75010 de Belleville à la place de la République en passant par le canal St Martin

Descendre la colline de Belleville puis longer les rives du canal Saint-Martin, se diriger vers les gares de l’Est et du Nord pour terminer cette balade à proximité de la place de la République permet de découvrir un large panorama de la production architecturale très riche en contrastes, ce qui constitue une des spécificités des quartiers périphériques.

de-belleville-a-la-place-de-la-republique

Sur les hauts de Belleville la rue du Faubourg du Temple est située sur l’un des anciens chemins reliant Paris au village de Belleville dès le XIe siècle pour ses approvisionnements en produits agricoles, notamment la vigne prépondérante sur ce territoire.

De nos jours cette rue demeure une importante zone de chalandise très animée.

105 rue du faubourg du Temple, le « Palais du commerce » (F.Bauguil Arch.1923), ce regroupement d’une cinquantaine de commerces et d’ activités sur trois niveaux est situé dans une zone populaire. La façade présente une esthétique d’un esprit monumental mais l’ensemble répond toujours à sa fonction première de pôle commercial du quartier.

p1000510

Une verrière couvre l’ensemble et éclaire jusqu’au niveau du rez-de-chaussée grâce à un puits de lumière central. A l’opposé de la rue, un escalier avec des vitraux permet d’accéder aux différents niveaux. En sous-sol la salle de concert « La Java »est implantée sur la totalité de la parcelle.

Au carrefour  80 rue du faubourg du Temple et 176 rue St Maur ( L. Lambion Archi.1929 ) : un travail de façade sur les plissements et la multiplication des vues biaises pour venir chercher la lumière, la mise en valeur de l’ensemble est renforcée par l’implantation en angle.

36 rue Jacques-Louvel-Tessier (P. Friesé Arch.1908): la sous -station électrique « Temple » destinée à la répartition de l’énergie nécessaire au métro. Cet architecte développa dans Paris une série de 11 sous-stations jusqu’en 1912 selon la même typologie: une structure métallique affirmée incluant de grandes parties vitrées en façade, libérant une grande surface au sol « le hall des machines » et permettant une aération maximale pour dégager la chaleur du matériel électrique. Ecriture classique en partie supérieure avec emploi de briques silico-calcaires.

Après avoir longé l’hôpital St Louis et remonté l’avenue Claude Vellefaux, on arrive place du colonel Fabien au siège du P.C.F.(O.Niemeyer et J.Prouvé Arch.1968-1971).

La forme fortement affirmée de l’immeuble de bureaux implanté en fond de parcelle se déploie avec son mur rideau en courbe. Devant, la couverture de la salle de l’assemblée émerge du sol et forme un signal fort.

Oscar Niemeyer a précisé que la localisation du bloc principal s’expliquait par le souci de cacher le pignon de l’immeuble voisin qui selon lui ne devait pas compter dans l’ambiance architecturale. Les courbes de la façade laissent, entre celui-ci et le bâtiment voisin, l’espace nécessaire aux accès verticaux. Cette même courbe se retrouve dans les couloirs intérieurs sinueux et de façon presque « baroque » dans le hall central.

Le hall-foyer regroupe différents espaces d’expositions et donne accès au grand auditorium placé à ce niveau dont le volume émerge dans le jardin comme un élément essentiel de la composition. Ce même dispositif, bâtiment isolé et émergence du sous-sol semi enterré dans le jardin, a été développé par O.Niemeyer pour la bourse du travail de Bobigny et un projet non réalisé pour le siège de Renault à Boulogne-Billancourt.

Pour donner à ceux qui pénètrent à l’intérieur du foyer l’impression d’une grande ampleur O.Niemeyer a projeté l’escalier extérieur très étroit, ce qui permet par contraste l’effet souhaité lorsqu’on découvre le vaste espace semi-enterré devant l’auditorium.

La visite du niveau de la grande salle est toujours possible. L’aménagement de cet espace  se développe comme un foyer périphérique dont le nivellement varié du sol  détermine plusieurs espaces fonctionnels.

