Paris 7eme arrondissement : du quai d’Orsay au dôme des Invalides.

Au milieu du XIX siècle dans la partie du VII arrondissement située entre les Invalides et le Champ-de-Mars, seul le quartier du Gros-Caillou avec les rues de l’Université, Saint-Dominique et de Grenelle, est urbanisé depuis le début du siècle. Ce n’est qu’après les opérations de voirie entreprises de 1850 à 1870 entre les avenues Rapp et Bosquet que furent réalisés de nombreux lotissements permettant la construction entre 1900 et 1930 du paysage que nous pouvons découvrir aujourd’hui dans ce parcours urbain.

En partant de la place de la Résistance proche du pont de l’Alma, le quai d’Orsay se caractérise en apparence par un bâti relativement homogène d’immeubles construits dans leur grande majorité entre 1930 et 1950 avec plusieurs réalisations spécifiques.                                                                                                                         Le n°91 (L.Azéma Archi.1930) à l’angle du quai et de la rue Cognacq-Jay, présente une modénature sculptée de motifs en triangles dont la plastique est en totale opposition avec l’aspect lisse et dépouillé de l’immeuble mitoyen.

Au n° 89 l’immeuble de logements ( M.Roux-Spitz Archi.1932) reprend de façon quasi identique la façade avec son bow-window à trois pans réalisé un an plus tôt au 11 du boulevard Montparnasse. Pour cette réalisation de luxe  le terrain traversant permet d’implanter les pièces de réception coté quai et les chambres coté rue Cognacq-Jay .

Au n° 67 quai d’Orsay et rue Jean Nicot: un immeuble de logements de luxe (A.Lecomte Arch.1935) avec sa rotonde d’angle en porte à faux. Ce dispositif architectural fréquent durant la période haussmannienne fut modernisé dans les années 30 avec un traitement en  vitrages courbes devenu une signature Art Déco. Un toit terrasse offre un panorama vers la Seine.

A l’autre angle de la rue J.Nicot au 65 quai d’Orsay: séquence « régionalisme et tradition » pour l’église américaine de Paris construite en 1929 dans un style néo-gothique anglais

…même si le clocher utilise la structure métallique !. La comparaison de cette église avec celle infiniment plus novatrice construite en 1922 par Perret au Raincy atteste de la permanence de l’arrière-garde durant ces années de modernité Art Déco à Paris.

59 quai d’Orsay, l’ambassade d’Afrique du Sud (J-M Garret G.Lambert J.Thierrart et Centre d’Études l’Oeuf Archi. 1974). Face à la Seine mais aussi avenue R.Schumann les façades sont en verre fumé protégées par des panneaux saillants en fonte d’aluminium moulés, une expression en rupture totale avec l’hôtel particulier mitoyen d’un grand classicisme.

La poursuite de la promenade le long du quai d’Orsay jusqu’au boulevard de La Tour-Maubourg reste riche en juxtapositions variées d’habitations et de bureaux.                      53 quai d’Orsay ( LH Boileau Arch.1913 plus connu pour sa réalisation de l’hôtel Lutétia) L’ornementation en façade de cet immeuble est fortement marquée par la Nature et l’Art Nouveau. Au dessus de l’entrée, une sculpture de Léon Binet représente un nid dans un arbre en fleurs, un motif de décoration pas fréquent à Paris!.

L’immeuble mitoyen du 55 quai d’Orsay présente un décor moins bucolique.                    Cet ancien siège de la Régie Française des tabacs fut construit en 1937 ( R.Boudier Archi.). D’inspiration Art Déco il comporte deux bas-reliefs au dessus des portes d’entrées autour du tabac avec des raccourcis que n’auraient pas renié le musée des Colonies de la Porte Dorée.

Retour par la rue de l’Université et à l’angle avec le n°7 rue Jean Nicot : ce projet mixte associant conservatoire de musique et foyer de personnes âgées (Ch.de Portzamparc Archi.1984), fut en son temps un déclencheur de la commande publique basée sur les concours d’architecture. Une initiative de la Régie Immobilière de la Ville de Paris qui a permis dans les années 70 l’émergence d’une nouvelle génération d’architectes attachés au renouveau du paysage urbain parisien de façon plus radical que précédemment.

Plus loin rue de l’Université, avant d’emprunter le très tranquille passage Landrieu, cet immeuble réalisé dans un esprit rétro années 30 par un promoteur privé est trahi par une pierre de façade pelliculaire trop claire ( Boisseson Dumas Vilmorin Archi.2002).

16 passage Landrieu à l’angle avec la rue Saint-Dominique (O.Vaudou et R.Luthi Archi.1974): un immeuble mixte groupant bureaux et logements à l’ écriture de façade unificatrice pour ces différentes fonctions .

129-131 rue Saint-Dominique: la fontaine de Mars ou du Gros Caillou. Lors de son achèvement en 1806 elle était située dans une zone maraichère entourée de peupliers, depuis 1859 elle est au centre d’une place à arcades . Cette fontaine comme seize autres dans Paris fut élevée à la demande de Napoléon pour fournir l’eau gratuitement aux parisiens.

La fontaine jouxte l’hôtel de Béhague construit en 1867 qui est devenu en 1939                    l’ambassade de Roumanie. Cet hôtel particulier est une interprétation évocatrice du siècle de Louis XV ( H.Destailleur Archi. 1867).

