De la République à la Madeleine par les Grands Boulevards

A partir de la place de la République, cette balade commence par suivre les traces de l’enceinte de Charles V à l’emplacement de la Porte du Temple jusqu’à la Porte Saint-Denis.

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Du boulevard Saint-Martin à la porte Saint-Martin

Cette enceinte et ses fossés fut terminée en 1420, elle était implantée sur des remblais provenant des fossés réalisés en périphérie extérieure et percée de portes ( en limite Nord: les portes Saint-Martin et Saint-Denis) constituant les points faibles de cette fortification.

Les entrepreneurs chargés de cette construction reçurent en contrepartie des travaux réalisés, le droit de lotir des terrains préalablement consacrés à la culture puis rattachés à la ville. Lors de la démolition de l’enceinte, vers 1633, ce dispositif de lotissement sera à nouveau développé. En contrepartie des travaux entrepris pour le compte de l’Etat avec des spéculateurs, ces derniers donneront naissance à de nouveaux quartiers à la mode au début du XVIII siècle chez les nobles, les financiers ou les artistes: La Chaussée d’Antin (1720) et le faubourg Poissonnière (vers 1770) .

« Des corps de logis immenses sortent de terre et des quartiers nouveaux ne sont composés que d’hôtels de la plus grande magnificence. Les remparts se hérissent d’édifices qui ont fait reculer les anciennes limites: de jolies maisons s’élèvent vers la Chaussée d’Antin et vers la porte Saint-Antoine que l’on a abattue. Les jardins sont pétrifiés et de hautes maisons ont frappées mon regard dans le même lieu ou l’oeil voyait croitre les légumes ». ( L-S Mercier Le Tableau de Paris 1781-1790).

De la porte Saint-Martin à la Porte Saint-Denis via le quartier du Sentier

Louis XIV s’est plus intéressé à Versailles qu’à Paris, mais entre 1668 et 1705 les remparts de l’enceinte de Charles V furent démolis et les fossés traités comme une promenade plantée d’environ 40 m de large  » Le Nouveau Cours » entre les portes Saint-Antoine et Saint-Honoré. Cette nouvelle chaussée pavée de 20m de large était flanquée de chaque coté de deux contre-allées plantées avec deux rangées d’arbres, cette voie entre la place de la Bastille et la Madeleine constitue les actuels « Grands Boulevards ».

Pour renforcer cette volonté royale, des portes monumentales en forme d’arcs de triomphe vinrent magnifier cet embellissement urbain, la porte Saint Martin construite en 1674 fut dédiée à Louis XIV à l’occasion de la conquête de la Franche-Comté et la porte Saint-Denis fut réalisée en 1672.

A gauche de la rue Cléry : la rue d’Aboukir, la différence de nivellement entre ces deux rues a pour origine l’implantation de la rue d’Aboukir sur l’emplacement des fossés de l’enceinte de Charles V qui étaient alimentés par l’eau de la Seine lors de ses crues. Quant à la rue de Cléry, elle correspond à l’ancien chemin de contrescarpe le long des fossés.

Rue d’Aboukir on ira en direction du métro Sentier . Dans ce quartier ou la topographie des lieux a empêché toute percée haussmannienne , un pôle d’activité lié à la confection demeure dans des passages caractéristiques des XVIII et  XIX siècles. Place du Caire, cet immeuble au n°2 de 1798 donne accès au passage et à la galerie du Caire ( ouverts en 1798) ou les verrières sont en cours de rénovation. La décoration en façade de cet immeuble présente une association très particulière d’éléments d’architecture pseudo néo-gothique à d’autres décorations dont une frise assez naïve « retour d’Egypte »  pour les trois premiers niveaux. Les sculptures sont plus tardives (1828 )

On continue jusqu’à la rue des Petits carreaux et à « lOasis d’Aboukir » ou le paysagiste Patrick Blanc dresse sur ce pignon un hymne à la biodiversité rafraîchissante dans ce quartier . A cet emplacement on observe aisément la différence de nivellements entre les rues d’Aboukir et Cléry qui renvoie au tracé de l’enceinte de Charles V.

En revenant vers le Boulevard de Bonne Nouvelle, le dos à la Porte Saint-Denis, on fait face à « la Butte-aux-Gravois » ou « Mont Orgueil » que gravissent les rues de Cléry, Beauregard et de la Lune.

