots qui le referment sur lui même. En résulte l’image d’un grand jardin intérieur ceint de bâtiments crée en 2004 sur une des dernières grandes parcelles de la capitale.

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On sort du parc de Passy vers la rue d’Ankara. Au premier plan l’extension de l’ambassade de Turquie ( H. Beauclair Arch.1972), et au second l’immeuble du 51-55 rue Raynouard ou se trouvait l’agence des frères Perret ( Arch 1929-1932), construit 30 ans après celui de la rue Franklin. Son ossature en béton apparent libéré de tout parement céramique « décoratif » contraste fortement avec les immeubles précédents qui dominent le parc de Passy.

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En remontant la rue d’Ankara vers la rue Raynouard une succession d’ immeubles 1930 dépouillés de toute ornementation.

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L’immeuble sur une parcelle triangulaire à l’angle de la rue Raynouard et de la rue Berton pour abriter l’agence et l’appartement d’A Perret aux 2 derniers étages.

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Le béton s’est défait de la céramique d’habillage, il s’affiche comme un nouveau matériau noble. Au niveau -1 par rapport à la rue Raynouard une utilisation de la façade rideau pour l’agence coté rue Berton, qui reste un dispositif rare chez Perret

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En continuant  la rue Raynouard vers la rue du Ranelagh on surplombe la maison de Balzac. Poursuivi pas ses créanciers Balzac loua cette maison en 1840 ( 5 pièces en rez de jardin ou il séjourna 7 ans, une seconde entrée lui permettait de fuir ses créanciers). Au second plan l’immeuble en terrasses du quai Kennedy ( A. Rémondet Arch. ).

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La Maison de la Radio (H. Bernard Arch.1955-1962), en cours de rénovation lourde par Architecture Studio.

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On emprunte ensuite à droite la rue du Ranelagh, la moitié de l’élévation des n° 34-36  de 10 étages est ici en gradins ( Y.Colmet-Daage Arch.1952-1957). Il faut rappeler qu’ à la suite de la modification de la réglementation de 1902 et de l’impérieux besoin de constructions nouvelles des années 50, le problème du gabarit a resurgit. Évolution démographique et renoncement à la ville basse ont aboutit au règlement de décembre 1950 révisé en juillet 1956 qui a permis de densifier les constructions tout en respectant l’ensoleillement, l’effet étant plus spectaculaire sur les voies de faible largeur .

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Donnant sur la rue du Ranelagh, la rue Vion-Whitcomb (n°5 :J. Ginsberg et F. Heep Arch. 1935), est une variation sur la façade de l’immeuble de Le Corbusier du 24 rue Nungesser et Coli. Ginsberg a opté pour un traitement en travertin là ou Le Corbusier a préféré le verre.

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En face de la rue Vion-Whitcomb: la rue des Chalets présente une toute autre vision de l’architecture urbaine, ainsi que la dernière partie de la rue du Ranelagh vers le boulevard de Beauséjour.

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La rue du Ranelagh aboutit sur le boulevard de Beauséjour qui suit le tracé de l’ancien chemin de fer d’Auteuil (de la station Passy-La Muette à la station Auteuil Boulogne, (ces stations sont maintenant transformées en restaurants).

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En revenant sur ses pas dans la rue du Ranelagh on emprunte la rue du docteur Blanche, riche d’autres réalisations architecturales , pour commencer (le n°5 P. Patout Arch.1928)

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Puis la rue Mallet Stevens, 1927. Une parcelle de terrain libre de 3800 m2 a fournit à Robert Mallet-Stevens l’opportunité de réaliser une suite d’ateliers-maisons de ville. Très associé au « style Art Déco » en raison de son œuvre graphique pour les décors de nombreux films, il crée ici une entité qui évite le système fermé des villas et hameaux voisins pour réaliser le seul manifeste « Art déco » parisien de cette importance. Le traitement est identique pour les volumes construits, « son aspect même, par sa structure générale, doit évoquer la placidité sans tristesse », pour Mallet-Stevens l’architecture est un assemblage de volumes géométriques d’une grande pureté formelle d’où est absente toute expression de la technique de construction.

