De la République à la Madeleine par les Grands Boulevards

A partir de la place de la République, cette balade commence par suivre les traces de l’enceinte de Charles V à l’emplacement de la Porte du Temple jusqu’à la Porte Saint-Denis.

capture-decran-2017-02-28-a-15-21-49

Du boulevard Saint-Martin à la porte Saint-Martin

Cette enceinte et ses fossés fut terminée en 1420, elle était implantée sur des remblais provenant des fossés réalisés en périphérie extérieure et percée de portes ( en limite Nord: les portes Saint-Martin et Saint-Denis) constituant les points faibles de cette fortification.

Les entrepreneurs chargés de cette construction reçurent en contrepartie des travaux réalisés, le droit de lotir des terrains préalablement consacrés à la culture puis rattachés à la ville. Lors de la démolition de l’enceinte, vers 1633, ce dispositif de lotissement sera à nouveau développé. En contrepartie des travaux entrepris pour le compte de l’Etat avec des spéculateurs, ces derniers donneront naissance à de nouveaux quartiers à la mode au début du XVIII siècle chez les nobles, les financiers ou les artistes: La Chaussée d’Antin (1720) et le faubourg Poissonnière (vers 1770) .

« Des corps de logis immenses sortent de terre et des quartiers nouveaux ne sont composés que d’hôtels de la plus grande magnificence. Les remparts se hérissent d’édifices qui ont fait reculer les anciennes limites: de jolies maisons s’élèvent vers la Chaussée d’Antin et vers la porte Saint-Antoine que l’on a abattue. Les jardins sont pétrifiés et de hautes maisons ont frappées mon regard dans le même lieu ou l’oeil voyait croitre les légumes ». ( L-S Mercier Le Tableau de Paris 1781-1790).

De la porte Saint-Martin à la Porte Saint-Denis via le quartier du Sentier

Louis XIV s’est plus intéressé à Versailles qu’à Paris, mais entre 1668 et 1705 les remparts de l’enceinte de Charles V furent démolis et les fossés traités comme une promenade plantée d’environ 40 m de large  » Le Nouveau Cours » entre les portes Saint-Antoine et Saint-Honoré. Cette nouvelle chaussée pavée de 20m de large était flanquée de chaque coté de deux contre-allées plantées avec deux rangées d’arbres, cette voie entre la place de la Bastille et la Madeleine constitue les actuels « Grands Boulevards ».

Pour renforcer cette volonté royale, des portes monumentales en forme d’arcs de triomphe vinrent magnifier cet embellissement urbain, la porte Saint Martin construite en 1674 fut dédiée à Louis XIV à l’occasion de la conquête de la Franche-Comté et la porte Saint-Denis fut réalisée en 1672.

A gauche de la rue Cléry : la rue d’Aboukir, la différence de nivellement entre ces deux rues a pour origine l’implantation de la rue d’Aboukir sur l’emplacement des fossés de l’enceinte de Charles V qui étaient alimentés par l’eau de la Seine lors de ses crues. Quant à la rue de Cléry, elle correspond à l’ancien chemin de contrescarpe le long des fossés.

Rue d’Aboukir on ira en direction du métro Sentier . Dans ce quartier ou la topographie des lieux a empêché toute percée haussmannienne , un pôle d’activité lié à la confection demeure dans des passages caractéristiques des XVIII et  XIX siècles. Place du Caire, cet immeuble au n°2 de 1798 donne accès au passage et à la galerie du Caire ( ouverts en 1798) ou les verrières sont en cours de rénovation. La décoration en façade de cet immeuble présente une association très particulière d’éléments d’architecture pseudo néo-gothique à d’autres décorations dont une frise assez naïve « retour d’Egypte »  pour les trois premiers niveaux. Les sculptures sont plus tardives (1828 )

On continue jusqu’à la rue des Petits carreaux et à « lOasis d’Aboukir » ou le paysagiste Patrick Blanc dresse sur ce pignon un hymne à la biodiversité rafraîchissante dans ce quartier . A cet emplacement on observe aisément la différence de nivellements entre les rues d’Aboukir et Cléry qui renvoie au tracé de l’enceinte de Charles V.

En revenant vers le Boulevard de Bonne Nouvelle, le dos à la Porte Saint-Denis, on fait face à « la Butte-aux-Gravois » ou « Mont Orgueil » que gravissent les rues de Cléry, Beauregard et de la Lune.

Ces rues qui convergent en pointe vers la Porte Saint-Denis offrent une vision particulière avec les trois immeubles aux proues très minces sur le relief accidenté des rues de la Lune et Cléry. Le tracé viaire renvoie au lotissement réalisé initialement. La topographie demeure une permanence de l’enceinte de Charles V.

Au croisement des rues Beauregard et de la Lune cet immeuble d’angle très aigu a été construit entre 1650 et 1675 ( photographié par Atget en 1907) .

Cette carte de Paris datée de 1871 permet de visualiser le tracé des voies convergent vers la Porte Saint-Denis. Elle indique aussi les opérations de voirie exécutées dans ce quartier de 1854 à 1871 par des teintes jaunes et rouge.

23 rue de la Lune: ND de Bonne Nouvelle édifiée en 1830. A la base de l’enceinte de Charles V les Parisiens avaient l’habitude de déverser leurs immondices et leurs gravois. Leur accumulation finit par former une butte puis des maisons. Devenue La ville neuve-sur-gravois elle se dota d’une chapelle en 1551, puis d’une église en 1628 démolie après la Révolution elle fut remplacée par l’église actuelle en 1830.

Boulevard de Bonne Nouvelle

30 bd de Bonne Nouvelle le bureau de postes et central téléphonique (J.Bukiet et A.Gutton Arch.1953), classicisme et monumentalité pour cet équipement public.

Boulevard Poissonnière et Faubourg Poissonnière

5 boulevard Poissonnière, le Cinéma Rex (A.Bluysen et J.Eberson Arch.1932 ). Cette salle de cinéma est dans le droit fil de l’exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Elle fut la plus grande salle en Europe lors de sa construction et pouvait  recevoir à son origine 3300 spectateurs, depuis le REX fit l’objet de différentes adaptations intérieures en 1974 d’adaptation aux nouvelles conditions d’exploitation.

Ce projet Art Déco aux grandes parois opaques est en rupture avec le contexte du boulevard urbain même s’il est difficile de définir un caractère architectural sur ces boulevards. 

A la différence de quartiers récents aussi très éclectiques on ne peut pas parler ici d’effet « matériauthèque » mais plutôt d’une longue juxtaposition de styles, entre néo-renaissance et Art Déco qui a boulversé la tentative hégémonique haussmannienne. On peut aussi constater que si le long des grands boulevards les apparences de l’ordre avec les alignements ont été préservées, l’envers du décor à l’intérieur des ilots maintien un espace pour le « désordre » au sein de « l’ordre global ».

Le Faubourg Poissonnière s’est développé vers 1770 à la suite de spéculations foncières menées tant par des promoteurs que par des congrégations religieuses qui virent là une opportunité d’augmenter leurs gains en cessant de louer à des maraichers pour céder leurs terrains à des entrepreneurs lotisseurs.

Dans la rue du Faubourg Poissonnière: le central téléphonique et bureau de Poste Bergére-Trudaine, 15 rue du Fbg Poissonnière (F. Le Coeur Archi. 1911). Lors de sa construction la sobriété et la « brutalité »de ce bâtiment ont provoqué un scandale. Coté rue Bergère le central téléphonique est éclairé naturellement par de grandes baies vitrées, en extrémité le long de la rue du Fbg. Poissonnière il se termine par un pignon aveugle surmonté d’une horloge en serrurerie décorative, l’ensemble est surmonté d’une corniche correspondant au toit terrasse. Les bureaux et l’ auvent d’entrée en béton avec briques de verre sont en retrait par rapport à ce pignon.

Ce même bâtiment se termine rue du Conservatoire par un bureau de Poste (1920) par le même architecte et en prolongement du central téléphonique. Au centre la salle d’accueil du public était couverte par une pièce hexagonale en béton translucide grâce à l’utilisation de briques de verre.

Le Faubourg Montmartre ce fut aussi le quartier de remarquables hôtels particuliers souvent disparus ( notamment ceux de C-N Ledoux: hôtel Thellusson rue de Provence, hôtel d’Uzés rue Montmartre, l’hôtel de Mlle Guimard au 9 de la Chaussée d’Antin, le seul qui reste est celui de l’hôtel d’Hadwyll rue Michel-le-Comte ) au profit d’immeubles de la première moitié du XIX siècle. Un des rares conservés est celui du n° 30 : l’hôtel Benoit de Sainte-Paulle, construit pour l’un des principaux spéculateurs du Faubourg Poissonnière qui avait obtenu les terrains cultivés des congrégations de Saint-Lazare et des Filles-Dieu.

L’église Saint-Eugène, face au Conservatoire national d’art dramatique, est un bon exemple de la promotion de l’architecture métallique derrière une façade de pierre et ses trois portails sculptés. Contemporaine des Halles de Baltard, elle fut construite en 20 mois de 1854 à 1855. Cette association façade en pierre et structure métallique dissimulée sera largement développé pour les constructions publiques (Grand Palais, Bibliothèque Nationale par ex).

Pour traduire intérieurement les formes du gothique, l’architecte A.Boileau a utilisé la fonte creuse pour les (très fines) colonnes, les galeries et les tribunes. Le décor peint s’est attaché à créer l’illusion du Moyen Age, l’ensemble demeure très pastiche.

Entre le n°8 rue Richer et le n°5 rue Bleue: la Cité de Trévise fut construite par un promoteur privé en 1840 dans un style néo-renaissance autour d’une place ornée d’une grande fontaine et ouverte à la circulation publique en 1958. La rue de Trévise présente plusieurs immeuble des années 1830 ainsi qu’au n°32 l’hôtel particulier Bony, l’entrepreneur directement associé aux financiers qui réalisèrent ce nouveau quartier.

32 rue Richer: Les Folies Bergères (Morice et Piollenc Arch.1926 pour la façade de ce théâtre ouvert en 1869), une façade qui intègre un bas relief iconique de l’Art Déco due à Maurice Picaud. L’exposition des Arts décoratifs s’était tenue en 1925 sans doute l’une des plus importante qui aura le plus de retentissement et d’influence dans le monde entier. La femme moderne fait son apparition sous les traits de la danseuse russe Lila Nikolska célèbre à Paris dans les années 20.

14 rue Bergère : l’ancien immeuble du Comptoir National d’Escompte (E-J Corroyer Archi.1878) , un exemple de l’architecture fin XIX chargée de sculptures allégoriques de mosaïques et de vitraux pour impressionner la clientèle. Sa mise en scène théâtrale est renforcée par son implantation dans l’axe de la rue Rougemont et visible depuis le boulevard Poissonnière.

Retour sur le Boulevard Poissonnière, au n°24 : un immeuble de bureaux pour une compagnie d’assurances (R.Patouillard-Demoriane et A.Pellechet Archi.1926), une structure métallique habillée de pierre .

Plus loin au n° 23, l’Hotel de Montholon est le seul hôtel particulier construit sur les promenades des boulevards à l’emplacement de l’enceinte encore conservée. Il a été partiellement défiguré par les commerces installés à l’alignement sur le trottoir à l’emplacement des jardins d’origine. ( F. Soufflot Archi. 1785)

Boulevard Montmartre

au n° 3 un immeuble daté de 1844 transformé en hôtel.

n° 12 boulevard Montmartre, le passage Jouffroy créé en 1847.