En Janvier 1974 O.Niemeyer dans un entretien paru dans l’Architecture d’Aujourd’hui faisait ce commentaire qui demeure d’une parfaite actualité:« Je suis inquiet de voir comment est difficile la tache de mes confrères du vieux monde. Ce sont des règlements qui s’accumulent jour après jour pendant des années, limitant la force créative; des concepts dépassés de tradition et culture, et une bureaucratie qui s’intéresse a bien des choses, mais pas à la création architecturale ».

On  descend ensuite par la rue Louis Blanc vers le canal Saint-Martin.

Le long du canal, au 179bis quai de Valmy, une façade « vertueuse » revêtue de modules photovoltaïques a pour objectif l’autonomie énergétique du centre d’hébergement d’ Emmaüs de 40 chambres  (E.Saadi Arch.2011).

En continuant la rue Louis Blanc au n°26 :un ancien immeuble de commerce (Ch.de Montarnal Arch.1906). Structure métallique et larges ensembles vitrés dépourvus de tout ornement superflu pour ces anciens ateliers de confections. La reconversion récente en commissariat de police, en particulier le rehaussement du rez de chaussée, a modifié le traitement d’origine tout en transparence .

Lui faisant face mais dans un esprit totalement opposé à la « fonctionnalité constructive »: l’immeuble du conseil des prud’hommes de Paris . La monumentalité de cette nouvelle forteresse est lourdement appuyée par un pan de verre incliné hélas beaucoup moins sophistiqué techniquement que celui de Jean Prouvé pour le siège du PCF (H.Baju Archi. 1990).

Avant d’arriver rue La Fayette, un détour au 228 rue du Fbg.Saint-Martin pour cet ancien immeuble Damoy  construit pour  abriter les dortoirs des employés de cette entreprise alimentaire (F.Hamelet Arch.1932), la façade est animée par un plissé léger avec pointes de diamant.

Avant de revenir vers le canal Saint-Martin, un second détour vers le 231bis rue Lafayette (Ch Thion Arch.1904) et le traitement « pittoresque réglementaire » du dernier étage avec ses dômes façon belvédère. Si l’architecture haussmannienne  s’est développée durant de nombreuses années sur un consensus, l’homogénéité envahissante des constructions a suscité vers la fin du XIX siècle des critiques de plus en plus vives envers la physionomie générale notamment par Viollet-le-Duc et Charles Garnier.

Le pittoresque architectural devient le nouveau code et provoque de fait une forme d’implosion des règlements urbains, ainsi le nouveau règlement de 1902 autorisera la construction de saillies importantes sur la rue ( bow-windows en particulier) et une grande tolérance dans le traitement dit « pittoresque » des parties supérieures en modifiant les règles de gabarit « afin de permettre les effets les plus inattendus et les plus mouvementés » dont profiteront les appartements situés aux derniers étages, devenus de luxe avec le développement des ascenseurs .

Retour vers le canal St Martin,

Réalisé en 1825 et reliant le port de l’Arsenal au bassin de la Villette mis en eau en 1808,le canal St Martin a rapidement regroupé de 1835 jusqu’en 1860 des entreprises industrielles implantées précédemment dans les quartiers centraux et qui avaient crées des risques industriels majeurs à proximité des quartiers d’habitations. Ces nouvelles implantations le long de cette voie d’eau et à proximité des gares du Nord et de l’Est permettaient des synergies entre les approvisionnements des matières premières et les enlèvements des produits manufacturés en particulier la mécanique industrielle, la métallurgie lourde et les industries chimiques. Jusque vers 1920 ces activités industrielles côtoyaient sur les rives du canal les lavoirs et les pécheurs comme en témoignent de nombreuses photos.

Au 174-178 du quai de Jemmapes, la cité artisanale Clémentel (R.Bouhier et F.Saulnier Arch. 1933).  A l’époque de sa construction les quais du canal étaient très actifs et la cité accueillait environ 2.000 artisans dans une sorte de phalanstère regroupant 430 ateliers avec des services partagés ( bibliothèque, infirmerie, salle d’exposition, banque). Un léger encorbellement limite l’effet monolithique de cet important bâtiment qui servi de modèle aux hôtels industriels.

