75010 de Belleville à la place de la République en passant par le canal St Martin

Descendre la colline de Belleville puis longer les rives du canal Saint-Martin, se diriger vers les gares de l’Est et du Nord pour terminer cette balade à proximité de la place de la République permet de découvrir un large panorama de la production architecturale très riche en contrastes, ce qui constitue une des spécificités des quartiers périphériques.

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Sur les hauts de Belleville la rue du Faubourg du Temple est située sur l’un des anciens chemins reliant Paris au village de Belleville dès le XIe siècle pour ses approvisionnements en produits agricoles, notamment la vigne prépondérante sur ce territoire.

De nos jours cette rue demeure une importante zone de chalandise très animée.

105 rue du faubourg du Temple, le « Palais du commerce » (F.Bauguil Arch.1923), ce regroupement d’une cinquantaine de commerces et d’ activités sur trois niveaux est situé dans une zone populaire. La façade présente une esthétique d’un esprit monumental mais l’ensemble répond toujours à sa fonction première de pôle commercial du quartier.

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Une verrière couvre l’ensemble et éclaire jusqu’au niveau du rez-de-chaussée grâce à un puits de lumière central. A l’opposé de la rue, un escalier avec des vitraux permet d’accéder aux différents niveaux. En sous-sol la salle de concert « La Java »est implantée sur la totalité de la parcelle.

Au carrefour  80 rue du faubourg du Temple et 176 rue St Maur ( L. Lambion Archi.1929 ) : un travail de façade sur les plissements et la multiplication des vues biaises pour venir chercher la lumière, la mise en valeur de l’ensemble est renforcée par l’implantation en angle.

36 rue Jacques-Louvel-Tessier (P. Friesé Arch.1908): la sous -station électrique « Temple » destinée à la répartition de l’énergie nécessaire au métro. Cet architecte développa dans Paris une série de 11 sous-stations jusqu’en 1912 selon la même typologie: une structure métallique affirmée incluant de grandes parties vitrées en façade, libérant une grande surface au sol « le hall des machines » et permettant une aération maximale pour dégager la chaleur du matériel électrique. Ecriture classique en partie supérieure avec emploi de briques silico-calcaires.

Après avoir longé l’hôpital St Louis et remonté l’avenue Claude Vellefaux, on arrive place du colonel Fabien au siège du P.C.F.(O.Niemeyer et J.Prouvé Arch.1968-1971).

La forme fortement affirmée de l’immeuble de bureaux implanté en fond de parcelle se déploie avec son mur rideau en courbe. Devant, la couverture de la salle de l’assemblée émerge du sol et forme un signal fort.

Oscar Niemeyer a précisé que la localisation du bloc principal s’expliquait par le souci de cacher le pignon de l’immeuble voisin qui selon lui ne devait pas compter dans l’ambiance architecturale. Les courbes de la façade laissent, entre celui-ci et le bâtiment voisin, l’espace nécessaire aux accès verticaux. Cette même courbe se retrouve dans les couloirs intérieurs sinueux et de façon presque « baroque » dans le hall central.

Le hall-foyer regroupe différents espaces d’expositions et donne accès au grand auditorium placé à ce niveau dont le volume émerge dans le jardin comme un élément essentiel de la composition. Ce même dispositif, bâtiment isolé et émergence du sous-sol semi enterré dans le jardin, a été développé par O.Niemeyer pour la bourse du travail de Bobigny et un projet non réalisé pour le siège de Renault à Boulogne-Billancourt.

Pour donner à ceux qui pénètrent à l’intérieur du foyer l’impression d’une grande ampleur O.Niemeyer a projeté l’escalier extérieur très étroit, ce qui permet par contraste l’effet souhaité lorsqu’on découvre le vaste espace semi-enterré devant l’auditorium.

La visite du niveau de la grande salle est toujours possible. L’aménagement de cet espace  se développe comme un foyer périphérique dont le nivellement varié du sol  détermine plusieurs espaces fonctionnels.

En Janvier 1974 O.Niemeyer dans un entretien paru dans l’Architecture d’Aujourd’hui faisait ce commentaire qui demeure d’une parfaite actualité:« Je suis inquiet de voir comment est difficile la tache de mes confrères du vieux monde. Ce sont des règlements qui s’accumulent jour après jour pendant des années, limitant la force créative; des concepts dépassés de tradition et culture, et une bureaucratie qui s’intéresse a bien des choses, mais pas à la création architecturale ».