Ces rues qui convergent en pointe vers la Porte Saint-Denis offrent une vision particulière avec les trois immeubles aux proues très minces sur le relief accidenté des rues de la Lune et Cléry. Le tracé viaire renvoie au lotissement réalisé initialement. La topographie demeure une permanence de l’enceinte de Charles V.

Au croisement des rues Beauregard et de la Lune cet immeuble d’angle très aigu a été construit entre 1650 et 1675 ( photographié par Atget en 1907) .

Cette carte de Paris datée de 1871 permet de visualiser le tracé des voies convergent vers la Porte Saint-Denis. Elle indique aussi les opérations de voirie exécutées dans ce quartier de 1854 à 1871 par des teintes jaunes et rouge.

23 rue de la Lune: ND de Bonne Nouvelle édifiée en 1830. A la base de l’enceinte de Charles V les Parisiens avaient l’habitude de déverser leurs immondices et leurs gravois. Leur accumulation finit par former une butte puis des maisons. Devenue La ville neuve-sur-gravois elle se dota d’une chapelle en 1551, puis d’une église en 1628 démolie après la Révolution elle fut remplacée par l’église actuelle en 1830.

Boulevard de Bonne Nouvelle

30 bd de Bonne Nouvelle le bureau de postes et central téléphonique (J.Bukiet et A.Gutton Arch.1953), classicisme et monumentalité pour cet équipement public.

Boulevard Poissonnière et Faubourg Poissonnière

5 boulevard Poissonnière, le Cinéma Rex (A.Bluysen et J.Eberson Arch.1932 ). Cette salle de cinéma est dans le droit fil de l’exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Elle fut la plus grande salle en Europe lors de sa construction et pouvait  recevoir à son origine 3300 spectateurs, depuis le REX fit l’objet de différentes adaptations intérieures en 1974 d’adaptation aux nouvelles conditions d’exploitation.

Ce projet Art Déco aux grandes parois opaques est en rupture avec le contexte du boulevard urbain même s’il est difficile de définir un caractère architectural sur ces boulevards. 

A la différence de quartiers récents aussi très éclectiques on ne peut pas parler ici d’effet « matériauthèque » mais plutôt d’une longue juxtaposition de styles, entre néo-renaissance et Art Déco qui a boulversé la tentative hégémonique haussmannienne. On peut aussi constater que si le long des grands boulevards les apparences de l’ordre avec les alignements ont été préservées, l’envers du décor à l’intérieur des ilots maintien un espace pour le « désordre » au sein de « l’ordre global ».

Le Faubourg Poissonnière s’est développé vers 1770 à la suite de spéculations foncières menées tant par des promoteurs que par des congrégations religieuses qui virent là une opportunité d’augmenter leurs gains en cessant de louer à des maraichers pour céder leurs terrains à des entrepreneurs lotisseurs.

Dans la rue du Faubourg Poissonnière: le central téléphonique et bureau de Poste Bergére-Trudaine, 15 rue du Fbg Poissonnière (F. Le Coeur Archi. 1911). Lors de sa construction la sobriété et la « brutalité »de ce bâtiment ont provoqué un scandale. Coté rue Bergère le central téléphonique est éclairé naturellement par de grandes baies vitrées, en extrémité le long de la rue du Fbg. Poissonnière il se termine par un pignon aveugle surmonté d’une horloge en serrurerie décorative, l’ensemble est surmonté d’une corniche correspondant au toit terrasse. Les bureaux et l’ auvent d’entrée en béton avec briques de verre sont en retrait par rapport à ce pignon.

Ce même bâtiment se termine rue du Conservatoire par un bureau de Poste (1920) par le même architecte et en prolongement du central téléphonique. Au centre la salle d’accueil du public était couverte par une pièce hexagonale en béton translucide grâce à l’utilisation de briques de verre.