Si on peut regretter certains aspects désuets des galeries, on admirera néanmoins les cheminements de lumière qui forment des entrelacs de pierre et de métal dans l’ épaisseur du tissu urbain.

Face au passage Jouffroy de l’autre coté du Boulevard, le passage des Panoramas  créé en 1799 .

L’origine des passages couverts remonte au XVIII siècle, leur développement sous le Second Empire peut être considéré comme un prolongement naturel des boutiques le long des Grands boulevards. Ces passages couverts permirent d’accroître la rentabilité des coeur d’îlots et de désenclaver les parcelles traversantes. Aujourd’hui encore ces passages fonctionnent rarement comme des raccourcis entre deux voies, il s’agit plutôt d’impasses qui ont capté l’intérêt des chalands à partir d’un point stratégique situé sur les boulevards déjà saturés de commerces.

Carrefour Richelieu Drouot

L’hotel Drouot angle rue Chauchat et rue Rossini ( Biro et Fernier Archi. 1980) décrit par ses auteurs comme une « réinterprétation surréaliste d’Haussmann »

Plus loin, dans la rue Chauchat ouverte en 1779 et au n°16  Le Temple de la Rédemption. Ce bâtiment fut construit entre 1821 et 1825 par l’architecte Lusson pour le bureau de l’octroi dans un style néo-classique en phase avec les ouvrages de C-N Ledoux. La halle de déchargement destinée au stockage fut concédée en 1841 à l’église Luthérienne pour y établir son deuxième lieu de culte à Paris. C’est dans ce temple que furent célébrées les obsèques d’Haussmann en 1891.

Boulevard des Italiens

Un phallus impudicus à l’angle du boulevard Haussmann et du boulevard des Italiens.

En revenant vers le boulevard des Italiens au n° 3-5 le Passage des Princes avec sa cour intérieure fut ouvert en 1860. Coté boulevard, sa façade lisse (C.Devillers Archi.1994) laisse apparaitre une seconde peau distante d’environ 50cm pour s’affranchir de contraintes contradictoires entre plan et façade.

16-18 Boulevard des Italiens (ilot rue Le Pelletier, boulevard Haussmann et rue Lafitte): l’ancien siège de la BNCI ( J.Marrast et Ch.Letrosne Archi. 1931) dans un style monumental entre Art Déco et tradition. La façade avec ses colonnes est un décor plaqué sur une ossature .

Le 20 boulevard des Italiens est plus connu sous le nom de « Maison dorée » en lien avec les dorures initiales de ses balcons et considéré par certains comme un « chef d’oeuvre » de l’architecture Louis-Philippe (V.Lemaire Archi. 1838) et P.Dufau pour de très importants remaniements 1975.

Avec l’immeuble du Figaro au Rond-Point des Champs Elysées, c’est un des exemples du façadisme qui a sévi de nombreuses années pour éviter les recours d’associations et de riverains, une maladie bien française sujette à des nombreuses dérives. Cet immeuble fut acheté par une banque qui voulait le démolir, empêchée de le faire en raison d’oppositions des voisins la démolition intérieure fut finalement autorisée par le ministre de la Culture de l’époque (M.Druon) sous condition que la façade fut conservée… Sur le retour, coté rue Lafitte, la façade fut allongée suite à l’acquisition du terrain voisin. Pas vraiment le style de P.Dufau dont on peut voir au 21 rue Lafitte un  projet totalement différent.

Dans ce périmètre de la cité financière P.Dufau a construit en 1969  l’ex-siège de la banque Rothschild qui pose le problème de l’insertion d’un bâtiment isolé sur dalle dans un parcellaire existant, l’habillage « décoratif » des murs mitoyens montre bien ici les limites de l’exercice de même que le traitement au niveau des trottoirs qui tient plus de la distanciation ou du fossé propre à certaines administrations publiques.

 

Retour boulevard des Italiens au 17-23: l’immeuble du Credit Lyonnais construit entre 1876 et 1883 par W Bouwens Van des Boijen.

L’avant-corps central sur le boulevard semble avoir été largement inspiré par les couronnements des pavillons Denon et Rohan du Louvre.

Angle boulevard des Italiens rue de la Michodière: la Cité de Hanovre (V.Laloux et Ch.Le Maresquier Arch. 1932). Cet ensemble de bureaux est construit sur la totalité de l’Îlot triangulaire. Au centre une grande coupole éclaire l’ensemble des plateaux implantés le long des façades.

36 boulevard des Italiens, face à la Cité de Hanovre et à l’angle rue Helder: bureaux et initialement hall d’exposition Ford de grande hauteur ( M.Roux-Spitz Arch.1929). Le seul bâtiment de la « série blanche » de M.Roux-Spitz non destiné à l’habitation.

Un emplacement de premier plan pour sa destination d’origine qui était renforcé par un éclairage spectaculaire formant signal nocturne. L’impression de fluidité au rez de chaussée a été récemment modifiée par la création d’un plancher intermédiaire dans le grand volume d’exposition initial.

Boulevard des Capucines

au n°27, l’immeuble de la Samaritaine de luxe désormais reconverti en bureaux. F.Jourdain architecte des Cognacq-Jay pour le magasin du Pont Neuf réalisa cet immeuble entre 1914 et 1917 dans un style Art Nouveau. Une réhabilitation très simplificatrice en terme de détails architecturaux sur les deux premiers niveaux avec en particulier l’abandon de la marquise au dessus de l’entrée.

L’îlot Edouard VII et l’Olympia: un autre exemple du façadisme avec cette restructuration d’îlot entre  les rues Caumartin, Edouard VII et le boulevard des Capucines. Si pour certains architectes « conserver c’est transformer » ( A.Béchu ) l’exemple de Londres et particulièrement du projet One New Change ( J.Nouvel ) dialoguant avec l’emblématique cathédrale Saint Paul, démontre s’il en était encore besoin la frilosité maladive et le conservatisme stérile entretenus à Paris.

« Des peuples peuvent mourir d’avoir trop d’histoire et il convient d’éviter que les enfants ne naissent avec des cheveux gris » F.Nietzsche.

Boulevard de la Madeleine

L’hôtel au 4-8 boulevard de la Madeleine construit sur l’îlot Godot de Mauroy- de Seize (E.Molinié et Ch.Nicod Archi.1928) présente une façade lisse en totale opposition avec le stylede l’ancien siège des Messageries Maritimes au n°10 construit en 1924.

Au n°11 boulevard de la Madeleine, la vitrine des chaussures Bally crée en 1928 par R.Mallet-Stevens et qui fit sensation a été démolie depuis une trentaine d’année. Cette vitrine en saillie de la façade, réalisée en alliage imitant l’argent, était constituée de plaques jointes qui s’assemblaient avec des vis apparentes. Placée à hauteur des yeux elle mettait en scène quelques objets dans cet écrin, à l’opposé de la généralisation du tout vitrage simplificateur .

23 boulevard de la Madeleine: Le magasin Aux Trois Quartiers ( Faure-Dujarric Archi.1932)  sa construction a constituée une rupture avec l’image des grands magasins du boulevard Haussmann, l’écriture était parfaitement moderne. L’habillage en pierre blanche ne laissait voir aucun joint achevant ainsi une parfaite fluidité des formes.

Sa rénovation lourde il y a une vingtaine d’années pour réaliser une opération associant commerces et bureaux a dénaturée la pureté initiale de ce bâtiment à l’écriture moderniste par des détails architecturaux d’une grande banalité .

Mince consolation à cette restauration scandaleuse, on peut encore voir plus loin au 20 rue Duphot la façade métallique du premier magasin Aux Trois Quartiers ( P. et Ch. Friésé Archi.1898) qui ne s’apparente pas à une trahison comme celle du boulevard de la Madeleine.

Allégement des contraintes administratives, meilleure maitrise les recours abusifs, révision des cascades de normes et règlements contradictoires pour continuer à faire vivre la ville, tout un programme dont on attend toujours le commencement.

Publicités

Paris, balade architecturale de la Porte de la Chapelle à la Porte de la Villette.

Ce territoire parisien en limite Nord-Est situé entre les 18e et 19e arrondissements couvre 200 hectares environ. Il s’étire entre le Périphérique au Nord, les voies SNCF (réseaux Paris-Est et Paris-Nord) au Sud et à l’Ouest, et le canal Saint-Denis à l’Est.

La juxtaposition des réseaux de transports routiers, fluviaux et ferrés reliés aux entreprises de logistique ne présentait pas jusqu’à présent un cadre très favorable pour l’habitat.

Avec le développement du pôle économique de la Plaine Saint-Denis l’opportunité d’un renouvellement urbain s’est imposée. Le projet d’aménagement de Paris-Nord-Est en cours de travaux accueillera à terme 28.000 habitants et 41.000 emplois (respectivement 13.000 et 16.000 actuellement).

Image 1

Partant de la Porte de la Chapelle, la voie ferrée relie le réseau Nord à l’ancienne gare de marchandise du secteur Évangile et enjambe le boulevard des Maréchaux.

P1170994

La convergence de ces réseaux à proximité de l’ancien tissu industriel du Nord de Paris a concouru dans les années 60 à l’implantation des entrepôts Calberson filant sur plus de 800 m entre les portes de la Chapelle et de la Villette, et interrompus uniquement au droit de la porte d’Aubervilliers.

P1170995

La partie des entrepôts entre les portes de la Chapelle et la porte d’Aubervilliers est la plus récente, elle a été construite en 1970 ( M.Forest Arch.). Ce bâtiment est desservi à la fois par les réseaux SNCF Paris-Est et le chemin de fer de « la petite ceinture », il est assez exceptionnel par ses dimensions et par sa conception: construit sur 3 niveaux avec un parking sur la totalité de la terrasse. Sur la partie comprise entre les portes de la Chapelle et d’Aubervilliers la façade comporte différents redents. La rampe d’accès des véhicules vers les différents niveaux des entrepôts est implantée en extrémité du bâtiment coté Porte d’Aubervilliers.

P1190674

La cité HBM Charles Hermite est située le long du boulevard Ney face aux entrepôts. Elle est longée par le périphérique, le bassin d’Aubervilliers situé plus au Nord longe le centre commercial du Millénaire et les Magasins Généraux de La Plaine St Denis.

P1170996

Après la Porte d’Aubervilliers, et sur le boulevard Macdonald en direction de la Porte de la Villette: 3 ensembles de 150 logements sont implantés chacun autour d’une cour-jardin privatif avec une transparence des halls en rez de chaussée.

P1190683

L’opération centrale (R.& M. Schweitzer Arch.1997) développe une rigueur expressive dans la volumétrie en évitant les parois trop vitrées, elle utilise la palette de matériaux des HBM voisins en brique et enduit. Cette opération présente beaucoup de similitudes dans le traitement des volumes et des percements avec l’immeuble de logements du 9 avenue de la Porte de Clichy réalisé par cette même agence .

P1170997

P1190684

La partie des entrepôts située entre les portes d’Aubervilliers et de La Villette (n° 141 à 221 du boulevard Macdonald) a été construite à la fin des années 60 (M.Forest Arch.) sur les terrains d’anciennes usines à gaz dont l’implantation datait des années 1860. La façade de la longue barre de 617 m de long et de 165.000 m² est ici sans redents, la résille de béton en souligne l’horizontalité. La structure en béton du bâtiment (prévue pour recevoir 3 étages supplémentaires) est recoupée sur les trois niveaux par des murs coupe-feu avec une hauteur moyenne sous plancher de 6 m. Pour ce bâtiment de stockage des marchandises les planchers pouvaient recevoir des surcharges de 2 tonnes/m². Le premier étage présente un porte à faux de 5 m tant du coté voie ferrée que du coté quai de déchargement des camions. La toiture terrasse a été utilisée comme fourrière de véhicules pour la ville de Paris.