La ZAC Jemmapes s’étend sur un vaste périmètre entre le 5-11 place du colonel Fabien et le 61 rue de la Grange aux Belles (P.Chaussade,Ch.Labro R.Locre et JJ Orzoni Arch.1975-1983). Une lourde opération de rénovation urbaine de 1.000 logements avec différents équipements publics de quartier qui part de la place du colonel Fabien pour rejoindre le canal St Martin, une rupture dans l’échelle du tissu parisien que les terrasses successives en décalé face au canal n’arrivent pas à atténuer.

Dans le passage Delessert situé perpendiculairement au canal Saint-Martin, un ensemble de logements sociaux offre à chaque appartement une loggia individuelle revêtue d’un habillage en bois. Au centre de la parcelle, un gymnase semi-enterré avec salles de sports est revêtu coté rue par une fine résille métallique ( V.Parreira Archi.2016).

132 quai de Jemmapes: cette ancienne usine électrique de la Compagnie Parisienne de l’Air Comprimé est un des joyaux du patrimoine industriel parisien ( P.Friesé Arch.1895-1898). Elle a été implantée le long du canal afin de recevoir le charbon nécessaire à la production et lui permettre d’être alimentée en eau pour le  fonctionnement des machines à vapeur. Après 1860 les usines participent à l’émergence d’une architecture purement industrielle qui se perfectionne avec la progression de la maîtrise de l’ingénierie du fer, de la fonte et du verre.

Plus de 300 ouvriers travaillaient dans ce qui était considéré lors de sa réalisation comme la plus moderne usine d’électricité de France.  Le bâtiment de l’administration est implanté le long du quai, le bâtiment de production est situé à l’arrière  perpendiculairement au quai. L’exiguïté du terrain a obligé l’architecte a imaginer des dispositifs pour superposer des fonctions tout en limitant l’impact visuel. Ici les structures métalliques avec poutrelles sont apparentes et enchâssent de grands pans vitrés avec remplissages en briques. Après 1914 l’avancement des technique de production et sa situation très centrale signèrent le déclin de cette usine. L’actuel bâtiment a perdu sa dizaine de cheminées puis l’usine fut transformée en dépôt de presse puis en atelier de meubles pour devenir la propriété d’un papetier.

126 quai de Jemmapes-angle rue de l’hôpital Saint-Louis: foyer pour personnes âgées et école maternelle (M.Duplay Arch.1986) aux façades plissées récurrentes, un style daté et heureusement inimité.

116 quai de Jemmapes : un ensemble immobilier regroupant des équipements publics de quartier ( gymnases, salle de spectacles ) surmontés des six niveaux de logements. Le raccordement avec le bâtiment de droite en briques, une école du XIXe siècle, est un excellent exemple d’intégration grâce à une continuité respectueuse des matériaux et des volumes. (A.Grumbach Archi.1986).

A partir du Jardin Villemin, aménagé sur l’emplacement de l’ancien hôpital militaire Villemin construit en 1870 dans les murs du couvent des Récollets, on peut aller à la découverte de plusieurs réalisations très différentes les unes des autres .

p1000605

Tout d’abord à proximité du Jardin Villemin, au 35 rue L.Sampaix, un immeuble de bureaux (L.Schneider Archi. 1934), une expression monumentale y compris au rez-de-chaussée dans le traitement de la façade en rupture avec l’environnement immédiat.

Un peu plus loin le n°18 passage des Récollets est l’oeuvre de L.Bonnier (Archi.1909), un ardent défenseur du pittoresque, « l’adaptation sincère à des besoins successifs », par opposition à la ville haussmannienne. Ce projet au demeurant économique par l’utilisation de la brique n’est pas dépourvu d’originalité dans le traitement des étages supérieurs et semble en avoir inspiré plus d’un pour le traitement des parties hautes.

Plus loin, Le Jardin de la Cour de la Ferme St Lazare est dû à la présence au début du Moyen Age d’une ferme transformée en léproserie. Cette propriété devint sous la Terreur une prison. En 1830 les aménagements donnèrent naissance à l’hôpital Saint-Lazare dont il ne reste aujourd’hui que la chapelle et l’infirmerie construit par L.P Baltard ( le père de V. Baltard l’architecte des Halles de Paris) en 1834 dans un style néo-classique et en phase avec les théories hygiénistes de la première moitié du XIXéme siècle .