Le Faubourg Montmartre ce fut aussi le quartier de remarquables hôtels particuliers souvent disparus ( notamment ceux de C-N Ledoux: hôtel Thellusson rue de Provence, hôtel d’Uzés rue Montmartre, l’hôtel de Mlle Guimard au 9 de la Chaussée d’Antin, le seul qui reste est celui de l’hôtel d’Hadwyll rue Michel-le-Comte ) au profit d’immeubles de la première moitié du XIX siècle. Un des rares conservés est celui du n° 30 : l’hôtel Benoit de Sainte-Paulle, construit pour l’un des principaux spéculateurs du Faubourg Poissonnière qui avait obtenu les terrains cultivés des congrégations de Saint-Lazare et des Filles-Dieu.

L’église Saint-Eugène, face au Conservatoire national d’art dramatique, est un bon exemple de la promotion de l’architecture métallique derrière une façade de pierre et ses trois portails sculptés. Contemporaine des Halles de Baltard, elle fut construite en 20 mois de 1854 à 1855. Cette association façade en pierre et structure métallique dissimulée sera largement développé pour les constructions publiques (Grand Palais, Bibliothèque Nationale par ex).

Pour traduire intérieurement les formes du gothique, l’architecte A.Boileau a utilisé la fonte creuse pour les (très fines) colonnes, les galeries et les tribunes. Le décor peint s’est attaché à créer l’illusion du Moyen Age, l’ensemble demeure très pastiche.

Entre le n°8 rue Richer et le n°5 rue Bleue: la Cité de Trévise fut construite par un promoteur privé en 1840 dans un style néo-renaissance autour d’une place ornée d’une grande fontaine et ouverte à la circulation publique en 1958. La rue de Trévise présente plusieurs immeuble des années 1830 ainsi qu’au n°32 l’hôtel particulier Bony, l’entrepreneur directement associé aux financiers qui réalisèrent ce nouveau quartier.

32 rue Richer: Les Folies Bergères (Morice et Piollenc Arch.1926 pour la façade de ce théâtre ouvert en 1869), une façade qui intègre un bas relief iconique de l’Art Déco due à Maurice Picaud. L’exposition des Arts décoratifs s’était tenue en 1925 sans doute l’une des plus importante qui aura le plus de retentissement et d’influence dans le monde entier. La femme moderne fait son apparition sous les traits de la danseuse russe Lila Nikolska célèbre à Paris dans les années 20.

14 rue Bergère : l’ancien immeuble du Comptoir National d’Escompte (E-J Corroyer Archi.1878) , un exemple de l’architecture fin XIX chargée de sculptures allégoriques de mosaïques et de vitraux pour impressionner la clientèle. Sa mise en scène théâtrale est renforcée par son implantation dans l’axe de la rue Rougemont et visible depuis le boulevard Poissonnière.

Retour sur le Boulevard Poissonnière, au n°24 : un immeuble de bureaux pour une compagnie d’assurances (R.Patouillard-Demoriane et A.Pellechet Archi.1926), une structure métallique habillée de pierre .

Plus loin au n° 23, l’Hotel de Montholon est le seul hôtel particulier construit sur les promenades des boulevards à l’emplacement de l’enceinte encore conservée. Il a été partiellement défiguré par les commerces installés à l’alignement sur le trottoir à l’emplacement des jardins d’origine. ( F. Soufflot Archi. 1785)

Boulevard Montmartre

au n° 3 un immeuble daté de 1844 transformé en hôtel.

n° 12 boulevard Montmartre, le passage Jouffroy créé en 1847.

Si on peut regretter certains aspects désuets des galeries, on admirera néanmoins les cheminements de lumière qui forment des entrelacs de pierre et de métal dans l’ épaisseur du tissu urbain.

Face au passage Jouffroy de l’autre coté du Boulevard, le passage des Panoramas  créé en 1799 .

L’origine des passages couverts remonte au XVIII siècle, leur développement sous le Second Empire peut être considéré comme un prolongement naturel des boutiques le long des Grands boulevards. Ces passages couverts permirent d’accroître la rentabilité des coeur d’îlots et de désenclaver les parcelles traversantes. Aujourd’hui encore ces passages fonctionnent rarement comme des raccourcis entre deux voies, il s’agit plutôt d’impasses qui ont capté l’intérêt des chalands à partir d’un point stratégique situé sur les boulevards déjà saturés de commerces.