P1180047

Cette seconde partie des anciens entrepôts a fait l’objet d’une importante reconversion pour créer 1126 logements, une résidence étudiante avec foyers de jeunes travailleurs, des bureaux, des commerces (C. de Portzamparc, N. Michelin, Brenac & Gonzalez, Gigon Guyer, Fantastic Architecture, Hondelatte-Laporte Arch.). Cette mixité des fonctions peut être conçue comme un levier pour favoriser les transformations des équipements pose un regard différent sur un patrimoine immobilier devenu inadapté, y compris comme ici ou l’épaisseur du bâtiment et les hauteurs sous dalles de ces entrepôts sont inhabituels peuvent produire des logements atypiques souvent riches de qualités spatiales. Par un effet de balancier fréquemment rencontré cette déconstruction-reconstruction aboutit à un sur la partie Sud coté Porte d’Aubervilliers à effet « matériauthèque »  qui certes nourrit le buzz, mais était-ce bien nécessaire pour les logements donnant face à la nouvelle gare RER Rosa Parks?.

P1030740

P1030754

Coté canal et vers la Porte de la Villette, les traitements logements et bureaux sont moins anecdotiques.

P1030755

Coté boulevard Macdonald  la reconversion des entrepôts  en bureaux réalisée: 28.000 m² ( F. Leclerq, M. Mimram Arch.2015) n’ont pas le même effet de diversité des traitements à tout prix

P1030741

P1030742

A son extrémité coté Porte de la Villette la reconversion des entrepôts a été affectée aux équipements publics: école, collège gymnase, crèche ( Kengo Kuma & Ass Arch.2015).

P1030767

P1030768

Face à ces anciens entrepôts, la ZAC Claude Bernard fut crée en 2005 à l’emplacement de hôpital détruit dans les années 90. Cette ZAC de 15,5 hectares est enserrée entre le boulevard périphérique, le boulevard Macdonald et le canal Saint-Denis. Le premier quartier mixte dans ce secteur en mutation est desservi par le tramway et la nouvelle gare RER E « Rosa Parks » constituant un pôle intermodal important à l’échelle régionale.

Au n°166 le Cinéma UGC de 10.000 m² (JP.Viguier Arch.2013) est implanté en limite Est, et contigu au square Claude Bernard.

P1190690

Ce nouveau quartier urbain mixte (bureaux-logements-commerces et groupe scolaire) est limité au Nord par un ensemble de 3 immeubles de bureaux (41.000 m²) qui protège des nuisances sonores du périphérique. Les façades des bureaux sont très différenciées entre elles sans qu’on en saisisse la réelle justification, ici en limite Nord-Ouest (E.Combarel & D.Marrec Arch. 2011). Les habitations sont implantées le long du boulevard Macdonald.

P1180013

Faisant face au premier bâtiment de bureaux: l’immeuble de logements le long du boulevard Macdonald ( R.Marciano Arch.2011).

P1190694

Deux voies perpendiculaires au boulevard Macdonald déservent les bâtiments d’habitations et de bureaux, ces derniers communiquent entre eux par des galeries de liaisons transparentes isolant des nuisances du périphérique (J.Ferrier Arch.2011).Les bureaux et immeubles d’habitation sont séparés par un jardin accessible au public tout au long de la ZAC (agence de paysagistes TER).

P1180017

P1190696

Face au deuxième bâtiment de bureaux, autre immeuble de logements (V.Brossy Arch. 2011).

P1190695

P1190701

Immeuble mixte commerces-maison de retraite EHPAD de 104 lits-logements sociaux et en accession ( Atelier Zundel-Cristea Arch.2011) revêtu de céramique blanche.

P1190700

P1190704

P1180027

Le troisième immeuble de bureaux en limite Nord-Est (Sauerbruch & Hutton Arch.2011)

P1180034

Face au quatrième immeuble de logements ( D.Feichtinger Arch.2011) ici coté cœur d’îlot, et faisant face au groupe scolaire de la ZAC.

P1180038

Façade coté boulevard Macdonald (bardage en polycarbonate brillant).

P1190703

Le groupe scolaire de la ZAC Claude Bernard (Brenac & Gonzalez Arch.) coté cœur d’îlot: 12 classes (5 maternelles et 7 primaires) avec halte-garderie, pour répondre aux besoins des nouveaux habitants. L’enveloppe extérieure en verre opalin gomme toute expression de l’organisation intérieure de l’école.

P1180033

A l’angle entre le boulevard Macdonald et le quai du Lot.

P1190707

P1190708

Coté canal de l’Ourq: les berges sont en cours de réaménagement entre Paris et Aubervilliers pour offrir de nouvelles promenades piétonnes. Le socle de béton clair en bordure de quai abrite une halte garderie, tandis que le premier étage reçoit la maternelle et le deuxième l’école primaire qui s’ouvre sur une cour de récréation.

P1030778

Le canal St Denis vers La Villette, au loin la colline de Belleville et la Place des Fêtes.

P1180053

Après avoir franchi le pont on découvre au n° 111-115 du boulevard Macdonald la façade Art Déco d’un immeuble de 130 logements d’une architecture moderne et radicale avec ses quatre bow-windows cylindriques donnant en façade arrière sur les voies de Paris-Est. L’ensemble est revêtu d’éclats de grès cérame (R. Enault Arch.1933).

Robert Enault est aussi l’auteur du remarquable immeuble du 176 rue Saint-Maur à l’angle avec la rue du Faubourg du Temple (1930).

P1030776

Détail des quatre bow-windows cylindriques.

P1180056

Au 115 boulevard Mac Donald et à l’angle avec le  quai de la Charente longeant le canal Saint-Denis un nouvel ensemble de logements et de commerces revêtu de panneaux cuivrés vient s’accoler (Badia Berger Arch. 2015), avec un retour contre un récent immeuble d’habitations jouxtant les voies ferrées de Paris-Est (G.Margot-Duclos Arch.2015).

P1030782

tout en laissant apparaitre la façade arrière de l’immeuble 1930.

P1180526

En poursuivant les berges en direction de la Cité des Sciences et au delà des voies ferrées: les Entrepôts et Magasins Généraux de Paris (accès par le n°11 de la rue de Cambrai). Ces entrepôts étaient autrefois reliés au canal par une darse intérieure pour permettre les déchargements de péniches.

P1180054

Le quai est maintenant longé par la ligne du tramway.

P1030783

 

Compte tenu de la densité des réseaux de communication, le Nord-Est parisien a longtemps constitué un emplacement idéal pour le stockage. Sous Napoléon III l’essor de l’industrialisation, du commerce, et aussi de l’urbanisation a nécessité le développement des capacités d’approvisionnement et de stockage des denrées non périssables.

Les docks du pont de Flandre (comme ceux du pont de Crimée sur le bassin de la Villette) ont été reliés au chemin de fer du Nord, de l’Est puis au chemin de fer industriel. Ils ont été construits entre 1845 et 1853 pour stocker blé, sucre et alcool jusque dans les années 50. Ces entrepôts sont d’une conception simple: les façades sont en meulière avec des chaînages d’angle en briques, la charpente et les planchers sont en bois. Les plus récents ont été prévus « fire-proof » pour répondre aux normes des compagnies d’assurance dès 1860. Ils offrent de grands espaces intérieurs qui les ont rendus utilisables facilement pour d’autres fonctions. Actuellement ils abritent des bureaux et des halls d’expositions.

Cette balade se termine temporairement en vue de la Cité des Sciences de La Villette, le long du canal qui passe sous l’avenue de Flandre.

P1190714

Paris, la Cité Internationale Universitaire et ses batiments icônes.

Galerie

Cette galerie contient 78 photos.

La Cité internationale universitaire de Paris est une fondation de droit privé qui a pour but de favoriser, dans un esprit de tolérance, les échanges entre étudiants venus du monde entier. Chaque année 6 000 résidents sont accueillis, répartis dans 37 pavillons … Lire la suite

Paris, balade architecturale dans le 5e arrondissement.

Les arrondissements centraux comme le 5e présentent une très grande diversité dans le bâti et cette balade se propose de mettre en évidence l’éclectisme des styles liés aux différentes époques.

Capture d’écran 2015-01-13 à 13.29.35

Le boulevard Saint Marcel fait partie des percées haussmanniennes décidées par Napoléon III pour relier les gares entre elles, nouvelles portes de la ville au XIXé siècle . Le boulevard Saint Marcel se prolonge par le boulevard de Port-Royal puis le boulevard Montparnasse pour relier les gares d’Austerlitz et Montparnasse.

Au 21 du boulevard Saint-Marcel et à l’angle du n° 1 rue René Panhard: l’Institut de Paléontologie Humaine, cette fondation crée par le prince Albert 1er de Monaco                  (E.Pontremoli Arch.Prix de Rome1914) est un parfait exemple du style éclectique. L’intérieur du bâtiment n’offre pas un décor aussi grandiloquent que la mise en scène du style Beaux-Arts des façades.

P1190336

36, boulevard Saint-Marcel, la Maison de Santé des gardiens de la paix (A.Maheu et J.Michel Arch.1930): une vision Art Déco utilisant la pierre et la brique, remaniée récemment avec la suppression de larges baies horizontales à l’étage du bâtiment principal remplacées par une façade très standard.

P1190330

A l’arrière de la maison de santé et situé au 5 rue Jules Breton: le Grand Temple de l’Ordre Maçonnique Mixte International le Droit Humain (Langlois Arch.1912) dont la colonnade fait référence au Temple de Salomon. Au dessus de la porte d’entrée la devise du Rite Écossais Ancien Accepté : Ordo ab chao, ainsi que cette déclaration gravée qui demeure pleinement d’actualité : Dans l’humanité la femme a les mêmes devoirs que l’homme elle doit avoir les mêmes droits dans la famille et dans la société.

P1190342

66, boulevard Saint-Marcel, le Collège Raymond Quenaux (M.Cuminal & R.Lardat Arch.1938). L’agrandissement de l’École communale construite en 1884, a été réalisé selon le principe des circulations des étages coté boulevard et des classes orientées sur la cour intérieure. Enduit rosé et silex en rez de chaussée, encadrement des baies en grès émaillé. L’ornementation se limite à un discret rappel en serrurerie dite « décorative » des disciplines enseignées autour de la porte d’entrée .

P1190328

En revenant sur ses pas au n°5 rue Geoffroy Saint-Hilaire, le pavillon destiné aux gardiens de l’ancien marché aux chevaux (1760).

P1190346

Plus loin, la rue du Fer à Moulin longe la Faculté des lettres et sciences humaines Censier (J.Carlu Arch.1965). Construite en urgence à l’ancien emplacement de la halle aux cuirs, cette construction métallique (structure et panneaux façades) va faire l’objet d’une importante rénovation.

A l’angle de la rue du Fer à Moulin et au 13 de la rue Scipion: l’hôtel Scipion. Le banquier Scipion Sardini venu en France avec la suite de Catherine de Médicis se fait construire vers 1565 cet hôtel Renaissance de pierre et de brique le premier du genre à Paris.   Dans la cour intérieure une galerie formée de six larges arcades plein cintre est ornée de médaillons en terre cuite remarquables.