La médiathèque F.Sagan a été implantée dans cette infirmerie après d’importants travaux de réhabilitation et autour d’un jardin d’inspiration méditerranéenne (Bigoni et Mortemard Arch.2015). La spécificité de cette médiathèque est le riche fond patrimonial de livres pour enfants du XVIéme siècle à nos jours (Les heures heureuses).

Non loin de là, au n° 18 rue de Paradis ( G.Jacottin et E.Brunnarius Arch.1888-1889), la façade ornée de céramiques constitua le catalogue exhaustif de la faïencerie Boulanger à Choisy-le-Roi  en activité de 1804 à 1936, celle-ci est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. A l’intérieur subsiste le vestibule, la cour et la salle de réception de la clientèle. Ce batiment après avoir hébergé le musée de l’Affiche et de la Publicité a été transformé en salles de réceptions.

Après avoir remonté le boulevard de Magenta, à proximité de l’église de St Vincent de Paul: au n°14 rue d’Abeville un immeuble de rapport (A & E. Autant Archi.1901).

Cette réalisation est contemporaine de l’immeuble du 29 avenue Rapp commandé pour  le céramiste P.Bigot, néanmoins elle est moins extravagante dans sa décoration. Pour l’immeuble de la rue d’Abeville le traitement végétal stylisé réalisé par P.Bigot autour du bow-window demeure remarquable ainsi que la composition polychrome de la façade: utilisation de la pierre au rez de chaussée, de la brique dans les étages et grès flammé vert. Les garde-corps métalliques sont traités à partir de motifs végétaux façon Art Nouveau.

Dans la même rue au n° 16 et à l’angle avec la rue de Belzunce ( G.Massa Archi.1897) un remarquable décor de cariatides très libérées à la façon « belle époque » vient orner les  bow-windows sur angle et sur rue.

En remontant la rue Lafayette jusqu’à  la pointe avec la rue de l’Aqueduc, au n° 5 une expérience novatrice d’immeuble de rapport à structure métallique sur 7 niveaux d’un esprit totalement différent des précédentes constructions (A.Lefevre Archi.1878).

Cet immeuble est réalisé selon le principe d’une structure métallique industrielle avec des parties apparentes en fonte et en fer s’emboîtant verticalement et horizontalement. Les balcons saillants sont eux aussi réalisés en tôle. Le remplissage n’est pas en brique mais en pierre. Les menuiseries sont en bois encadrées par de fines colonnettes de fonte.

Retour en longeant les voies de la Gare de l’Est au square Villemin. Face à celui-ci, de l’autre coté du canal, le 112 Quai de Jemmapes: un immeuble de rapport (G.Pradelle Arch.1908), briques et bow-windows avec une décoration de céramiques, la finesse des éléments y compris les couronnements des deux derniers niveaux lui confèrent une certaine élégance pas si fréquente le long du canal.

Sur le quai rive droite du canal se succèdent différentes constructions comme celui de l’Hotel du Nord dont la reconstitution bâclée ne suscite pas d’intérêt particulier, il n’est pas interdit de s’interroger sur cette culture de la nostalgie. L’attention pourra se porter sur des plaquages face au canal comme pour cet immeuble de faible épaisseur.

p1000609

Le long du canal à l’angle avec le 2-4 rue Alibert (J.Rey Arch.1932), un immeuble mixte permettant des activités industrielles et commerciales en rez-de-chaussée avec entrepôts en sous-sol et logements sur 7 niveaux avec cour intérieure. Structure béton remplissage briques et finition en enduit de gravillons lavés.

En face, une implantation liée directement à l’activité passée du canal Saint-Martin: l’ensemble des entrepôts du bâtiment des douanes construits vers 1850.

p1000625

La dernière extension des entrepôts des Douanes est située 11 rue L.Jouhaux (M.Dastugue Arch.1957). Une monumentalité toute en raideur, façon années 50, pour ce bâtiment de l’administration le long de la rue qui forme écran à la cour centrale des déchargements.