Carrefour Richelieu Drouot

L’hotel Drouot angle rue Chauchat et rue Rossini ( Biro et Fernier Archi. 1980) décrit par ses auteurs comme une « réinterprétation surréaliste d’Haussmann »

Plus loin, dans la rue Chauchat ouverte en 1779 et au n°16  Le Temple de la Rédemption. Ce bâtiment fut construit entre 1821 et 1825 par l’architecte Lusson pour le bureau de l’octroi dans un style néo-classique en phase avec les ouvrages de C-N Ledoux. La halle de déchargement destinée au stockage fut concédée en 1841 à l’église Luthérienne pour y établir son deuxième lieu de culte à Paris. C’est dans ce temple que furent célébrées les obsèques d’Haussmann en 1891.

Boulevard des Italiens

Un phallus impudicus à l’angle du boulevard Haussmann et du boulevard des Italiens.

En revenant vers le boulevard des Italiens au n° 3-5 le Passage des Princes avec sa cour intérieure fut ouvert en 1860. Coté boulevard, sa façade lisse (C.Devillers Archi.1994) laisse apparaitre une seconde peau distante d’environ 50cm pour s’affranchir de contraintes contradictoires entre plan et façade.

16-18 Boulevard des Italiens (ilot rue Le Pelletier, boulevard Haussmann et rue Lafitte): l’ancien siège de la BNCI ( J.Marrast et Ch.Letrosne Archi. 1931) dans un style monumental entre Art Déco et tradition. La façade avec ses colonnes est un décor plaqué sur une ossature .

Le 20 boulevard des Italiens est plus connu sous le nom de « Maison dorée » en lien avec les dorures initiales de ses balcons et considéré par certains comme un « chef d’oeuvre » de l’architecture Louis-Philippe (V.Lemaire Archi. 1838) et P.Dufau pour de très importants remaniements 1975.

Avec l’immeuble du Figaro au Rond-Point des Champs Elysées, c’est un des exemples du façadisme qui a sévi de nombreuses années pour éviter les recours d’associations et de riverains, une maladie bien française sujette à des nombreuses dérives. Cet immeuble fut acheté par une banque qui voulait le démolir, empêchée de le faire en raison d’oppositions des voisins la démolition intérieure fut finalement autorisée par le ministre de la Culture de l’époque (M.Druon) sous condition que la façade fut conservée… Sur le retour, coté rue Lafitte, la façade fut allongée suite à l’acquisition du terrain voisin. Pas vraiment le style de P.Dufau dont on peut voir au 21 rue Lafitte un  projet totalement différent.

Dans ce périmètre de la cité financière P.Dufau a construit en 1969  l’ex-siège de la banque Rothschild qui pose le problème de l’insertion d’un bâtiment isolé sur dalle dans un parcellaire existant, l’habillage « décoratif » des murs mitoyens montre bien ici les limites de l’exercice de même que le traitement au niveau des trottoirs qui tient plus de la distanciation ou du fossé propre à certaines administrations publiques.

 

Retour boulevard des Italiens au 17-23: l’immeuble du Credit Lyonnais construit entre 1876 et 1883 par W Bouwens Van des Boijen.

L’avant-corps central sur le boulevard semble avoir été largement inspiré par les couronnements des pavillons Denon et Rohan du Louvre.

Angle boulevard des Italiens rue de la Michodière: la Cité de Hanovre (V.Laloux et Ch.Le Maresquier Arch. 1932). Cet ensemble de bureaux est construit sur la totalité de l’Îlot triangulaire. Au centre une grande coupole éclaire l’ensemble des plateaux implantés le long des façades.

36 boulevard des Italiens, face à la Cité de Hanovre et à l’angle rue Helder: bureaux et initialement hall d’exposition Ford de grande hauteur ( M.Roux-Spitz Arch.1929). Le seul bâtiment de la « série blanche » de M.Roux-Spitz non destiné à l’habitation.

Un emplacement de premier plan pour sa destination d’origine qui était renforcé par un éclairage spectaculaire formant signal nocturne. L’impression de fluidité au rez de chaussée a été récemment modifiée par la création d’un plancher intermédiaire dans le grand volume d’exposition initial.