On  descend ensuite par la rue Louis Blanc vers le canal Saint-Martin.

Le long du canal, au 179bis quai de Valmy, une façade « vertueuse » revêtue de modules photovoltaïques a pour objectif l’autonomie énergétique du centre d’hébergement d’ Emmaüs de 40 chambres  (E.Saadi Arch.2011).

En continuant la rue Louis Blanc au n°26 :un ancien immeuble de commerce (Ch.de Montarnal Arch.1906). Structure métallique et larges ensembles vitrés dépourvus de tout ornement superflu pour ces anciens ateliers de confections. La reconversion récente en commissariat de police, en particulier le rehaussement du rez de chaussée, a modifié le traitement d’origine tout en transparence .

Lui faisant face mais dans un esprit totalement opposé à la « fonctionnalité constructive »: l’immeuble du conseil des prud’hommes de Paris . La monumentalité de cette nouvelle forteresse est lourdement appuyée par un pan de verre incliné hélas beaucoup moins sophistiqué techniquement que celui de Jean Prouvé pour le siège du PCF (H.Baju Archi. 1990).

Avant d’arriver rue La Fayette, un détour au 228 rue du Fbg.Saint-Martin pour cet ancien immeuble Damoy  construit pour  abriter les dortoirs des employés de cette entreprise alimentaire (F.Hamelet Arch.1932), la façade est animée par un plissé léger avec pointes de diamant.

Avant de revenir vers le canal Saint-Martin, un second détour vers le 231bis rue Lafayette (Ch Thion Arch.1904) et le traitement « pittoresque réglementaire » du dernier étage avec ses dômes façon belvédère. Si l’architecture haussmannienne  s’est développée durant de nombreuses années sur un consensus, l’homogénéité envahissante des constructions a suscité vers la fin du XIX siècle des critiques de plus en plus vives envers la physionomie générale notamment par Viollet-le-Duc et Charles Garnier.

Le pittoresque architectural devient le nouveau code et provoque de fait une forme d’implosion des règlements urbains, ainsi le nouveau règlement de 1902 autorisera la construction de saillies importantes sur la rue ( bow-windows en particulier) et une grande tolérance dans le traitement dit « pittoresque » des parties supérieures en modifiant les règles de gabarit « afin de permettre les effets les plus inattendus et les plus mouvementés » dont profiteront les appartements situés aux derniers étages, devenus de luxe avec le développement des ascenseurs .

Retour vers le canal St Martin,

Réalisé en 1825 et reliant le port de l’Arsenal au bassin de la Villette mis en eau en 1808,le canal St Martin a rapidement regroupé de 1835 jusqu’en 1860 des entreprises industrielles implantées précédemment dans les quartiers centraux et qui avaient crées des risques industriels majeurs à proximité des quartiers d’habitations. Ces nouvelles implantations le long de cette voie d’eau et à proximité des gares du Nord et de l’Est permettaient des synergies entre les approvisionnements des matières premières et les enlèvements des produits manufacturés en particulier la mécanique industrielle, la métallurgie lourde et les industries chimiques. Jusque vers 1920 ces activités industrielles côtoyaient sur les rives du canal les lavoirs et les pécheurs comme en témoignent de nombreuses photos.

Au 174-178 du quai de Jemmapes, la cité artisanale Clémentel (R.Bouhier et F.Saulnier Arch. 1933).  A l’époque de sa construction les quais du canal étaient très actifs et la cité accueillait environ 2.000 artisans dans une sorte de phalanstère regroupant 430 ateliers avec des services partagés ( bibliothèque, infirmerie, salle d’exposition, banque). Un léger encorbellement limite l’effet monolithique de cet important bâtiment qui servi de modèle aux hôtels industriels.

La ZAC Jemmapes s’étend sur un vaste périmètre entre le 5-11 place du colonel Fabien et le 61 rue de la Grange aux Belles (P.Chaussade,Ch.Labro R.Locre et JJ Orzoni Arch.1975-1983). Une lourde opération de rénovation urbaine de 1.000 logements avec différents équipements publics de quartier qui part de la place du colonel Fabien pour rejoindre le canal St Martin, une rupture dans l’échelle du tissu parisien que les terrasses successives en décalé face au canal n’arrivent pas à atténuer.