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A l’entrée du lotissement l’hôtel particulier et l’agence de Mallet-Stevens ( par rapport à l’origine la construction a été surélevée de 2 niveaux).

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L’atelier de sculpture des frères Martel avec 3 appartements autonomes, autour de l’escalier s’articulent les différentes pièces. La chaussée  est bordée de trottoirs agrandis par des bandes de gazon; aucune barrière ne limite ces zones, l’aspect d’ensemble est celui de maisons au milieu de jardins.

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A l’origine l’hôtel particulier Reifenberg dont la cage d’escalier est l’élément structurant.

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En revenant rue du docteur Blanche au n°13-19 un immeuble d’habitations (J. Ginsberg G. Massé et A. Ilinski Arch.1950-1953). Ici la façade contribue à l’expression plastique du bâtiment.

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En retrait sur la rue et construit sur pilotis l’immeuble permet de dégager un espace pour un jardin qui accueille des sculptures ( A. Bloc ) et d’apercevoir le jardin intérieur de la parcelle.

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Plus loin la rue Henri Heine offre une variété d’échelles et de styles architecturaux.

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Au n°15 immeuble d’habitation (H. Guimard Arch.1925-1926).

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A l’angle avec la rue Jasmin l’ancien central téléphonique Jasmin ( P. Guadet Arch.1913) transformé en immeuble de bureaux. Structure béton revêtue de pastilles céramiques en particulier autour du porche d’entrée Art Nouveau.

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Dans la rue Jasmin le n°3 du square Jasmin, hôtel particulier (H. Guimard Arch. 1924-1926) entièrement réalisé en moellons de béton préfabriqués, cet hôtel devait être le premier d’un lotissement dans le square Jasmin, cette expérience restera sans suite.

La céramique est un des premiers matériaux utilisé pour cet habillage ( blanche chez Sauvage, plus travaillée chez d’autres comme on le découvrira). A partir des années 30 une nouvelle technique s’impose: l’utilisation des éclats de grès cérame, plus faciles à poser et surtout s’accommodant plus facilement des imperfections et des tolérances du béton.

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Plus loin au Carrefour rue Jasmin-avenue Mozart, brique vernissée bleu ciel pour un immeuble de standing des années 1900.

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En remontant la rue de l’Yvette la rue Robert Turquan offre en fond l’ immeuble du 11 square Jasmin ( J. Rivet Arch.1956) à la façade d’une grande rigueur dont la structure métallique peinte en noir et les allèges en verre émaillé sont clairement exprimés.

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Rue René Bazin un autre hôtel particulier qui joue le contraste avec les autres immeubles voisins.

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Toutes les rues mènent finalement au Square du docteur Blanche pour visiter la Villa La Roche ( Le Corbusier Arch. 1923-1925), et la Villa Jeanneret actuellement siège de la Fondation Le Corbusier. La villa La Roche est avant tout celle d’un collectionneur de tableaux notamment des oeuvres d’Ozenfant pour lequel Le Corbusier a réalisé l’atelier près du parc Montsouris.

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Le hall est ouvert sur les 3 niveaux, aucun décor superflu pour jouer avec la lumière tout au long de la journée.

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La rampe menant à l’étage est la première étape d’un parcours qui multiplie les vues et les stations pour apprécier la volumétrie intérieure, que Le Corbusier appelait la « promenade architecturale ».

La galerie des tableaux et la rampe courbe inclinée vers le 2é étage.

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Au 3é étage: le toit jardin, avec banc et dalles ciments.

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Pour rejoindre la place d’Auteuil on prend d’abord la rue Raffet le n°40 à l’angle avec la rue Jasmin ( A Morosolli Arch.1929) est d’une teinte atypique dans ce quartier.