Boulevard des Capucines

au n°27, l’immeuble de la Samaritaine de luxe désormais reconverti en bureaux. F.Jourdain architecte des Cognacq-Jay pour le magasin du Pont Neuf réalisa cet immeuble entre 1914 et 1917 dans un style Art Nouveau. Une réhabilitation très simplificatrice en terme de détails architecturaux sur les deux premiers niveaux avec en particulier l’abandon de la marquise au dessus de l’entrée.

L’îlot Edouard VII et l’Olympia: un autre exemple du façadisme avec cette restructuration d’îlot entre  les rues Caumartin, Edouard VII et le boulevard des Capucines. Si pour certains architectes « conserver c’est transformer » ( A.Béchu ) l’exemple de Londres et particulièrement du projet One New Change ( J.Nouvel ) dialoguant avec l’emblématique cathédrale Saint Paul, démontre s’il en était encore besoin la frilosité maladive et le conservatisme stérile entretenus à Paris.

« Des peuples peuvent mourir d’avoir trop d’histoire et il convient d’éviter que les enfants ne naissent avec des cheveux gris » F.Nietzsche.

Boulevard de la Madeleine

L’hôtel au 4-8 boulevard de la Madeleine construit sur l’îlot Godot de Mauroy- de Seize (E.Molinié et Ch.Nicod Archi.1928) présente une façade lisse en totale opposition avec le stylede l’ancien siège des Messageries Maritimes au n°10 construit en 1924.

Au n°11 boulevard de la Madeleine, la vitrine des chaussures Bally crée en 1928 par R.Mallet-Stevens et qui fit sensation a été démolie depuis une trentaine d’année. Cette vitrine en saillie de la façade, réalisée en alliage imitant l’argent, était constituée de plaques jointes qui s’assemblaient avec des vis apparentes. Placée à hauteur des yeux elle mettait en scène quelques objets dans cet écrin, à l’opposé de la généralisation du tout vitrage simplificateur .

23 boulevard de la Madeleine: Le magasin Aux Trois Quartiers ( Faure-Dujarric Archi.1932)  sa construction a constituée une rupture avec l’image des grands magasins du boulevard Haussmann, l’écriture était parfaitement moderne. L’habillage en pierre blanche ne laissait voir aucun joint achevant ainsi une parfaite fluidité des formes.

Sa rénovation lourde il y a une vingtaine d’années pour réaliser une opération associant commerces et bureaux a dénaturée la pureté initiale de ce bâtiment à l’écriture moderniste par des détails architecturaux d’une grande banalité .

Mince consolation à cette restauration scandaleuse, on peut encore voir plus loin au 20 rue Duphot la façade métallique du premier magasin Aux Trois Quartiers ( P. et Ch. Friésé Archi.1898) qui ne s’apparente pas à une trahison comme celle du boulevard de la Madeleine.

Allégement des contraintes administratives, meilleure maitrise les recours abusifs, révision des cascades de normes et règlements contradictoires pour continuer à faire vivre la ville, tout un programme dont on attend toujours le commencement.

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Paris, balade architecturale de Beaubourg au boulevard Beaumarchais.

Le panorama de Paris qu’on découvre des terrasses du centre Pompidou est un livre d’histoire qui mêle l’architecture gothique à celle de la Renaissance et plus simplement à celle de l’époque contemporaine. Cet ensemble de lieux remarquables et de bâtiments emblématiques nous pousse à découvrir le cœur historique situé à proximité.

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L’importante mutation du quartier Beaubourg avec l’implantation du centre Pompidou dans les années 70, considérée par certains comme une rupture dénaturant le paysage, ne doit pas faire oublier que la formation du tissu urbain du Marais a souvent eu pour origine la spéculation foncière menée par les grands propriétaires fonciers du XIIIe siècle: les congrégations religieuses, templiers ou moines de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs.

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La rue de Venise permet de quitter le plateau Beaubourg pour rejoindre la rue  Quincampoix et retrouver une autre échelle de bâti qui nous fait remonter dans l’histoire de Paris. Au n°28 un immeuble mixte bureaux et logements ne joue pas dans le pastiche d’accompagnement comme le quartier de l’Horloge (S.Caillaud Archi.1990).

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La rue Quincampoix est citée déjà en 1023, au XVIII déjà au centre d’un quartier de banquiers elle devint le rassemblement des agioteurs attirés par les spéculations du financier écossais Law entre 1719 et 1720 ( Law était établi dans l’hôtel de Beaufort situé à l’emplacement du n°65 actuel).