Le quartier de l’Ecole Militaire s’est densifié entre 1850 et 1914 à la suite de la création des avenues Bosquet et Rapp et du boulevard de La Tour-Maubourg comme l’indique en jaune la carte du tracé des nouvelles rues en 1850. Lors de la réalisation de lotissements l’architecte Jules Lavirotte réalisa trois immeubles caractéristiques de l’époque, ceux des 29 avenue Rapp, 3 square Rapp et 12 rue Sédillot.

Le 29 avenue Rapp réalisé en 1901, pour le célèbre céramiste Alexandre Bigot.              Un des exemples d’Art Nouveau à Paris le plus exubérant dans l’utilisation du grès flammé décoratif qui tient lieu de catalogue des produits crées par l’entreprise du Maitre d’Ouvrage. La façade est constituée de briques armées et les pièces de grès flammés sont attachées à ces briques par l’intermédiaire de maillages de fils de fer accrochés aux planchers. L’espace entre les briques armées et les pièces de grès a été rempli de ciment ( système Cottencin). Le pittoresque trouve ici dans l’utilisation de la céramique une large palette d’effets visuels exaltant les aspects de surface.

L’entourage de la porte d’entrée de l’immeuble est sculpté dans la terre à grès et se compose autour du buste de l’épouse d’Alexandre Bigot. La porte proprement dite est en l’analysant de plus près chargée d’un fort érotisme .

Cette richesse décorative des détails se développe de façon étonnante avec des reliefs saillants sur toute la surface de la façade qui touche à la performance.

4 Square Rapp: le bâtiment de la société théosophique (L.Lefranc Archi.1912).                Un programme complexe associant amphithéâtre, bibliothèque et salles de réunions surmonté de logements dans les étages supérieurs. La façade en pierre et brique exprime clairement cette diversité de fonctions avec une certaine étrangeté peut être liée à l’aspect ésotérique de cette société théosophique dont la démarche rejoint certains aspects du bouddhisme et de l’hindouisme.

3 square Rapp (J.Lavirotte Arch.1898) un autre exemple de façade décorée de façon débridée.

6-8 rue du général Camou (J.Ginsberg et P.Vago Archi.1956-1959). Avec ses derniers étages en retraits cet immeuble d’habitations présente un gabarit typique des années 50.

Le long du trottoir, J.Ginsberg a fait appel à Vasarely pour une composition en mosaïque attirant l’attention du piéton et l’obligeant à enregistrer des sensations optiques faisant appel à sa sensibilité.

Autour du Champ-de-Mars, occupé par l’Exposition Universelle de 1900, un autre lotissement fut réalisé à la suite de la cession par l’Etat à la ville en 1881. Il s’agit des bandes de terrains situées de part et d’autre du Champ-de-Mars. C’est le cas notamment des avenues Elisée Reclus, Emile Deschanel et Charles Floquet ouvertes en 1907. Cet aménagement fut financé par le lotissement à la condition de réaliser des constructions de luxe d’une hauteur maximale de 20m avec zone en jardin. Ce lotissement devait à l’origine  former un cadre digne de l’Ecole Militaire sans se démarquer du style Louis XV.

Le résultat final présente beaucoup plus de variété dans le traitement de différentes réalisations situées dans le prolongement de l’avenue Elisée Reclus, notamment cet hôtel particulier qui marque le retour du « grand style » classique pour le couturier Worth au 4 avenue E.Deschanel (R.Sergent Arch. 1909). Ce retour au classicisme français qui correspondait  à la demande de riches aristocrates, est devenu la spécialité de certains architectes comme Louis Sergent, auteur entre autre de l’hôtel de Camondo face au Parc Monceau, il trouve sa source stylistique dans le Petit Trianon de Versailles.

L’ hôtel particulier Worth présente une partie en jardin avec la rotonde coté Champ-de-Mars et avenue Marinoni.

63 avenue de la Bourdonnais, immeuble de logements (J.Dubuisson J-P Jausserand et O.Vaudou Archi. 1958-1960) un appartement par étage. En façade 60 cm séparent les deux baies pour assurer une protection acoustique.

33 rue du Champ-de-Mars ( O.Raquin Arch. 1904), un chef d’oeuvre de l’Art Nouveau dont la façade en pierre développe un traitement végétal tout en courbes avec des sculptures d’arums enveloppant les bow-windows de façon exubérante.

Angle avenue de Tourville et rue Granier, une autre expression années 30 pour ces immeubles avec leur traitement d’angle en arrondis de part et d’autre et aux deux extrémités de la voie.

A l’extrémité de cette rue Granier et à l’angle avec la rue Codet , l’ancien central téléphonique ( J.Debat-Ponsan Archi.1935) a été transformé partiellement en hôtel 5*: le « 5 Codet » s’articulant autour de la cour intérieure initiale.

Cette balade de termine à l’angle de l’avenue de Tourville et du boulevard de La Tour-Maubourg avec d’autres repères décoratifs pour cet immeuble qui comportait à l’origine un hôtel particulier sur les premiers étages et des appartements dans les étages supérieurs ( E.Dutarque Archi.1891). Une autre version de la tendance composite : bossages, bow-windows, cariatides de part et d’autre de la porte d’entrée et fenêtres du deuxième étage en clin d’oeil à l’architecture hispano-mauresque.

 

 

 

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