P1190352

A l’angle de la rue du fer à Moulin et rue de la Collégiale une résidence pour personnes âgées.

P1190355

Après la traversée de l’avenue des Gobelins et au 5 rue de Valence, un immeuble d’habitations (G.Thurnauer Arch.1980) dont la cage d’escalier circulaire est mise en évidence d’une façon assez sculpturale.

P1190356

Au n°11 de la même rue, un immeuble des années 30.

P1190358

En arrivant sur boulevard de Port-Royal et au n°26, un exemple de la période « reconstruction » pour cet immeuble revêtu de briques de parement avec encadrement des baies préfabriquées en ciment-pierre (J.Dangon Arch.1953-1955).

P1190530

40 boulevard de Port-Royal, Le central téléphonique Gobelins (J-M Broussard Arch.1896) exprime clairement sa structure avec un emploi assez discret de céramique décorative.

P1190359

La remontée du boulevard longe l’ancienne l’abbaye royale du Val de Grâce construite à partir de 1645 par François Mansart et transformée après la Révolution en hôpital militaire.

P1110971

Face au Val de Grâce, au 97 boulevard de Port-Royal, la Maison de Solenn (J-M.Ibos et M.Vitard Arch. 2004). Cette maison destinée aux suivis d’adolescents est située sur le terrain de l’hôpital Cochin. Elle est accessible directement à partir du boulevard via un jardin dessiné par L.Benech. Les coursives de dessertes des chambres sont visibles face au Val de Grace. Un travail sensible sur la transparence les couleurs et les matériaux verriers, dommage que le traitement du hall-foyer soit d’une grande froideur.

P1110425

P1110420

111 boulevard de Port-Royal, la porte de l’ancien hôpital des Vénériens (1785-1792) avec ses bossages en pierre de taille exprime une filiation avec l’architecture de C-N Ledoux.

P1130072

123 et 125 boulevard de Port-Royal, l’hôpital de Port-Royal et sa chapelle (1626-1653).

Lui faisant face et à l’angle du 88 boulevard de Port-Royal avec la rue P.Nicole, le programme mixte bibliothèque-crèche-foyer de personnes âgées et locaux municipaux     ( J.Willerval Arch.1978). Structure béton en partie basse et métallique pour les 4 niveaux supérieurs dont la modénature de la façade en aluminium est assez vigoureuse.

P1270942

Angle rue H.Barbusse et rue du Val de Grâce (R.et H.Bodecher Arch. 1952-1955), le profil à gradins du bâtiment est la résultante du contexte réglementaire des prospects en vigueur au début des années 50.

P1200519

16 rue Pierre Nicole (C.Balick Arch.1963) préfabrication et panneaux façade largement vitrés.

P1200521

11 bis rue P.Nicole, immeuble d’habitations (Ed Arch.1981). Le rez de chaussée comporte un clin d’œil à l’architecture post-moderne sous forme de fausses ruines mises en scène par la plasticienne G.Duong et titrées « Homo consummator deperditus XXe« , détail qui apparaît avec le recul très anecdotique.

P1200523

Rue du Val de Grâce, autour d’un jardin intérieur, un ensemble d’habitations fin du XIXè offre un urbanisme alternatif aux alignements haussmanniens.

P1130556

La chapelle du Val de Grâce apparaît en fond de perspective de la rue,

P1130559

Au débouché sur la place Laveran, tout d’abord à droite, au n°326 rue Saint-Jacques, un immeuble d’habitations (G.Maurios Arch.1990), opération pour le Logement Social Français. Structure métallique et remplissage en panneaux de granit pour ces trois niveaux de studios en duplex

P1130573

puis à gauche, au 284 rue Saint Jacques face à la chapelle royale du Val de Grâce, un immeuble d’habitations avec un traitement totalement différent (J.Dubuisson Arch.1973-1980) inhabituel pour cet adepte des constructions métalliques.

P1200527

La remontée de la rue Saint-Jacques se fait jusqu’à la rue Pierre et Marie Curie. Au n° 22 immeuble d’habitations (F.Saulnier Arch.1910) cette façade d’esprit Art Nouveau en pierre de taille joue avec des courbes élégantes pour créer des retraits et permet de multiplier les vues des logements.

P1180439

En face, les bâtiments de l’Institut Curie (G.Debré et N.Kristy Arch.1930). Une architecture fonctionnaliste, sous influence du courant hollandais lors de sa réalisation pour ce bâtiment destiné à la pointe de la recherche et regroupant différents laboratoires.          Des altérations ultérieures ont dénaturé le projet d’origine.

P1180442

A l’angle rue d’Ulm et rue Lhomond, le foyer Franco-Libanais Maronite (JE Djenangi Arch.1963) présente  une modernité « régionaliste » assez inhabituelle à Paris, sur la gauche rue Lhomond, l’hôpital de la Fondation Curie (R.Danis Arch.1936) en brique claire.

P1230595

A l’angle 33 rue d’Ulm et rue Érasme, l’extension de l’Ecole des Arts Décoratifs (L.Arsène-Henry Arch. et Ph.Stark designer 1998). Cette extension regroupant différents sites, a été réalisée dans un bâtiment compact, en cœur d’îlot le jardin jouxte celui des laboratoires de l’Ecole Normale Supérieure.

P1180448

8 rue Érasme, les laboratoires de chimie et des sciences naturelles de l’École Normale Supérieure (A.&J.Guilbert Arch.1928-1934). Ici une nette influence des frères Perret dans l’ordre colossal de la structure et la mise en œuvre des éléments préfabriqués.

P1180453

Sur le retour dans la rue Lhomond, d’autres laboratoires de Normale Sup. sont traités en béton de gravillons lavés et briques avec le même souci de mise en évidence des principes constructifs.

P1230599

En redescendant vers la Place Monge, à l’angle des rues Saint-Médard et Gracieuse, un immeuble des années 50 dont la volumétrie en gradins résulte de l’application réglementaire des gabarits de l’époque. Parfaite démonstration des limites d’application des textes avec ces 5 retraits successifs.

P1280158

Rue Monge, le porche sous le n°49 permet d’accéder aux arènes de Lutèce. De la fin du Ier jusqu’à la fin du IIIè siècle ces arènes pouvaient accueillir jusqu’à 17.000 personnes pour les jeux du cirque. Avec les invasions barbares l’édifice disparut et les pierres furent utilisées pour construire l’enceinte de la cité. Le lieu ne fut redécouvert qu’en 1869 lors du percement de la rue Monge et les arènes furent restaurées en 1917.

Du square des arènes on peut découvrir la tour Zamansky de l’Université Paris VI Pierre et Marie Curie.

P1280162

Aux n°5-7 Place Jussieu devant l’Université, immeubles de rapport néo-Renaissance (A-P Giraud Arch.1842), qui complètent celui du 24 rue Linné.

P1280164

Les bâtiments de l’Université de Jussieu (E.Albert, U.Cassan, Arch.1964-1972) sont implantés sur l’ancien emplacement de la halle aux vins dont l’activité s’est développée de 1644 à 1964. Cette université créée au début des années 60 pour développer la recherche et l’enseignement scientifique, maintient la présence universitaire dans ce quartier au coeur du Paris historique des grandes écoles à proximité de la Sorbonne et du quartier Latin.

P1280163

Le parti architectural du campus universitaire valorise les espaces évolutifs pour développer les contacts interdisciplinaires. Le maillage du plan masse avec ses grandes cours intérieures permettait à une discipline de s’agrandir ou de se replier en fonction des évolutions.

P1260287

L’ensemble du campus se développe autour de 15 grandes cours intérieures, la structure des bâtiments est à ossature tubulaire déjà mise en œuvre dans la tour Croulebarbe par E.Albert. Au niveau de la dalle haute, accessible directement à partir de la place Jussieu, les espaces de circulations sous pilotis permettent de rejoindre les circulations verticales des bâtiments.

P1260293

Les pilotis permettent le lien visuel avec les rues du quartier environnant et une relative libre circulation des échanges entre les habitants et les étudiants. Dans ce patio formant petit théâtre coté rue du faubourg Saint-Bernard, une oeuvre de Jean Arp ( 1972) en Cor-Ten, remplacée en 2003 pour cause de corrosion par une version en acier Indaten sous le direction de Bernar Venet.

P1260288

25 quai saint-Bernard l’Institut du Monde Arabe ( J.Nouvel, P.Soria, G.Lézènès et Architecture Studio Arch. 1981-1987), une des icônes majeure des années 80 à Paris.

Sur la droite, le premier bâtiment des laboratoires de Jussieu face à la Seine ( R.Seassal Arch.1958-1961), construit sur pilotis pour permettre le passage des wagons citernes vers la halle aux vins encore en activité à l’époque.

P1260302

P1260284

Paris, balade architecturale de la tour Croulebarbe au « château de la Reine Blanche ».

Cette balade débute Place d’Italie, à l’extrémité de l’avenue de la Sœur Rosalie, pour partir à la découverte du singulier discours architectural parisien d’un siècle à l’autre au travers des gabarits et des styles.                                                                                                    La succession des modes architecturales s’affiche ici au fil des rues .

P1170992

Surnommé « le gratte-ciel n°1« , « la tour Croulebarbe » ou « la tour Albert » (E. Albert+ Boileau & Labourdette Arch. et JL Sarf Ing.1960), ce bâtiment de 23 étages, 65 m de hauteur, et 120 appartements, a symbolisé le renouveau urbanistique et architectural radical de Paris durant les années 60. C’est aussi le triomphe de l’affirmation de la structure sur le décor, l’habillage ou l’ornement.

P1170686

Une opération d’urbanisme ayant pour objectif d’organiser le quartier autour de l’espace vert du square René Le Gall et de relier l’avenue Sœur Rosalie à la rue Croulebarbe séparées par un fort dénivelé est à l’origine de cette tour.

p1050769

Deux autres tours réalisées rue Corvisart (1961) et boulevard Arago (1969) compléteront ce plan d’urbanisme conçu par l’architecte-voyer Adrien Brelet au cours des années 50.

Les grilles de clôture vertes visibles le long de la rue Abel Hovelacque correspondent au niveau de la terrasse couverte de la tour Croulebarbe. Le plan masse initial de la tour la reliait directement à l’avenue Sœur Rosalie et formait un cheminement piétons qui aurait permis la mise en scène du monumental Mobilier National situé en contrebas, rue Croulebarbe. Cette disposition fut abandonnée à la suite du refus de la RATP d’accepter une passerelle de liaison surplomber ses bâtiments-entrepôts.

Nous reviendrons plus loin vers cette tour. En descendant la rue des Reculettes pour aboutir rue Croulebarbe, d’autres bâtiments retiennent notre attention comme la façade des ateliers de l’École Supérieure des Arts Graphiques ( École Estienne fondée en 1896), avec un bas relief de P. Traverse (1941).

P1170668

 

L’ensemble de logements OPHLM ( A. Brelet et A. Le Donné Arch.1954-1957) est réalisé en préfabrication lourde sur une parcelle en pente, entre le boulevard Blanqui et la rue Croulebarbe, selon les principes constructifs des frères Perret (A. Brelet a été très impliqué dans les projets d’Auguste Perret au Havre). Pour cette réalisation le module préfabriqué en béton incluant en fond de moule des carreaux de grès cérame rouge est le seul élément de composition.