Après avoir longé sur le coté Nord la Place de la République, on aboutit au terme de cette balade à la pointe Sud du Xéme arrondissement au n°40 rue René Boulanger. L’ actuel hôtel Renaissance est la reconversion d’un précédent immeuble de bureaux ( A.Biro et J-J Fernier Archi.1969), la façade de ce bâtiment de neuf niveaux sur rue est un des rares exemple parisien remarquable en panneaux de fonte d’aluminium moulée. A l’intérieur de la parcelle cet hôtel se poursuit avec une aile sur quatre niveaux perpendiculaire au bâtiment principal. En rez de chaussée, le bar et le restaurant se prolongent à la belle saison avec des espaces extérieurs pour la restauration ou les réceptions.

p1080799

p1080801

 

Paris 20e: de Ménilmontant à « La campagne à Paris ».

 

« Je gagnais les hauteurs de Ménilmontant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversais Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m’amusais à les parcourir avec ce plaisir et cet intérêt que m’ont toujours donné les sites agréables… » (J-J Rousseau – Rêveries du promeneur solitaire, 1776).

Plus de soixante-dix après ce texte de Rousseau, le plan de Paris indique encore pour Belleville et Ménilmontant une urbanisation contenue par le boulevard de Ménilmontant à l’Ouest, au delà le territoire sur la colline n’était que très ponctuellement construit.

Ces communes de Belleville et de Charonne ne furent annexées à Paris qu’en 1860, Belleville fut coupée en deux et rattachée aux XIX et XX arrondissements dans le but de diviser la solidarité ouvrière très active. L’urbanisation progressive a été réalisée par la création de lotissements issus pour partie de plus grands domaines démembrés après la Révolution, ainsi que dans des espaces restés ruraux d’anciennes vignes très présentes alors sur les coteaux de Charonne. Ces lotissements destinés à une clientèle modeste ont aboutit à des résultats urbains qualitativement assez médiocres ( rues étroites et mal reliées au réseau viaire, médiocre qualité du bâti). L’ensemble a fait l’objet depuis 30 ans de rénovations urbaines plus ou moins importantes et brutales en opposition à un certain mode de vie paisible qu’offrait ce quartier dans Paris.

Capture d’écran 2015-07-28 à 08.57.14

Cette balade débute rue de Ménilmontant à l’angle avec la rue des Pyrénées. Au n°121 cet élégant bâtiment était le lieu de villégiature de Nicolas Carré de Beaudoin (P-L Moreau-Desproux Arch.1770). Inspirée par une villa publiée dans le traité de Palladio, cette folie est un témoin unique des maisons de campagnes édifiées au XVIIIe siècle pour les aristocrates. Longtemps propriété de la famille de Goncourt il fut transformé en pensionnat de jeunes filles puis ultérieurement en orphelinat. Ce bâtiment est devenu depuis 2007 l’espace culturel de la Mairie du XXe destiné à accueillir expositions et conférences.

P1330119

Au 119 rue de Ménilmontant, la résidence universitaire des frères Goncourt ( VIB Arch.2015) donne en façade arrière sur le jardin du Carré de Beaudoin. Cette résidence complète celle construite par Paris Habitat au n°111 pour intégrer les étudiants à la vie quotidienne du quartier. A cette hauteur de la rue de Ménilmontant la vue sur les arrondissements centraux est assez dégagée et permet d’apercevoir Beaubourg.

P1330109

En remontant plus haut sur la colline: le « 140 Ménilmontant » (L.Bonnier Arch.1922-1928) L.Bonnier architecte voyer de la Ville de Paris était  très critique concernant l’architecture haussmannienne et il lui a opposé en réaction « plus de pittoresque et de fantaisie artistique ».Le plan masse des 580 logements sur ce terrain de 12.000 m² avec un fort dénivelé, s’est développé en peigne de part et d’autre d’un square avec de nombreuses cours. La réputation de cet ensemble dans le quartier pâtira de sa densité de logements sociaux et Il faudra ultérieurement réduire le square pour créer la rue H.Jakubowicz afin de désenclaver l’ensemble de cette opération qui longtemps n’a pas pu empêcher une certaine forme d’enfermement.