Dans le passage Delessert situé perpendiculairement au canal Saint-Martin, un ensemble de logements sociaux offre à chaque appartement une loggia individuelle revêtue d’un habillage en bois. Au centre de la parcelle, un gymnase semi-enterré avec salles de sports est revêtu coté rue par une fine résille métallique ( V.Parreira Archi.2016).

132 quai de Jemmapes: cette ancienne usine électrique de la Compagnie Parisienne de l’Air Comprimé est un des joyaux du patrimoine industriel parisien ( P.Friesé Arch.1895-1898). Elle a été implantée le long du canal afin de recevoir le charbon nécessaire à la production et lui permettre d’être alimentée en eau pour le  fonctionnement des machines à vapeur. Après 1860 les usines participent à l’émergence d’une architecture purement industrielle qui se perfectionne avec la progression de la maîtrise de l’ingénierie du fer, de la fonte et du verre.

Plus de 300 ouvriers travaillaient dans ce qui était considéré lors de sa réalisation comme la plus moderne usine d’électricité de France.  Le bâtiment de l’administration est implanté le long du quai, le bâtiment de production est situé à l’arrière  perpendiculairement au quai. L’exiguïté du terrain a obligé l’architecte a imaginer des dispositifs pour superposer des fonctions tout en limitant l’impact visuel. Ici les structures métalliques avec poutrelles sont apparentes et enchâssent de grands pans vitrés avec remplissages en briques. Après 1914 l’avancement des technique de production et sa situation très centrale signèrent le déclin de cette usine. L’actuel bâtiment a perdu sa dizaine de cheminées puis l’usine fut transformée en dépôt de presse puis en atelier de meubles pour devenir la propriété d’un papetier.

126 quai de Jemmapes-angle rue de l’hôpital Saint-Louis: foyer pour personnes âgées et école maternelle (M.Duplay Arch.1986) aux façades plissées récurrentes, un style daté et heureusement inimité.

116 quai de Jemmapes : un ensemble immobilier regroupant des équipements publics de quartier ( gymnases, salle de spectacles ) surmontés des six niveaux de logements. Le raccordement avec le bâtiment de droite en briques, une école du XIXe siècle, est un excellent exemple d’intégration grâce à une continuité respectueuse des matériaux et des volumes. (A.Grumbach Archi.1986).

A partir du Jardin Villemin, aménagé sur l’emplacement de l’ancien hôpital militaire Villemin construit en 1870 dans les murs du couvent des Récollets, on peut aller à la découverte de plusieurs réalisations très différentes les unes des autres .

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Tout d’abord à proximité du Jardin Villemin, au 35 rue L.Sampaix, un immeuble de bureaux (L.Schneider Archi. 1934), une expression monumentale y compris au rez-de-chaussée dans le traitement de la façade en rupture avec l’environnement immédiat.

Un peu plus loin le n°18 passage des Récollets est l’oeuvre de L.Bonnier (Archi.1909), un ardent défenseur du pittoresque, « l’adaptation sincère à des besoins successifs », par opposition à la ville haussmannienne. Ce projet au demeurant économique par l’utilisation de la brique n’est pas dépourvu d’originalité dans le traitement des étages supérieurs et semble en avoir inspiré plus d’un pour le traitement des parties hautes.

Plus loin, Le Jardin de la Cour de la Ferme St Lazare est dû à la présence au début du Moyen Age d’une ferme transformée en léproserie. Cette propriété devint sous la Terreur une prison. En 1830 les aménagements donnèrent naissance à l’hôpital Saint-Lazare dont il ne reste aujourd’hui que la chapelle et l’infirmerie construit par L.P Baltard ( le père de V. Baltard l’architecte des Halles de Paris) en 1834 dans un style néo-classique et en phase avec les théories hygiénistes de la première moitié du XIXéme siècle .

La médiathèque F.Sagan a été implantée dans cette infirmerie après d’importants travaux de réhabilitation et autour d’un jardin d’inspiration méditerranéenne (Bigoni et Mortemard Arch.2015). La spécificité de cette médiathèque est le riche fond patrimonial de livres pour enfants du XVIéme siècle à nos jours (Les heures heureuses).