P1170678

P1170670

A l’angle de la rue Croulebarbe un ensemble HBM des années 20.

P1170667

Dans la rue Croulebarbe ( dont le nom est mentionné dès 1214 pour un moulin le long de la Bièvre), le « cabaret de Madame Grégoire », actuelle auberge Etchegory,  a accueilli Hugo, Lamartine, Chateaubriand, et La Fayette.

P1170666

Revenons maintenant à l’autre façade de la tour d’Albert au n°33 de la rue Croulebarbe.

P1170658

Selon le concept initial, le cheminement piéton de la Place d’Italie vers la terrasse belvédère aurait permis une meilleure liaison avec le quartier, la mise en scène du monumental Mobilier National et un point de vue à 360° sur Paris. Ce dispositif qui faisait de la façade rue Croulebarbe la façade arrière, a été renversé à la suite du refus de la RATP de réaliser une passerelle: ce n’est plus le Mobilier National qui est l’objet majeur d’intérêt mais la tour. Quant à la terrasse panoramique du 6éme étage ( fresque de Jacques Lagrange*) elle n’est utilisée qu’occasionnellement lors des Fêtes de la Musique et exclusivement par les habitants de la tour.

* Jacques Lagrange est l’auteur d’une œuvre multiple. Il a notamment participé à la décoration du pavillon de l’Électricité en 1937 auprès de Dufy qui l’initie à l’art mural. Peintre de la Nouvelle École de Paris il rejoint ensuite Jean Lurçat à Aubusson dès 1945 et participe à la renaissance de la tapisserie. Co-scénariste avec Jacques Tati du film « Mon oncle » (1958) pour lequel il a conçu la fameuse maison moderniste. E. Albert l’appellera de 1965 à 1972 pour réaliser les décors aux sols du campus universitaire de Jussieu (24.000m2).

P1180166

La volonté urbaine de respecter une distance de 72 m entre la tour et le bâtiment du Mobilier National  lui faisant face correspond à la hauteur de la tour coté rue Croulebarbe. Le bâtiment latéral en R+5 correspond au niveau de la terrasse sous la tour ainsi qu’a l’échelle des bâtiments voisins, la tour s’implante en fond d’ilot. Cet assemblage des volumes permet d’alléger l’impact visuel dans le tissu urbain.

Pour cette commande des promoteurs Josefson & Sullitzer, E. Albert a utilisé le principe constructif développé en 1955 pour l’ immeuble de la rue Jouffroy à Paris qu’il reprendra pour le campus de Jussieu. La structure porteuse est en tubes d’acier creux assemblés sur site puis remplis de béton avec contreventements en croix de Saint-André, les dalles de plancher sont en béton. Les façades sont constituées de panneaux de remplissage en acier inox nervuré et d’alléges vitrées.

P1170663

Chaque étage dessert 6 appartements dont 4 situés aux angles, deux seulement sont mono-orientation. A l’intérieur des appartements les poteaux métalliques et les croix de Saint-André restent visibles et offrent aux occupants un plan libre.

Lors de sa construction la réglementation pour les Immeubles de Grande Hauteur n’était pas encore établie, cette tour est donc atypique vis à vis de la réglementation incendie. Son classement à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1994 permet aux propriétaires une aide de l’État pour les mises en conformité.

Le manque de place de parkings de cette tour demeure manifeste puisque pour ces 120 logements 18 ont été prévus en extérieur et 30 en rez de chaussée.

P1090493

Le Garde-meuble National ( A Perret Arch. et entrepreneur 1933-1936) est implanté face à la tour Croulebarbe.

P1090488

Pour l’exposition de 1937, les frères Perret avaient proposé un plan d’urbanisme incluant la création d’un grand axe entre la porte Dauphine et la place d’Italie mais leur proposition  s’est soldée par un échec. En dédommagement de leurs étude ils ont obtenu le projet du transfert du Garde Meuble National implanté Quai Branly depuis 1854  vers la Manufacture des Gobelins pour libérer les terrains de l’exposition.                                                        Le terrain est situé à l’emplacement des anciens potagers cultivés par les artisans lissiers  des Gobelins sur « l’île aux singes », formée par les 2 bras de la Bièvre correspondant aux limites du square René Le Gall, plus précisément ou il s’incurve pour suivre la courbe de la rue Berbier du Mets.                                                                                                         Les études de fondations ont été complexes en raison du sol argileux et de l’ancien lit de la Bièvre. Le bâtiment est construit comme un gigantesque navire dont le niveau bas correspond à la rue Berbier du Mets en dénivelé de 4 m par rapport à la rue Croulebarbe.

P1170656

La grande diversité des fonctions prévus dans la programmation aurait pu aboutir à une multiplicité de sous-ensembles dans différents bâtiments. Mais le jeu de trames géométriques et de sous trames d’ossature très élaboré a permis d’intégrer ces différentes fonctions avec rationalité.  Le « classicisme structurel », plein de monumentalité, est ici en phase avec les besoins de représentation de la fin des années 30.

 

 » Le béton se suffit à lui-même. Le béton c’est de la pierre que nous fabriquons, bien plus belle et plus noble que la pierre naturelle. On peut la travailler au marteau ou à la boucharde, on la cisaille, on la laye avec tous les instruments qui servent à aviver la pierre »; ces affirmations des frères Perret dans les années 30 laissent songeur compte tenu de la régression constatée dans l’aspect des bétons apparents des chantiers de bâtiments.

Sur la droite les constructions de la rue Berbier du Mets face au Mobilier National sont implantées le long de l’ancien lit de la Bièvre ( matérialisé par des clous en laiton sur le trottoir) .

P1090494

La Bièvre prend sa source à Saint Quentin en Yvelines, pour pénétrer dans Paris à la poterne des Peupliers. Au fil du temps, son cours et son embouchure ont variés, au XVe siècle on considérait que l’éclat des coloris écarlates obtenus par la famille Gobelin, teinturiers venus des Flandres, venait pour une part des racines des aulnes bordant la rivière. Cette propriété, probablement erronée, favorisa l’installation de tanneries, de mégisseries, de moulins à papier qui obligea à dédoubler la rivière entre la Poterne des Peupliers et la rue Mouffetard pour satisfaire les différentes corporations.                          Son utilisation intensive et l’importance des rejets obligea à la couvrir à partir de la rue Geoffroy Saint Hilaire en 1828 pour des raisons d’hygiène publique. Sa couverture fut réalisée rue Berbier du Mets en 1906 puis totalement en 1910. Depuis elle est transformée en égout. Deux photos en donnent une vision à la fin XIXe.

P1170548 P1170549

Rue Berbier du Mets, après avoir passé la rue Gustave Geffroy, les constructions à usage d’ateliers datent de la fin du XVIIe.

P1090495

Elles jouxtent une construction du milieu du XVIIe siècle affectée à l’exploitation d’une huilerie. Au delà des bâtiments annexes du début du XXe ont été démolis pour laisser place à un petit ensemble d’habitations réalisé en 2001dont les clins en bois rappellent la présence à cet emplacement de séchoirs pour les mégisseries.

 

Dans le quartier, une centaine d’artistes se sont regroupés dans l’association « Lézarts de la Bièvre » et ouvrent leurs ateliers le deuxième week-end de Juin.

Plus loin à droite on remonte la rue des Gobelins, aux n°17-19 deux bâtiments construits vers 1500 parmi les plus anciens de Paris. Le n°19 était au XIXe l’atelier d’un apprêteur de draps et le n°17 abritait une tannerie après avoir été occupé par l’administration royale de tapis de la manufacture des Gobelins.

P1170545

 

Immédiatement après le n°17 le pignon Nord et la tour poivrière du « château de la Reine Blanche » apparaissent.  Le nom de « Reine Blanche » désignait autrefois la couleur de deuil portée par les reines.

P1090769

S’agirait-il de Blanche de Castille, épouse de Saint-Louis, de sa fille ou de Blanche de Bourgogne, femme de Charles IV ? elle aurait fait construire un petit hôtel vers 1300 disparu au XVIe. Beaucoup d’hypothèses ont été avancées, ce mythe semble avoir a été développé par les historiens de l’époque romantique, mais aucune confirmation historique n’a été faite. Une certitude, ce bâtiment est le plus ancien du 13e arrondissement.

P1170566

Il est aussi certain que les Gobelin avaient à cet emplacement des ateliers pour la teinture et cet ensemble a été classé Monument Historique.                                                 L’entrée de cet ilot dénommé « de la Reine Blanche » est maintenant situé à l’Est plus haut à partir de la rue Gustave Geoffroy percée en 1906.                                                            Deux visites annuelles sont possibles notamment lors des « Journées du Patrimoine ».          Les corps de bâtiments les plus anciens desservis par deux escaliers à vis datent de la Renaissance ( fenêtres à meneaux) entre 1500 et 1535.

P1170655

L’importante rénovation privée ( Hertenberger & Vitry Arch. 2000-2002) a permis de recréer la disposition des cours et bâtiments telle qu’elle existait au XVIIe siècle et  réhabiliter cette demeure en appartements. L’édifice principal est un ancien corps de logis à tourelles construit au début du XVIe par la famille Gobelin. D’autres teinturiers puis des tapissiers flamands appelés et protégés par Henri IV leur succéderont dans le quartier.    En 1662 Colbert décide d’y regrouper plusieurs ateliers de tapisserie parisienne.              Au fil des siècles et à la suite des successions ventes et partages, l’îlot initial était morcelé et sa destination était devenue industrielle autour des tanneries et mégisseries longeant la Bièvre.                                                                                                                                 Un extrait de l’acte de vente de 1739 des Consorts de Vitry au profit d’Antoine-Guillaume Moinery fournit quelques précisions sur les lieux:  » Une grande maison et lieux en dépendant sise rue de Bièvre ou Gobelin, faubourg Saint-Marcel, servant à une manufacture de teinture, consistant lesdits lieux en un grand et long passage à porte cochère conduisant à une grande cour dans laquelle il y a un grand bâtiment à main gauche composé au rez de chaussée d’un vestibule, salle, cabinet, cuisine et de plusieurs autres pièces de plain-pied, deux étages de chambres avec un grand grenier au dessus couvert de tuiles,caves ayant leur entrée en descente par la cuisine, escalier en tourelle, une galerie soutenue par des arcades de pierre de taille, petit grenier au dessus; plus dans ladite cour est à main droite en entrant un petit corps de logis composé d’un rez de chaussée, d’un premier étage et de grands greniers au dessus, escalier dans œuvre, cave au dessous, petite galerie ou passage pour communiquer du grand bâtiment au petit corps de logis, deux boutiques ou manufactures de teinture, l’une grande dans laquelle sont quatre chaudières chacune avec son fourneau et deux citernes dont l’une a son bac; l’autre boutique plus petite à trois chaudières chacune aussi avec son fourneau, guèdre au bout à droite de ladite grande boutique, quai de planches sur la rivière de Bièvre soutenu de piliers ou poteaux de bois,jardin derrière ledit grand bâtiment ou est un puits mitoyen, petit bâtiment en arcades au bout dudit jardin, basse-cour,écurie et remise près l’entrée de ladite maison et régnant le long de la rue Gobelin ».

La cour d’honneur (début XVIIe) est accessible par une porte charretière à encorbellement en pignon Nord, la coursive à l’étage permettait probablement une surveillance et un contrôle du travail des ouvriers dans la cour intérieure.

P1170567

La cour d’honneur intérieure et son aile principale à l’Ouest « grand corps de logis à tourelles » est desservi par deux escaliers à vis.