Elle débouche sur la rue aux Ours qu’on emprunte pour prendre à gauche la rue St Martin. Cette rue est avec la rue St Jacques la plus vieille rue de Paris. Au temps de Lutèce, ce n’était qu’une piste, elle conduisait vers le Nord. Elle devint plus tard une voie romaine. L’abbaye Saint-Martin des Champs qu’elle longeait (à l’emplacement de l’actuel Conservatoire National des Arts et Métiers) lui a donné son nom.

Plus loin dans la rue St Martin un détour par le passage de l’Ancre Royale ( le plus vieux passage privé de Paris 1510) dont les boutiques, hôtel ou autres activités se sont appropriés l’espace de circulation qui relie la rue St Martin à la rue Turbigo.

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On y trouve quasiment le seul réparateur de parapluie de la capitale ce qui, a l’heure ou le jetable finit par coûter cher, devrait lui permettre de développer son activité dans ce quartier plus connu pour le développement envahissant de la maroquinerie d’importation asiatique.

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Face au passage de l’Ancre Royale: la rue Chapon, qu’on retrouvera plus tard à son extrémité, est une des rues parallèles crées vers 1293 avec les rues de Montmorency ( au n°51 la maison de Nicolas Flamel construite en 1407 a perdu son haut pignon, c’est une des plus anciennes de Paris) et des Gravilliers suite aux lotissements entrepris au cours du XIIIe siècle dans ce quartier de La Ville neuve du Temple.

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Dans la rue des Gravilliers l’attention est retenue par plusieurs hôtels particuliers notamment celui du n°70 construit en 1737 avec une cour carrée.

Dans la cour du n°69 le restaurant marocain « 404 » .

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Au Carrefour rue des Gravilliers et rue du Temple prendre à droite en direction de la rue Rambuteau.

Lorsque l’ordre des Templiers s’implante à Paris en 1139, différentes acquisitions lui permettent de se constituer au nord de l’enceinte de Philippe Auguste un domaine entouré de sa propre enceinte fortifiée et appelé l’enclos du Temple. La rue du Temple constitue une des limites de ce domaine ( correspondant au quadrilatère actuel rue du Temple-rue de Bretagne-rue de Picardie-rue Dupetit Thouars).

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Au n° 106 de la rue du Temple le central téléphonique construit entre 1920 et 1925 ( F. Le Coeur  Arch). Le béton brut est laissé apparent et reçoit un traitement de surface sous forme d’ornement de bâtons de ciment utilisé par cet architecte dans différents bureaux de poste et centraux téléphoniques. F Le Coeur a tenté ici l’intégration d’un grand équipement public dans un quartier historique proche d’hôtels particuliers du XVII et du XVIIIe sans tomber dans le pastiche.

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Perpendiculairement à la rue du Temple : à droite dans la rue Chapon au n°4, l’hôtel particulier construit vers 1619 pour Claude Passart, notaire et secrétaire de Louis XIII, la façade sur jardin avait disparu sous des constructions parasites au XIXe, sa reconstruction en 1992 est donc assez hypothétique.

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On poursuit la rue du Temple jusqu’à la rue des Haudriettes à droite, au n°3 pour « habiller » un retrait brutal de l’alignement: un mur peint de R. Combas  » la Femme lumière de l’Homme« ( 2000).

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Au n°1 à proximité du mur peint une fontaine néo-classique( P. Moreaux-Desproux Arch.1767) à l’angle avec la rue des Archives. A cet emplacement sous l’Ancien Régime était dressée l’échelle de justice du Temple ( trois trous vers le sommet pour y passer la tête et les deux poignets du criminel).

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On emprunte à gauche la rue des Archives vers le faubourg du Temple. Le coté droit est un alignement continu de différents hôtels particuliers du XVIIe. Un des plus beaux est certainement celui de Guénégaud des Brosses au n°60  le seul hôtel particulier de F. Mansart subsistant à Paris ,1652 . Sauvé par Malraux et acheté par la ville de Paris en 1961 il a fait l’objet de très importants travaux de rénovation entrepris par F. Sommer et son épouse pour accueillir le Musée de la Chasse et de la Nature avec une extension au n°62 dans l’hôtel de Mongelas construit en 1705.