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Maison « triptyque » n° 24 rue Jasmin (P.Abraham Arch.1923). Colonnes cannelées, chapiteaux épurés au maximum et bow-windows revisités pour proposer une vision Art déco du classicisme.

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Angle rue Jasmin et rue Heine:le collège Montmorency ( Pol Abraham Arch.1928-1931).Sur un terrain de 168 m² un collège initialement destiné pour de jeunes américaines. La bibliothèque est en saillie par rapport aux autres niveaux et renforce l’aspect sculptural.

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Au n° 65 rue La Fontaine : « Studio Building » (H. Sauvage Arch.1926-1928), un des derniers projets de Sauvage avec une ré-interprétation des bow-windows. Cet immeuble est composé d’ateliers d’artistes disposés en duplex, l’ensemble est revêtu de carreaux de céramique qui a évolué avec plus de polychromie par rapport à ses précédentes réalisations des rues Vavin et des Amiraux.

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Ateliers d’artistes rue Lecomte de l’Isle.

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Toujours en remontant vers la place d’Auteuil: l’ancien château Ternaux construit au 19é siècle pour un industriel du tissage de châles, actuellement Lycée JB Say.

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A la suite de ces diverticules pour percevoir la grande variété des bâtis, on arrive Place de l’église d’Auteuil. Pour servir d’annexe à l’église construite sur la place de 1877 à 1892 par E. Vaudremer, le regard est accroché par la chapelle sainte-Bernadette construite par P. Hulot Arch.(1936) et complétée en 1953 par cet alignement poteaux et portique en brique rouge sur la rue.

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Au n° 2 rue Verderet ( Bassompierre, de Ruté, Sirvin Arch. 1931) une recherche sur la volumétrie assez proche de celle de Pol Abraham rue Heine et sur un terrain encore plus petit (78 m²). Ensemble de grands studios. Façade revêtue de carreaux cassés ocre.

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On redescend ensuite vers la Seine par l’avenue Th. Gauthier pour un aperçu du Square Henry Paté ( P. Patout Arch.1929).

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Un peu plus loin on emprunte la rue Perrichont, au n° 15 ( J. Richard Arch.1907, Gentil & Bourdet céramistes), immeuble de rapport économique avec des détails floraux en céramique assez proches de ceux d’A. Bigot pour le 25 rue Franklin. J Richard reprendra ces détails pour l’hôtel particulier du 40 rue Boileau (1908).

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Le vis à vis du n°15 avec un traitement en totale opposition, les deux immeubles s’enrichissant néanmoins mutuellement.

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A l’angle de la rue des Pâtures et du 42 avenue de Versailles ( J. Ginsberg & Heep Arch. 1934). Cet immeuble est le deuxième réalisé à Paris par Ginsberg: ses lignes sont particulièrement élégantes en particulier le traitement à l’angle des 2 rues. A noter que pour ce projet les deux architectes sont aussi les Maîtres d’ouvrage. Cet immeuble présente des similitudes de recherches esthétiques proches de l’immeuble du 216 boulevard Montparnasse ( B. Elkouken Arch.1932).

Le premier immeuble réalisé par Ginsberg à 26 ans( associé à Lubetkin 1931) est au 25 de l’avenue de Versailles et il relève du purisme.

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Angle rue Degas et quai Louis Blériot (A. Gille Arch.1935), façade en grès cérame traité en mosaïque.

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On franchit le pont Mirabeau avec la vision du quartier Beaugrenelle et l’urbanisme des années 70.

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7 Rond Point du Pont-Mirabeau et 14 rue de la Convention: immeuble d’habitation (J. Bassompierre, P. de Rutté et P. Sirvin Arch.1930-1933). Modernisme et monumentalité, les formes sont ici souples et revêtues de carreaux de grès.

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Les balcons garde-corps et portail d’entrée par Raymond Subes.

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On retrouve le RER C et sa station avec céramiques.

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