P1170550

Une photo atteste de son état avant réhabilitation dans les années 80.

P1170565

La construction des arcades et de l’escalier à vis remonte au début du XVIIe l’ensemble a probablement été consacré très tôt aux activités de teinturerie, de tissage, de tannerie, qui se sont développées dans le quartier grâce à la présence de la Bièvre.

P1170554

Vue d’ensemble de la tour, des arcades orientés vers le Nord et des bâtiments construits en 1999-2001 reprenant les clins en bois des séchoirs de mégisseries ou de moulins à papier.

P1170553

Derrière ces arcades, une autre cour au centre d’une construction datant du XVII qui est  probablement une huilerie avec une façade Est rue Gustave Geoffroy ( ci-dessous) et une autre coté rue Berbier du Mets.

P1170541

Les nouveaux bâtiments donnent sur la cour d’honneur et sur la rue Berbier du Mets suite à la démolition des bâtiments parasites construits fin XIXe.

P1170552

Le choix et la mise en œuvre des matériaux a fait l’objet de recherches attentives pour les nouveaux bâtiments.

P1170557 P1170560

La balade se termine au carrefour des Gobelins ou « Le canon des Gobelins » rappelle la journée du 18 mars 1871 durant laquelle les troupes de Thiers tentent de s’emparer des 171 canons de la Garde nationale et investissent Paris. Le canon des Gobelins sonna l’appel à l’émeute dans ce quartier. La commune de Paris sera proclamée le 28 mars.

P1180149

Paris, la Butte aux Cailles et ses environs.

L’urbanisme des trente glorieuses a probablement favorisé la redécouverte de l’espace de la rue et de la poésie des lieux. En se promenant dans ce quartier de la butte aux Cailles, la nostalgie d’un mode de vie plus lent peut apparaitre, on peut aussi considérer que la proximité de l’avenue d’Italie, avec son urbanisme de tours sur la dalle du centre commercial enrichit la coexistence de deux visions non pas antagonistes mais complémentaires .

Cette balade débute boulevard Auguste Blanqui à la sortie du métro Corvisart.

P1170991

En longeant le métro qui devient aérien on aperçoit sur le coté Sud des HBM des années 30, sur le coté Nord il ne reste plus que deux maisons individuelles entre des immeubles récents. A cet emplacement se trouvait « la Folie Lepreste de Neubourg », construite en 1792 dans un style italien archaïque. Abandonnée à la Révolution cette maison devient une blanchisserie des Hôpitaux de Paris ( la Bièvre y coule au fond du jardin avant de former plus loin une ile  en contrebas de la Manufacture des Gobelins). Cette « folie » est en ruine lorsque vers 1885 Auguste Rodin y installa son atelier ou il retrouvera Camille Claudel, elle ne sera détruite qu’en 1909 et le terrain sera loti pour recevoir des maisons individuelles dont le nombre se réduit au profit de petits immeubles.

P1170444

On emprunte ensuite à gauche la rue Vergniaud qui longe le « mail de Bièvre » urbanisé dans les années 60. Face à la pointe avec la rue Wurtz et son temple antoiniste construit en 1913, on monte à gauche la rue Daviel sur le contrefort de la butte.

P1110879

Ce n’est qu’une butte de 60 mètres de haut ou étaient implantés autrefois des moulins à vents, et les Cailles étaient des meuniers qui ont laissé leur nom au quartier vers le XVIe siècle.

Au milieu du XIXe les photos d’Atget ne font état que de petites baraques de planches et de puits de carrières. Ce territoire qui appartenait à Gentilly a été annexé avec d’autres communes périphériques à Paris en 1860, puis peu à peu cet ancien faubourg s’est couvert de petites maisons très modestes.

Dans les années 1960 beaucoup d’habitations insalubres ont été démolies et les habitants relogés à Sarcelles. De nos jours la multiplicité de ces maisons individuelles réhabilitées a attiré d’autres couches de la population à la recherche de lieux calmes et cependant vivants grâce à la variété des lieux de rencontres comme les cafés et les restaurants autour de places piétonnes à échelle humaine.

Dans cette partie basse de la butte les lotissements sont plus récents et datent du début du XXe. C’est le cas de la cité Daviel où la société d’habitation familiale crée par l’abbé Viollet a réalisé la cité ouvrière de « la petite Alsace »(J Walter* Arch.1913). Le concept de cette cité-jardin de 40 maisons plonge ses racines dans le socialisme utopique anglo-saxon et dans l’action d’une partie du patronat. Le modèle fut propagé en France par Henri Sellier, après la première guerre mondiale les cités jardins se développèrent de façon concertée en périphérie des villes. Ici il s’agit d’une réalisation modeste par sa taille offrant un cadre d’habitat calme autour de la cour intérieure à la façon d’un « béguinage flamand ». L’architecture est assez caractéristique de la recherche d’une architecture « régionale » par opposition aux tendances nouvelles de l’architecture moderne du début du XXe siècle.                                                                                                                           * A cette œuvre de jeunesse réalisée à 30 ans, il faut ajouter que J Walter réalisera avec brio en 1931 du résidentiel de luxe ( immeubles boulevard Suchet à la porte de la Muette) puis de la construction hospitalière en 1935 avec l’hôpital Beaujon ( le premier hôpital-bloc réalisé en Europe sur un concept américain), enfin la cité hospitalière de Lille.

P1170341P1170343

Face à la villa Daviel, l’impasse Daviel présente un alignement de maisons individuelles sur deux niveaux en briques silico-calcaires parfois peintes avec un jardinet .

P1170345

En haut de la rue Daviel on tourne à gauche dans la rue Barrault. Au n° 22 l’accès vers « La petite Russie », ensemble de petits pavillons peints en blanc entourés d’une terrasse commune et surplombant « La petite Alsace ». Plus loin un détour dans le passage Sigaud avec ses vieux pavés dont les constructions basses viennent buter contre des réalisations récentes plus hautes.

P1170346

On redescend ensuite par la rue Alphand face à un autre projet urbain, celui des HBM construits en 1935 à l’angle de la rue Barrault et du boulevard Blanqui, ses cours intérieures ses différents redans et ses jardins permettent de composer avec la forte déclivité du site.

P1170348

Avant d’arriver au boulevard Blanqui on remonte à nouveau, cette fois dans le passage Barrault qui aboutit rue des Cinq Diamants.

P1170350

La rue des Cinq Diamants débute place de la Commune de Paris et aboutit boulevard Auguste Blanqui. Au n°46 le siège des « Amis de la Commune de Paris », organisation du mouvement ouvrier français crée en 1882. Cette implantation ne doit rien au hasard puisque le quartier de la Butte aux Cailles joua un rôle stratégique à la fin de la Commune en 1871 lorsque les pièces d’artilleries installées au sommet de la butte permirent de ralentir les troupes versaillaises entrées dans Paris, pour faciliter la fuite des communards vers la rive droite de la Seine.

La cour du n°40 est assez typique des ateliers d’artisans ou de petits industriels qu’on trouvait dans le quartier jusque dans les années 60. Ici le tissu urbain a longtemps été composite et il garde encore les traces de son état antérieur.

P1170353

Certaines devantures de restaurants ou de boutiques ont elles aussi gardé leur « jus » début du XXe .

P1170352

Plus loin sur la gauche à l’angle avec la rue Jonas le café « Chez Gladines » cœur de la convivialité dans cette partie de la rue proche du jardin Eugène Atget.

P1170356

A ce croisement de rues on se retrouve brutalement face à un long immeuble de 15 étages des années 70 d’une grande pauvreté formelle et faisant abstraction de la topographie. Il suit la courbe du boulevard Blanqui et masque désormais le panorama de la butte vers le Panthéon. Un escalier permet en passant sous cet ensemble de rejoindre le métro (station Corvisart).

P1170358 P1170671

La remontée du boulevard Blanqui en direction de la Place d’Italie s’effectue jusqu’à la rue du Moulin des prés.

P1170672

Au n°1: la maison ou Auguste Blanqui mourut en 1881.

P1170673

En remontant la rue du Moulin des prés vers la place Paul Verlaine le passage du Moulin des Prés nous rappelle les différences d’échelles du tissu urbain environnant. Ici la rue Bobillot et la vision des tours de l’avenue d’Italie ( A.Ascher, M Holley, G.Brown-Sarda, D.Mikol Arch.1970-1977).

P1170361 Le « street art » est très présent tout au long de ce parcours sur les murs du quartier ( ici Ph Baudeloque ). P1170364

« Les tours ne sont plus maintenant des monuments exceptionnels, mais des objets de production courante, bientôt de série, et c’est plus particulièrement celles-ci qui vont créer le nouveau cadre urbain » Michel Holley 1971.

P1170366

La place Paul Verlaine est sur un plan carré traversé en diagonale par la rue Bobillot, sur un des cotés on découvre la piscine de la butte aux Cailles ( L Bonnier Arch, entreprise Hennebique1924). Cette implantation est directement liée au puits artésien dont le forage commencé en 1863 sous Haussmann dans le but d’augmenter le débit de la Bièvre, a été arrêté puis repris et terminé à la fin du XIXe à 600 m sous terre.                                   Compte tenu de la durée des travaux la mise en service de ce puits en 1903 n’offrait plus aucun avantage aux habitants par rapport à la distribution d’eau intervenue entre temps dans le quartier. Une solution fut développée pour utiliser les 6000 m3 quotidiens fournis par ce puits d’abord avec la création d’un bains-douches puis avec cet « établissement balnéaire » alimenté par une eau à 28° légèrement sulfureuse en phase avec les préoccupations hygiénistes de l’époque.                                                                            L Bonnier architecte-voyer de la ville s’était insurgé contre les abus d’une réglementation (déjà à cette époque…) « qui interdisait toute décoration des façades et menaçait de transformer Paris en une sorte de ville caserne », un décret de 1902 qu’il avait largement inspiré a « favorisé les tendances au pittoresque qui ont été brimées après un long régime de régularisation obligatoire ».

P1170370P1170372

Cet ouvrage fait actuellement l’objet d’une rénovation. La façade sur la place en brique est caractéristique du style Art Nouveau, à l’intérieur la décoration est sobre, carrelée de céramique blanche en phase avec la politique hygiéniste de cette époque en France qui ne comptait que 3 piscines publiques et 2 piscines privées à Paris. L’éclairage naturel est assuré par des coupoles de béton armé ajourées de dalles de verre, le motif de l’arc de cercle en façade est repris dans la structure et les voutes au dessus du bassin principal.

P1170440

La fontaine sur la place permet aux habitants de retirer une eau de qualité puisée dans les sables de l’Albien à l’abri des pollutions modernes. A proximité le buste du sergent Bobillot, figure héroïque du siège de Tuyen Quang ( Haut Tonkin) 1885.

P1170380

En longeant le square Henri Rousselle on emprunte ensuite la rue de la Butte aux Cailles , autre lieu de convivialité du quartier, avec ses restaurants se prolongeant le long des trottoirs.

P1170385

A l’angle avec la rue Samson le restaurant de la société coopérative ouvrière de production « Le temps des cerises« , en référence à la chanson de Jean-Baptiste Clément rendue célèbre par les survivants de la Commune, est situé dans un ensemble HBM des années 1930 .

P1170389

Descendons un peu dans le passage Boiton pour découvrir à l’abri de la rue et des regards d’autres maisons individuelles en cœur d’ilot.

P1170391

Un autre hommage de Ph Baudeloque à Moebius.