Le traitement des façades est particulièrement austère même s’il comporte de multiples détails de construction pittoresques ainsi qu’une variété d’appareillages de briques.

P1330102

Le retour vers la rue des Pyrénées s’effectue en direction de la place Gambetta, au 283 rue des Pyrénées un immeuble de logements (R.Anger, M.Heymann,P.Puccinelli Arch. 1959), le jeu de volumes dans les imbrications des loggias a été amoindri par la pose de vitrages modifiant l’aspect cinétique de la façade originale.

P1330120

Après avoir passé la place Gambetta, au 6 rue Belgrand, le cinéma Gambetta Palace (H.Sauvage Arch.1920). Sur la façade blanche des masques en partie haute se présentent comme autant d’éléments décoratifs en léger relief, en phase avec la période Art Déco de sa réalisation.

P1300764

190 rue des Pyrénées : l’ancien dispensaire Jouye-Rouve et Taniès (L.Bonnier Arch.1910) devenu centre social du quartier. Cette construction en meulière d’un aspect rustique et pittoresque est implantée à l’angle de la rue Stendhal. Louis Bonnier architecte-voyer en chef de la ville de Paris fut l’auteur du règlement de voirie de 1902 qui permit de rompre avec les règles établies par Haussmann

P1300769

P1330130

209 rue des Pyrénées ( R.Anger, M.Heymann, P.Puccinelli Arch. 1960) moins modifié que l’immeuble du n° 283, les loggias en porte-a faux apparaissent comme une sculpture cinétique. La recherche de géométrie tridimensionnelle a été développée par cette agence tout au long de nombreux projets à Paris en réaction à une certaine « pauvreté » des façades produites à cette époque

P1330132

La rue Charles Renouvier enjambe la rue des Pyrénées et se prolonge par la rue des Rondeaux jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. Cette rue très calme semble particulièrement en retrait de l’agitation de la ville.

P1300775

En empruntant l’escalier longeant le jardin des oiseaux on retrouve en contrebas la rue de Pyrénées, ouverte après 1860 pour relier le XIXe au XIe à travers le XXe.

P1300774

Face à la rue Charles Renouvrier, la villa Stendahl est construite d’immeubles tous identiques en briques et pierre. Ce fut au début du XXe siècle la première rue de Charonne dont les immeubles furent bâtis en rupture d’échelle avec l’environnement immédiat.

P1300779

Plus loin l’espace engazonné laissé libre de toute occupation, est celui du réservoir de Charonne. Il devait accueillir en 2017/ 2018 la « micro ferme de Charonne » groupant des serres, des ruches. L’économie du projet repose sur la culture et la distribution de micro-pousses en phase avec les tendances actuelles du marché alimentaire ( bio, santé, local). Les cycles de production entre une et cinq semaines autoriseraient un volume de production entre environ 25 et 30 tonnes par an.

P1300784

Le chemin du parc de Charonne est sur la ligne de crête de la colline, un premier escalier permet de rejoindre en contrebas la rue de Bagnolet en longeant le cimetière Saint Germain de Charonne.

P1300787

Plus loin, un autre escalier urbain dessert un ensemble de logements et d’équipements publics qui aboutit rue de Bagnolet le long du chemin de fer « de la petite ceinture ».

P1300789

Revenons d’abord par une petite porte donnant chemin du Parc-de-Charonne pour traverser le cimetière de St Germain de Charonne. Dans celui-ci se trouve le mausolée de « Bègue dit Magloire, Peintre en bâtiments, Patriote, Poète, Philosophe et secrétaire de Monsieur de Robespierre 1793″, ainsi que la tombe de R.Brasillach qui écrivit en 1936 « j’aime cet asile ou l’on ne voit que des arbres, un clocher campagnard et d’ou la ville énorme aux hautes bâtisses a disparue ».

P1300793

Située sur la pente de la colline, l’église St Germain de Charonne ( XIIe siècle) a été construite sur un sol argileux, elle subit de fait une instabilité chronique. La campagne actuelle de travaux de confortement de la construction s’accompagne d’une fouille archéologique concernant la céramique funéraire médiévale. C’est autour de cette église que s’est constituée l’urbanisation du village au Moyen-Age.