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Au n°61, juste avant l’extension du central téléphonique Archives, une entrée d’immeuble ( C-C. Paul Blondel Arch 1907).

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Au n° 63 le central téléphonique construit par F. Le Coeur entre 1928 et 1932 et reprenant l’ordre colossal des façades réalisé en 1920 au 106 de la rue du Temple, pour cette réalisation le béton a été laissé brut et bouchardé. A cet emplacement était situé l’hôtel du président Lefébvre construit au début du XVIIe.

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Angle rue Pastourelle-rue des Archives( prolongement de la rue des Gravilliers), dans sa partie Ouest la rue Pastourelle a été construite fin du XIIIe siècle sur un parcellaire du lotissement médiéval.

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La diversité et la proximité des commerces certes complémentaires met en évidence la gentrification du quartier.

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Angle avec la rue Portefoin, ce reste de mur avec une arcade bouchée est celui de l’ancien hôpital des Enfants Rouges fondé par François Ier pour recueillir et éduquer des orphelins, ils étaient habillés de rouge couleur de la charité d’où leur nom .

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Rue Portefoin, la bibliothèque de la ville de Paris (SCP Delatre et Doucot Arch.) a conservé une partie des bâtiments existants. Au n° 14 un bel hôtel particulier de l’époque Louis XIV remanié a conservé son portail d’accès vers la cour intérieure.

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L’autre extrémité de la rue Portefoin ouverte par les Templiers débouche rue du Temple et aboutit peu après au Square du Temple. Face au square la Mairie du IIIe arrondissement est construite sur l’emplacement de l’ancienne prison du Temple.

 

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C’est à cet emplacement qu’un vaste terrain fut donné à l’ordre du Temple vers 1170 à l’extérieur de l’enceinte de Philippe Auguste. En 1291 après la perte de la Palestine  le Grand Maitre de l’ordre des Templiers installa sa commanderie à Paris pendant le règne de Saint-Louis.

Cet enclos fortifié en périphérie de la tour du Temple constituait le siège de la banque de l’ordre ou le Trésor royal français fut conservé dès 1146. En raison du développement de la puissance des Templiers devenu inquiétant pour Philippe le Bel celui-ci supprima l’ordre en 1313 et l’enclos revint à l’ordre des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem qui en fit un grand prieuré en 1667.

De cet ensemble de murailles et de bâtiments il ne reste rien et l’enceinte du Temple a été détruite en même temps que celui de la ville. Autour de cet enclos le tracé des rues correspond aux lotissements des terrains de l’ordre entrepris entre 1280 et 1290, notamment les actuelles rues Portefoin, Pastourelle, des Haudriettes et Braque, découpées selon les demandes de riches acheteurs pour y construire des hôtels particuliers. Plus tard vers 1667 les murailles ont été abattues pour développer d’autres hôtels particuliers.

En 1808 Napoléon Ier fit démolir le donjon du Temple pour faire cesser le pèlerinage royaliste développé autour de cette tour devenue prison durant la Révolution et qui servit de geôle à Louis XVI et à la famille royale de 1792 à 1793.

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Parallèlement, lors des travaux entrepris sous Napoléon Ier pour l’amélioration de la vie quotidienne, la « halle au vieux linge », consacrée à la fripe, fut transférée en 1809 de la rue de Poissy et du marché des Innocents sur les terres du Temple. L’architecte Molinos imagina quatre pavillons en bois pour recevoir la fripe, la vieille ferraille, les chaussures et les vêtements.

Enfin en 1863 les architectes J. de Mérindol et E. Legrand réalisèrent six pavillons dans l’esprit des « vastes parapluies » construits par Baltard pour les Halles. Amputé en 1905 des quatre principaux pavillons le Carreau du Temple a fait l’objet d’une rénovation importante pour y intégrer différents équipements de quartier ( Studio Milou Arch).

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Au nord du square du Temple la rue Dupetit-Thouard offre de multiples terrasses de cafés.