P1170393

En revenant dans la rue de la Butte aux Cailles on rejoint l’extrémité de la rue des Cinq Diamants sur la place de la Commune de Paris. A coté d’autres restaurants tels que « Le merle moqueur« , et « La folie en tête » dont les références sont explicites , le bistro  » le village de la butte » est un pivot de la vie de ce quartier militant.

P1170399

Sur la place de la Commune de Paris, lieu de fêtes nocturnes, on redescend ensuite vers la rue de l’Espérance. C’est dans ce secteur qu’ Haussmann envisagea en 1865 d’implanter une église monumentale au sommet de la butte.                                           Plus bas un bâtiment récent dont la typologie avec cour ouverte coté rue est assez rare  à Paris, malheureusement le foisonnement des détails est coupé du contexte  .

P1170402

A proximité: les rues Buot et Michal aboutissent contre l’abside de l’église Ste Anne de la Butte-aux-Cailles. Elles sont bordées de chaque coté par des maisons individuelles et quelques ateliers d’artistes.

P1170406

La rue Michal débouche plus loin dans la rue Barrault, au n° 42 l’école Telecom Paris Tech ( M Chappey Arch.1962), jouxte l’immeuble de la poste de la rue de Tolbiac. M Chappey s’est intéressé à toutes les disciplines des Beaux-Arts mais ici le bas relief apparait comme anachronique et « décalé » sur ce bâtiment moderne. La surélévation provisoire de ce bâtiment devrait disparaitre pour 2017 compte tenu du transfert de l’école sur le plateau de Saclay.

P1170407P1170408P1170409

Après avoir traversé la rue de Tolbiac pour prendre la rue Guyton de Morveau, deux constructions des années 1910 attirent l’attention. Au n°29 (F Gombeau Arch.) dont le traitement des deux derniers étages permet de voir un autre exemple du pittoresque réglementaire de 1902 qui a fait imploser les règlements urbains haussmanniens devenus au fil du temps générateurs de monotonie et d’uniformité.

P1170412 Plus loin un immeuble revêtu de céramiques vernissées avec une frise végétale sculptée exprime une autre vision plus proche de l’Art nouveau. P1170415

Le parcours continue en tournant à droite rue Bobillot jusqu’à la rue de la Colonie.           Au n° 72 : un immeuble HBM de 64 logements à cour ouverte (G Vaudoyer Arch.1911).  L’ensemble était à l’origine complété en rez de chaussée par différents équipements communs: bains-douches avec baignoires pour enfants, lavoir et séchoirs, local voitures d’enfants ainsi que par 40 jardins ouvriers de 50 m2 chacun, disparus dans les années 60.

P1170416

Les deux bâtiments sur rue sont reliés par le porche d’entrée avec deux ailes en retour.La simple polychromie des briques sert d’ornement à la façade.

A l’arrière  deux pavillons  viennent refermer la cour intérieure; cette dernière laisse des espaces libres et utiles pour irriguer d’air et de lumière de cet ensemble qui est un des derniers HBM philanthropiques construit à l’initiative de la fondation Singer de Polignac.

Initialement es appartements étaient destinés à recevoir des familles nombreuses, et les appartements de 2 ou 3 pièces ont de « petites chambres »pour les enfants.

P1170419

Juste avant la place de l’abbé Henocque ( ancienne place des Peupliers) un trop rare exemple de jardin vertical parisien.

P1170421

Autour de la place de l’abée Henocque on découvre dans cet ancien quartier des Peupliers différentes expérimentations urbaines: lotissements ouvriers construits entre 1908 et 1921 et HBM des années 30 qui insufflent un autre esprit « village ».                    Les trois lotissements autour de cette place résultent d’une action commune d’associations philanthropiques ou patronales mais aussi de lotisseurs privés.              Dans ce quartier longeant la Bièvre la ville a ouvert différentes rues entre 1876 et 1894  puis à la suite des premières interventions de l’État pour soutenir les sociétés d’habitation bon marché ( loi Siegfried) elle a cédé les terrains entre 1909 et 1911 pour un faible prix  à « la Fraternelle des employés des chemins de fer ». L’objectif était double: minimiser les révoltes ouvrières de cette population a tendance révolutionnaire et améliorer l’hygiène et la salubrité de ces bords de Bièvre pollués par les rejets chimiques en amont.              Cette cession s’est réalisée sous condition de revendre les futures maisons à ces mêmes employés. D’autres opérations dans ce secteur ont été plus spéculatives sur des terrains implantés au dessus de carrières.

La rue du Docteur Leray qui part de la place de l’abbé Henocque, ne comporte qu’assez peu d’aménagements individuels en façade sur rue, à l’origine chaque maison a été  équipée d’une « remise à auto ».

P1170425

Rue de l’interne Loeb, sur une place en demi-lune les bâtiments d’angle participent à la mise en scène d’une échelle « village »avec des aspects régionalistes mais sans continuité au delà de cette place. Au loin la tour Super-Italie 121 ( M Novarina Arch 1970 ).

P1170427

La rue Dieulafoy ouverte en 1912 (H Trésal Arch.1921) a été l’œuvre de spéculateurs qui la destinait à une clientèle plus bourgeoise que celle des cheminots ( 44 maisons), elle n’offre à ce jour qu’une tentative très ponctuelle de coloration des enduits . Ce modèle de maison sera reproduit dans d’autres petits lotissements jusqu’à la Porte de Gentilly.

P1170430P1170432

L’ilot Rousselle a été réalisé en 1911 par une société privée (« La petite chaumière ») sur les terrains achetés en 1909 et divisés en 30 parcelles. Seules les 8 maisons le long de la rue Henri Pape sont identiques, les autres ont été réalisées selon les individualités des propriétaires.

P1170433

Le lotissement sur une parcelle triangulaire de 32 parcelles de 120m2 délimité par les rues des Peupliers, H Pape et du Moulin des Près est le premier construit en 1908 (Lambert Arch.) pour les meilleurs employés des chemins de fer. A l’angle la maison atypique était destinée à un contremaitre. Ce projet a utilisé des planchers en béton armé, les toitures terrasses initiales ont été modifiées ultérieurement en raison de problèmes d’étanchéité par des combles plus traditionnels. Ce modèle sera repris près de la gare Paris-Lyon, entre les rues de Bercy et de Pommard, là aussi pour « la fraternelle des employés du chemin de fer ».

P1170434

La pointe de la rue Moulin des prés et rue des Peupliers face à d’autres HBM des années 1930.

P1170436

En retraversant la rue de Tolbiac vers la Butte aux Cailles le passage du Moulinet transformé en passage piétonnier rassemble lui aussi plusieurs maisons individuelles sur les contreforts de la butte, au n° 6 la maison contemporaine revendique clairement sa personnalité par sa volumétrie et les matériaux ( P Katz Arch.2007).

P1170438

Le jardin de la montgolfière dans la rue du Moulinet commémore le lieu ou a atterrit le 21 Novembre 1783 la montgolfière de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes, entre 2 moulins de la butte.                                                                                                          Ce premier vol humain de l’Histoire réalisé entre le château de la Muette et la Butte aux Cailles sur une distance de 9km dura 25 minutes.

On remonte enfin la rue du Moulin des prés vers la place P Verlaine, un mur de soutènement atteste une nouvelle fois l’importance des travaux d’adaptations réalisés à la suite des percements des voies nouvelles fin XIXe dans ce quartier.

P1170378 P1170376

Paris, balade architecturale de la Porte de Clichy à St Ouen.

La rue Pierre Rebière, point de départ de cette balade, est située entre le boulevard des maréchaux et le périphérique à proximité du chantier du futur palais de Justice.

Image 1

Dans cet espace délaissé par Paris mais ne faisant pas encore partie du territoire de la banlieue elle longe sur plus de 500 m d’un coté le mur sud du cimetière des Batignolles et de l’autre la partie arrière du lycée H de Balzac et d’autres établissements d’enseignements. Longtemps consacrée à la prostitution et aux trafics en tous genres elle n’attirait que les passages très motivés.

Néanmoins le délaissé de la voirie et des trottoirs de ce lieu ingrat représentait un potentiel d’aménagement. C’est ce qui vient d’être développé ici par la ville de Paris et Paris-Habitat en construisant la bande entre les frondaisons du cimetière et l’alignement des platanes du trottoir tout en réduisant la largeur de la chaussée afin de construire 180 logements, dont 140 sociaux, répartis sur 9 opérations réalisées par une seule entreprise.

Pour donner une urbanité à cette longue rue sans aucun commerce l’inventivité n’a fait pas défaut, il y a même un trop plein, aboutissant à un large palette de volumétries et de matériaux juxtaposés, et il faut admettre que pour sortir du lot les jeunes équipes d’architectes retenues n’ont pas été avares de démonstrations parfois radicales .

Dans l’ordre d’apparition: 21 logements (Hondelatte et Laporte Arch.), une mise en scène de trublion avec ses belvédères de représentation apparemment diversement appréciés  et appropriés par les habitants .

P1170449

20 logements (Le Fantastic Agence Arch.), une ré-interprétation des toits de Paris en face à face.

P1170455

P1170456

16 logements (Avignon-Clouet Arch.+Atelier Provisoire Arch.), une intention de façade « verte » à moyen terme qui reste à réanimer .

P1170458

P1170459

25 logements (Petitdidier Prioux Arch.)

P1170461

22 logements (Brunnquell et André Arch.)+ EM2N (Zurich) aboutissant au pied de la tour rénovée du Bois le Prêtre.

P1170472

A gauche on tourne vers la rue du Bois-le Prêtre à l’angle avec sa tour éponyme, construite en 1962 ( R Lopez Arch.), rénovée une première fois en 1990, puis en 2011 ( F Drouot, A Lacaton & JP Vassal Arch.). La dernière rénovation a été réalisée en site occupé pour les 100 logements, elle inclut la création de balcons préfabriqués et de jardins d’hiver pour chaque appartement qui ont permis de réduire la consommation d’énergie de 50%.

P1170471

On passe ensuite sous le viaduc du périphérique qui longe le cimetière des Batignolles sur sa limite Nord, l’entrée dans Clichy se fait par le boulevard du général Leclerc, après avoir franchi le boulevard Victor Hugo on découvre sur la gauche la Maison du Peuple.

La Maison du Peuple de Clichy est l’œuvre d’une équipe ( E Beaudoin et M Lods architectes associés aux ingénieurs W Bodiansky et Jean Prouvé 1938-1939). Ce bâtiment a été construit à l’emplacement d’un ancien marché. L’objectif du programme était de regrouper de façon flexible diverses activités: un marché en rez de chaussée, et à l’étage une salle des fêtes pour 1500 personnes, un cinéma de 500 places ainsi que des bureaux pour des activités syndicales. Cette équipe d’architectes et d’ingénieurs préoccupée par l’industrialisation, la préfabrication et la flexibilité et prenant comme modèle la construction aéronautique a expérimenté ici des principes constructifs novateurs. A noter la remarquable légèreté des façades translucides en verre armé séparé par un vide d’air constituant le « mur rideau » imaginé par Jean Prouvé, non porteur et suspendu à la structure. La partie mécanique est l’œuvre de W Bodianky ( diplômé de l’institut des Ponts & Chaussées de Moscou et de l’École Nationale Supérieure d’Aéronautique de Paris) pour le  plancher mobile du premier étage, les cloisons amovibles, et la toiture escamotable qui s’ouvrait pour faire un marché en plein air.