Non loin de là, au n° 18 rue de Paradis ( G.Jacottin et E.Brunnarius Arch.1888-1889), la façade ornée de céramiques constitua le catalogue exhaustif de la faïencerie Boulanger à Choisy-le-Roi  en activité de 1804 à 1936, celle-ci est inscrite à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. A l’intérieur subsiste le vestibule, la cour et la salle de réception de la clientèle. Ce batiment après avoir hébergé le musée de l’Affiche et de la Publicité a été transformé en salles de réceptions.

Après avoir remonté le boulevard de Magenta, à proximité de l’église de St Vincent de Paul: au n°14 rue d’Abeville un immeuble de rapport (A & E. Autant Archi.1901).

Cette réalisation est contemporaine de l’immeuble du 29 avenue Rapp commandé pour  le céramiste P.Bigot, néanmoins elle est moins extravagante dans sa décoration. Pour l’immeuble de la rue d’Abeville le traitement végétal stylisé réalisé par P.Bigot autour du bow-window demeure remarquable ainsi que la composition polychrome de la façade: utilisation de la pierre au rez de chaussée, de la brique dans les étages et grès flammé vert. Les garde-corps métalliques sont traités à partir de motifs végétaux façon Art Nouveau.

Dans la même rue au n° 16 et à l’angle avec la rue de Belzunce ( G.Massa Archi.1897) un remarquable décor de cariatides très libérées à la façon « belle époque » vient orner les  bow-windows sur angle et sur rue.

En remontant la rue Lafayette jusqu’à  la pointe avec la rue de l’Aqueduc, au n° 5 une expérience novatrice d’immeuble de rapport à structure métallique sur 7 niveaux d’un esprit totalement différent des précédentes constructions (A.Lefevre Archi.1878).

Cet immeuble est réalisé selon le principe d’une structure métallique industrielle avec des parties apparentes en fonte et en fer s’emboîtant verticalement et horizontalement. Les balcons saillants sont eux aussi réalisés en tôle. Le remplissage n’est pas en brique mais en pierre. Les menuiseries sont en bois encadrées par de fines colonnettes de fonte.

Retour en longeant les voies de la Gare de l’Est au square Villemin. Face à celui-ci, de l’autre coté du canal, le 112 Quai de Jemmapes: un immeuble de rapport (G.Pradelle Arch.1908), briques et bow-windows avec une décoration de céramiques, la finesse des éléments y compris les couronnements des deux derniers niveaux lui confèrent une certaine élégance pas si fréquente le long du canal.

Sur le quai rive droite du canal se succèdent différentes constructions comme celui de l’Hotel du Nord dont la reconstitution bâclée ne suscite pas d’intérêt particulier, il n’est pas interdit de s’interroger sur cette culture de la nostalgie. L’attention pourra se porter sur des plaquages face au canal comme pour cet immeuble de faible épaisseur.

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Le long du canal à l’angle avec le 2-4 rue Alibert (J.Rey Arch.1932), un immeuble mixte permettant des activités industrielles et commerciales en rez-de-chaussée avec entrepôts en sous-sol et logements sur 7 niveaux avec cour intérieure. Structure béton remplissage briques et finition en enduit de gravillons lavés.

En face, une implantation liée directement à l’activité passée du canal Saint-Martin: l’ensemble des entrepôts du bâtiment des douanes construits vers 1850.

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La dernière extension des entrepôts des Douanes est située 11 rue L.Jouhaux (M.Dastugue Arch.1957). Une monumentalité toute en raideur, façon années 50, pour ce bâtiment de l’administration le long de la rue qui forme écran à la cour centrale des déchargements.

Après avoir longé sur le coté Nord la Place de la République, on aboutit au terme de cette balade à la pointe Sud du Xéme arrondissement au n°40 rue René Boulanger. L’ actuel hôtel Renaissance est la reconversion d’un précédent immeuble de bureaux ( A.Biro et J-J Fernier Archi.1969), la façade de ce bâtiment de neuf niveaux sur rue est un des rares exemple parisien remarquable en panneaux de fonte d’aluminium moulée. A l’intérieur de la parcelle cet hôtel se poursuit avec une aile sur quatre niveaux perpendiculaire au bâtiment principal. En rez de chaussée, le bar et le restaurant se prolongent à la belle saison avec des espaces extérieurs pour la restauration ou les réceptions.

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