P1300802

Au débouché de l’escalier, la rue Saint-Blaise bordée de maisons basses est l’ancienne rue principale du village de Charonne.

P1300799

Mais tout d’abord à droite au n°109-115 rue de Bagnolet: logements, bibliothèque municipale et l’hôtel Mama Shelter ( R.Castro, S.Denisoff S.Casi Arch.2008) innervé par l’escalier urbain desservant le coeur d’îlot.

P1300804

Cet ensemble de logements et hôtel longe la ligne désaffectée du chemin de fer de ceinture construite à partir de 1852 et mise en service dès 1862. A l’origine la ligne de 32 km reliait entre elles les grandes gares parisiennes tout en déservant les fortifications . Au 102 bis rue de Bagnolet s’élève encore la gare de Charonne fermée depuis 1934 mais aménagée en 1990 par des étudiants des Beaux-Arts et transformée en salle de concert  « La flèche d’or » en référence au train Paris-Londres.

P1330138

Revenant face à l’église St Germain de Charonne, la rue piétonne traverse le coeur  de l’ancien village restauré avec ses nombreuses terrasses de cafés et restaurants

P1300811

Une place ombragée avec bistrot est en limite de la zone de rénovation de Saint-Blaise et fait face aux nouveaux immeubles d’habitations.

P1300813

39-47 rue Vitruve et 2 rue Galleron, le Collège Flora Tristan ( J.Bardet Arch.1982) avec un jeu de patios périphériques éclairant les salles de classes .

P1300817

Les deux tours de la rue Vitruve ( square Vitruve et des cardeurs) de 36 et 33 étages sont les deux réalisées sur la dizaine projetées à l’origine pour cette opération immobilière sur dalle. Elles demeurent les témoins incontournables d’un échec de certaines rénovations lourdes entreprises dans Paris (Delaage & Tsaropoulos Arch.1975).

P1300814

Retour sur la rue de Bagnolet aux n° 135-137, les escaliers sont consécutifs aux travaux de nivellement de la chaussée entrepris au XIXe pour  amoindrir la pente très raide de la rue à cet endroit.

P1300830

Face au Jardin Debrousse et son pavillon de pierre (seul reste du château de Bagnolet construit en 1734 sur un terrain de 80 hectares qui fut morcelé à la fin du XVIIIe siècle), la rue Pelleport remonte vers la Porte de Bagnolet, à l’angle avec la rue de l’Indre un immeuble d’habitations en gradins selon le règlement des prospects des années 50

P1300842

Après avoir traversé la rue Belgrand et ses immeubles 1930 en brique, on remonte la rue du Capitaine-Ferber jusqu’à la place Octave-Chanute.

P1300846

Une maison individuelle associant vitrages clairs et dépolis ainsi qu’ habillage bois attire l’attention (P.Katz Archi. 2015). En terrasse une voile escamotable pour agrémenter les soirées d’été.

p1300852

De là, un escalier permet d’atteindre le lotissement « La campagne à Paris« .

P1300856

Dans cette zone de Paris et jusqu’aux alentours des Buttes Chaumont, les carrières de gypses étaient nombreuses au XIXe siècle. A cet emplacement une carrière fut comblée par les gravats des percées haussmanniennes entreprises avenue Gambetta. La butte fut achetée vers 1905 par une société coopérative « La campagne à Paris » pour y construire 92 maisons individuelles en meulière ou en briques voire avec colombages entre 1908 et 1928, l’ensemble en surplomb par rapport au boulevard Mortier.

P1300859

Les rues J.Siegfried, I.Blanc, G.Perec, P.Strauss sont bordées de maisons avec des jardinets coté rue, complétés par d’autres jardins à l’intérieur des parcelles ou les bruits de la ville sont estompés.

P1300862

La descente vers la Porte de Bagnolet se fait par la rue Père Prosper Enfantin (1796-1864 fondateur du Secours Mutuel).

P1300866

Le long du boulevard Mortier, en remontant vers Saint-Fargeau, on peut découvrir les autres façades et jardins du lotissement si loin et si proche à la fois de l’agitation de la Porte de Bagnolet.