Une longue période d’abandon et de dégradations irréparables tel que le remplacement du plancher amovible métallique par un plancher béton avant sa restauration en 2002 ont malheureusement dénaturé sa flexibilité initiale.

Néanmoins cette œuvre demeure une des références architecturales majeures de l’architecture du XXe siècle pour son travail sur l’espace. Franck Llyod Wright lorsqu’il visita ce bâtiment ne cessa pas de dire son admiration pour les principes novateurs expérimentés et affirma « Clichy est une date dans l’architecture française, et sans doute internationale ».

P1170484

Les bureaux sont implantés en façade arrière, les panneaux modulaires opaques sont constitués de 2 tôles d’acier et de laine de verre sont accrochées à la structure de la charpente.

P1170483

Les bords des panneaux sont biseautés pour les rigidifier et pour éloigner le ruissellement des eaux de pluie, la courbure de la tôle extérieure et la rigidité de ses bords lui permettent d’encaisser les dilatations thermiques, les tôles sont mises en tension au moyen de ressorts.

La maquette présentée à la Cité de l’Architecture met en évidence la structure métallique.

p1030493

Au n° 69 du boulevard du général Leclerc et face au parc Roger Salengro: le bâtiment des Grands Magasins du Printemps construit de 1908 à 1911 pour la partie la plus ancienne ( Papinot et Simonet Arch.) avait pour fonction initiale d’abriter les ateliers de confection,  d’entrepôts et de remises pour le service de livraison hippomobile. Transformés entre 1991 et 1995 (Reichen et Robert Arch.) en bureaux du groupe PPR. L’entrée principale est marquée par un fronton en forme d’arcade monumentale surmonté d’une rotonde en construction métallique vitrée entourée de maçonnerie revêtue de grès flammé typique Art Nouveau attribué à A Bigot dont la polychromie est d’une grande richesse décorative.

P1170493

L’aile latérale droite reprend le même principe d’ossature avec des arcades métalliques qui s’étirent sur les deux premiers niveaux.

Le traitement des angles du bâtiment avec des courbes y compris dans le traitement des combles en toiture, reprend le principe de l’arche principale avec un souci du raffinement des détails particulièrement soigné.

P1170502

A gauche de l’arche principale une extension réalisée en 1925 (G Wibo et Demoisson Arch.) reprend la volumétrie générale mais en utilisant une structure en béton armé et remplissage briques. De part et d’autres de ces deux ailes Reichen et Robert ont développé des extensions en retrait qui valorisent le bâtiment existant sans tomber dans la mièvrerie d’accompagnement.

P1170490

La silhouette très photogénique de l’hôpital Beaujon est visible depuis le parc R Salengro ( J Walter U Cassan L-V Ploussay Arch. 1933-1935). Cet « hôpital-bloc » initialement prévu pour 1000 lits est inspiré des modèles américains: l’hébergement est regroupé sur 12 étages de 150 m de long avec une configuration « en peigne » à gradins, tandis que l’ensemble des plateaux techniques ( anesthésie,salles d’opérations, réanimation, etc) est regroupé dans les niveaux inférieurs. Beaujon est le premier hôpital construit selon ce concept fonctionnel en Europe. Sur cette façade arrière chaque étage se terminait par un balcon-terrasse en demi-cercle face au parc R Salengro, cette disposition initiale très forte dans son expression a été modifiée suite à la réalisation des escaliers de secours.

P1170510P1170506

La façade d’entrée de l’hôpital au Nord,au premier plan et sur deux niveaux: les plateaux médico-techniques et les urgences, dans l’axe central: l’amphithéâtre.

P1170508

La traversée du terrain de l’hôpital permet de rejoindre la rue du général Roget puis sur la gauche la rue Madame de Sanzillon, on aboutit alors à Saint-Ouen face au 169 du boulevard V Hugo,  Immeuble de logements avec un cœur d’ilot pour duplex (S & L Goldstein Arch.2001), façade en béton poli.

P1170512

Le paysage de Saint-Ouen dans partie située entre le boulevard Victor Hugo et la Seine est fortement marqué par le passé industriel: fonderies des usines RENAULT fermées dans les années 90, entreprises d’équipements automobiles etc. Les mutations économiques  ont crée des opportunités foncières et lancé des projets de reconversion ainsi que de construction de logements desservis par le RER C.

Sur les anciens terrains industriels de RENAULT  immeuble de bureaux (JJ Ory Arch.2004), en structure métallique.

P1170514

Bureaux sur les anciens terrains des usines LABINAL.

P1170515

L’ex distillerie d’alcool de menthe RICQLÉS ( A Afchain Arch.1936-1938), a été implantée à Saint-Ouen depuis 1898, elle était reliée au réseau ferré Paris-Nord et Paris -Est pour l’approvisionnement en menthe venant de l’Oise. Façade en brique appareillée dans l’esprit art-déco, le bâtiment a été transformé en bureaux et en studios photos pour le magazine ELLE (1987).

P1170517

Après être passé sous la voie ferrée dédiée au transport des marchandises on aborde un secteur très hétérogène. Sur la droite les bâtiments industriels en structure métallique avec remplissage de brique de l’ancienne usine CITROEN avenue du Capitaine Glarner construite en 1924. Sur la gauche jusqu’à la Seine l’ensemble des anciens docks:  cet « urbanisme de l’accident » est le résultat tant des grandes implantations industrielles du début du XXe siècle liés à ce carrefour névralgique le long de la Seine que des accidents de l’histoire ( bombardements américains du 2 aout 1944 sur Saint-Ouen), et plus récemment de la désindustrialisation liée aux chocs économiques. L’ensemble est entrecoupé d’infrastructures de chemin de fer, qui innervaient les industries lourdes du secteur. A ce titre la rue Ardouin qui aboutit à la Seine en longeant l’usine de chauffage urbain de la CPCU puis l’usine de traitement des résidus urbains de la SYCTOM est très caractéristique.

La rénovation urbaine du secteur des Docks de Saint-Ouen (100 hectares, soit le quart de la superficie communale) est en cours de réalisation, avec pour objectif de réaliser en 20 ans un quartier urbain mixte. La pluralité des fonctions sera assurée par l’habitat (4.000 nouveaux logements seront crées), les activités économiques (310.000m2 de bureaux), et les équipements, loisirs etc y compris avec une valorisation du patrimoine industriel notamment sur les terrains Alsthom ainsi que l’aménagement des bords de Seine (Makan Rafatdjou Urbaniste).

P1170518

A l’arrivée sur la place de la République on longe au n° 10 un ensemble de logements et bibliothèque (A Kopp Arch 1961) faisant face à la Mairie de Saint-Ouen. Ici A Kopp utilise la brique comme les autres bâtiments de ce coté de la place, mais il se montre moins inspiré que pour le programme du complexe sportif de l’île des Vannes que nous découvrirons plus loin.

A Kopp est aussi l’auteur de « Ville et révolution: Architecture et urbanisme soviétique des années vingt » ( Ed Anthropos Paris 1967) l’ouvrage de référence très documenté sur cette période courte mais très féconde en terme de recherche architecturale. Anatole Kopp a été l’organisateur en 1966 d’un colloque sur l’urbanisme et la construction en URSS regroupant ceux qui partageaient le même engagement politique mais aussi l’adhésion au mouvent moderne en architecture. D’une façon générale il faut reconnaitre à la Seine Saint-Denis le mérite d’être un des berceaux fondateur de ce communisme municipal « éclairé » en matière d’architecture et d’urbanisme, grâce à des réseaux initiés durant la Résistance puis développés avec efficacité après la Libération autour des ministres de la Reconstruction, des élus, et des architectes.

P1170534

La médiathèque à l’angle des rues G Péri et V Hugo ( JP Lott Arch.2009) témoigne elle aussi d’un certain volontarisme, sa présence à l’angle sur la place de la Mairie ne fait malheureusement qu’ajouter une impression de dureté sur cette place composée d’immeubles assez datés dont la juxtaposition aboutit a une absence d’harmonie.

P1170522

P1170697

On remonte la rue Gabriel Péri devant la médiathèque jusqu’à la rue Anselme à gauche, au n°64 l’immeuble de 48 logements sociaux pour la SEMISO (P Soria G Lézénes J Nouvel Arch.1972), primé lors du premier « concours Programme Architecture Nouvelle », la cour centrale est plantée et dessert via 4 escaliers extérieurs les appartements par des passerelles individuelles.

P1170731

Les appartements se développent en duplex et en triplex et offrent une surface habitable beaucoup plus généreuse que les normes de référence.

P1170734

On emprunte ensuite le boulevard Biron jusqu’à la rue du Dr Bauer pour remonter à gauche vers la mairie de Saint-Ouen. Au n° 6-10  rue du Dr Bauer la patinoire-parking, structure de verre et d’acier avec une piste de 56 m de L (le décor du film « L’écume des jours« ) enjambe les rues de chaque coté ( AUA / P Chemetov Arch 1979). Un bâtiment d’esprit brutaliste et assez démonstratif inspiré probablement par Archigram, hélas le coût d’entretien devenu difficile pour les finances de la ville laisse une impression d’abandon.

P1170524

Cette patinoire est l’objet d’une controverse esthétique, et P Chemetov de préciser «  à l’époque la DDE avait décider de réaliser un passage souterrain pour relier le boulevard V Hugo à la rue A Dhalenne. Ils ont creusé jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent d’une erreur. Tout s’est arrêté, il restait un terrain vide »(le sous-sol est utilisé pour faire un parking). » La patinoire est construite comme un hangar, un Beaubourg « low-cost » qu’il faudrait entretenir. Un bâtiment a une espérance de vie de 100 ans.Pour conserver il faut transformer et pour transformer il faut conserver ».

On remonte ensuite cette rue Albert Dhalenne vers la Seine et le château de Sain-Ouen. L’habitat individuel est aussi varié la rupture des formes et le mélange des styles façonnent le paysage urbain pavillons populaires et maisons de petits industriels, ici dans la rue Soubise face à des HLM construits dans le années 60 un ensemble de maisons particulières jumelées début XIXe siècle.

P1170699

A l’approche du château de Saint-Ouen, un des rares exemples d’architecture de la Restauration construit par Louis XVIII en 1823, il s’agit plus d’une confortable maison de plaisance que d’un château.

P1170715

Les arbres du parc étaient d’essences rares, des fabriques agrémentaient les promenades, de la terrasse du château la vue s’étendait alors vers la Seine, et les collines de Montmartre. Ce dernier point est le fil conducteur du nouveau quartier en cours d’achèvement autour du château implanté sur les terrains industriels des docks de Saint-Ouen et à proximité de ceux d’Alsthom. Mixité habitations et bureaux, avec un vaste parc urbain de 12 hectares rejoignant la Seine.

P1170700

P1170704

Au loin, situé rue Ardouin l’usine de traitement de déchets urbains ( S’pace J R Mazaud Arch 1990).

 

P1170720

Le parc paysagé de 12 hectares est en voie d’achèvement, il comportera des serres municipales à vocation pédagogiques ( agence TER).

P1170708

Le complexe sportif de l’île des Vannes à St Ouen, entre les deux bras de la Seine, dont la  halle  couverte d’une surface en paraboloïde hyperbolique de 3000m2 est composée d’un maillage de câbles prétendus entre les 2 arcs en béton ( label « Patrimoine du XXe siècle »,( A Kopp en collaboration avec R Sarger, L Métrich et P Chazanoff Arch. 1971).

P1170723