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En contournant le Carreau du Temple on arrive dans la rue du Forez qui débouche dans la rue Charlot. En 1608 Henri IV avait l’ambition de créer la « place de France » dans ce quartier de la Ville neuve du Temple. Claude Charlot est intervenu en sous-main du roi avec sa qualité d’entrepreneur et d’acheteur vers 1610 d’un grand nombre de parcelles du terrain des Templiers. Néanmoins l’ambition royale a été stoppée après l’assassinat d’Henri IV, les seules traces de cette idée restent les noms des rues avoisinantes: Normandie, Bretagne, Perche, Poitou, Saintonge, Forez. La rue Charlot possède plusieurs beaux petits hôtels du début du XVIIe siècle.

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Au n° 6 voir St Jean St François affectée aux catholiques arméniens, ancienne chapelle des Petits Capucins du Marais bâtie en 1624 et entièrement réédifiée en 1715 et à l’angle avec la rue du Forez au n° 57 un hôtel particulier avec une porte de 1776 .

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Rue de Bretagne (au n°10 un immeuble de rapport d’Hector Guimard de 1919, dont la verticalité est accentuée par les bow-window et l’ossature) il ne faut pas manquer le marché des Enfants Rouges accessible à partir du n°30 ou à partir de la rue Charlot. Inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, ce marché est à la fois le plus ancien de Paris (1615) et aussi le plus bobo. Façon « place de village » dans une ambiance très conviviale on y trouve une grande diversité des offres de restauration autour de tables communes (ouvert du mardi au dimanche). Dans le même village voir aussi un « jardin partagé »: le Potager des oiseaux crée en 2004.

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Dans la rue Charlot on prend ensuite la rue de Poitou. Cette rue ainsi que celle de Saintonge s’ornent, elles aussi, de façades sans ornements du début du XVIIe.

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Les commerces d’alimentation sont remplacés par des boutiques de décoration, diverses galeries d’art et des créateurs de mode, parfois une ancienne boutique sert de hall de réception à un petit hôtel de charme comme celui à l’angle des rues du Poitou et de  Saintonge .

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Compte tenu de l’attractivité des devantures dont les détails suscitent curiosité ou intérêt, la balade se transforme en un zig-zag sur les trottoirs, comme dans la rue Debelleyne vers la rue de Bretagne dont le tracé courbe serait un souvenir de la rue ceinturant ce projet de « place de France » voulu par Henri IV. Au fond le pignon peint de la rue de Bretagne contre le bâtiment d’Hector Guimard (1914-1919) du 10 rue de Bretagne, d’une simplicité et d’un rationalisme inhabituels.

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On se dirige ensuite vers la rue Vieille du Temple qu’on traverse pour tourner à gauche vers la rue du Pont aux Choux.

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Au n°110 de la rue Vieille du Temple l’hôtel d’Hozier (1623) comporte une cour d’honneur initialement en pierre et briques du style Louis XIII, le portail sur rue date de 1731, la façade a été surélevée de deux étages au 19é siècle.

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La rue du Pont aux Choux ( le nom provient d’un petit pont qui enjambait un ruisseau dans un secteur de jardins maraichers au début du XVIIe) débouche boulevard Beaumarchais créé en 1670 après la destruction de l’enceinte de Charles V.

Le boulevard a été établi sur le remblai qui supportait cette enceinte, ce qui explique les escaliers entre le coté pair du boulevard coté rue Amelot. Cette enceinte est devenue au fil du temps la base matérielle de l’identité urbaine par opposition aux faubourgs.

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Au n° 113 de la rue du pont aux Choux, à l’angle avec le boulevard Beaumarchais, un immeuble de rapport construit en 1773 inscrit en 1925 aux Monuments Historiques.

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Au n°111 un temple de la consommation bobo recèle en cœur d’ilot quelques belles surprises, luxe calme et volupté .

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Au n°31 du boulevard Beaumarchais et à l’angle avec la rue du  Pas-de-la-Mule un immeuble d’habitation(G.Sachs Arch.1934) construit sur un terrain de 100 m² brique sur  ossature métallique avec bow-window en gravillon lavé.

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Musée de la Chasse et de la Nature/ hôtel de Guénégaud et hôtel de Mongelas

Galerie

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Le musée de la Chasse et de la Nature est installé dans l’hôtel de Guénégaud bâti par F. Mansart entre 1648 et 1851. Ce musée est conçu comme une maison particulière ou le visiteur est appelé à parcourir des espaces intimes. … Lire la suite