Paris 20e: de Ménilmontant à « La campagne à Paris ».

 

« Je gagnais les hauteurs de Ménilmontant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversais Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m’amusais à les parcourir avec ce plaisir et cet intérêt que m’ont toujours donné les sites agréables… » (J-J Rousseau – Rêveries du promeneur solitaire, 1776).

Plus de soixante-dix après ce texte de Rousseau, le plan de Paris indique encore pour Belleville et Ménilmontant une urbanisation contenue par le boulevard de Ménilmontant à l’Ouest, au delà le territoire sur la colline n’était que très ponctuellement construit.

Ces communes de Belleville et de Charonne ne furent annexées à Paris qu’en 1860, Belleville fut coupée en deux et rattachée aux XIX et XX arrondissements dans le but de diviser la solidarité ouvrière très active. L’urbanisation progressive a été réalisée par la création de lotissements issus pour partie de plus grands domaines démembrés après la Révolution, ainsi que dans des espaces restés ruraux d’anciennes vignes très présentes alors sur les coteaux de Charonne. Ces lotissements destinés à une clientèle modeste ont aboutit à des résultats urbains qualitativement assez médiocres ( rues étroites et mal reliées au réseau viaire, médiocre qualité du bâti). L’ensemble a fait l’objet depuis 30 ans de rénovations urbaines plus ou moins importantes et brutales en opposition à un certain mode de vie paisible qu’offrait ce quartier dans Paris.

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Cette balade débute rue de Ménilmontant à l’angle avec la rue des Pyrénées. Au n°121 cet élégant bâtiment était le lieu de villégiature de Nicolas Carré de Beaudoin (P-L Moreau-Desproux Arch.1770). Inspirée par une villa publiée dans le traité de Palladio, cette folie est un témoin unique des maisons de campagnes édifiées au XVIIIe siècle pour les aristocrates. Longtemps propriété de la famille de Goncourt il fut transformé en pensionnat de jeunes filles puis ultérieurement en orphelinat. Ce bâtiment est devenu depuis 2007 l’espace culturel de la Mairie du XXe destiné à accueillir expositions et conférences.

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Au 119 rue de Ménilmontant, la résidence universitaire des frères Goncourt ( VIB Arch.2015) donne en façade arrière sur le jardin du Carré de Beaudoin. Cette résidence complète celle construite par Paris Habitat au n°111 pour intégrer les étudiants à la vie quotidienne du quartier. A cette hauteur de la rue de Ménilmontant la vue sur les arrondissements centraux est assez dégagée et permet d’apercevoir Beaubourg.

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En remontant plus haut sur la colline: le « 140 Ménilmontant » (L.Bonnier Arch.1922-1928) L.Bonnier architecte voyer de la Ville de Paris était  très critique concernant l’architecture haussmannienne et il lui a opposé en réaction « plus de pittoresque et de fantaisie artistique ».Le plan masse des 580 logements sur ce terrain de 12.000 m² avec un fort dénivelé, s’est développé en peigne de part et d’autre d’un square avec de nombreuses cours. La réputation de cet ensemble dans le quartier pâtira de sa densité de logements sociaux et Il faudra ultérieurement réduire le square pour créer la rue H.Jakubowicz afin de désenclaver l’ensemble de cette opération qui longtemps n’a pas pu empêcher une certaine forme d’enfermement.

Le traitement des façades est particulièrement austère même s’il comporte de multiples détails de construction pittoresques ainsi qu’une variété d’appareillages de briques.

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Le retour vers la rue des Pyrénées s’effectue en direction de la place Gambetta, au 283 rue des Pyrénées un immeuble de logements (R.Anger, M.Heymann,P.Puccinelli Arch. 1959), le jeu de volumes dans les imbrications des loggias a été amoindri par la pose de vitrages modifiant l’aspect cinétique de la façade originale.

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Après avoir passé la place Gambetta, au 6 rue Belgrand, le cinéma Gambetta Palace (H.Sauvage Arch.1920). Sur la façade blanche des masques en partie haute se présentent comme autant d’éléments décoratifs en léger relief, en phase avec la période Art Déco de sa réalisation.

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190 rue des Pyrénées : l’ancien dispensaire Jouye-Rouve et Taniès (L.Bonnier Arch.1910) devenu centre social du quartier. Cette construction en meulière d’un aspect rustique et pittoresque est implantée à l’angle de la rue Stendhal. Louis Bonnier architecte-voyer en chef de la ville de Paris fut l’auteur du règlement de voirie de 1902 qui permit de rompre avec les règles établies par Haussmann

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209 rue des Pyrénées ( R.Anger, M.Heymann, P.Puccinelli Arch. 1960) moins modifié que l’immeuble du n° 283, les loggias en porte-a faux apparaissent comme une sculpture cinétique. La recherche de géométrie tridimensionnelle a été développée par cette agence tout au long de nombreux projets à Paris en réaction à une certaine « pauvreté » des façades produites à cette époque

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La rue Charles Renouvier enjambe la rue des Pyrénées et se prolonge par la rue des Rondeaux jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. Cette rue très calme semble particulièrement en retrait de l’agitation de la ville.

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En empruntant l’escalier longeant le jardin des oiseaux on retrouve en contrebas la rue de Pyrénées, ouverte après 1860 pour relier le XIXe au XIe à travers le XXe.

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Face à la rue Charles Renouvrier, la villa Stendahl est construite d’immeubles tous identiques en briques et pierre. Ce fut au début du XXe siècle la première rue de Charonne dont les immeubles furent bâtis en rupture d’échelle avec l’environnement immédiat.

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Plus loin l’espace engazonné laissé libre de toute occupation, est celui du réservoir de Charonne. Il devait accueillir en 2017/ 2018 la « micro ferme de Charonne » groupant des serres, des ruches. L’économie du projet repose sur la culture et la distribution de micro-pousses en phase avec les tendances actuelles du marché alimentaire ( bio, santé, local). Les cycles de production entre une et cinq semaines autoriseraient un volume de production entre environ 25 et 30 tonnes par an.

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Le chemin du parc de Charonne est sur la ligne de crête de la colline, un premier escalier permet de rejoindre en contrebas la rue de Bagnolet en longeant le cimetière Saint Germain de Charonne.

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Plus loin, un autre escalier urbain dessert un ensemble de logements et d’équipements publics qui aboutit rue de Bagnolet le long du chemin de fer « de la petite ceinture ».

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Revenons d’abord par une petite porte donnant chemin du Parc-de-Charonne pour traverser le cimetière de St Germain de Charonne. Dans celui-ci se trouve le mausolée de « Bègue dit Magloire, Peintre en bâtiments, Patriote, Poète, Philosophe et secrétaire de Monsieur de Robespierre 1793″, ainsi que la tombe de R.Brasillach qui écrivit en 1936 « j’aime cet asile ou l’on ne voit que des arbres, un clocher campagnard et d’ou la ville énorme aux hautes bâtisses a disparue ».

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Située sur la pente de la colline, l’église St Germain de Charonne ( XIIe siècle) a été construite sur un sol argileux, elle subit de fait une instabilité chronique. La campagne actuelle de travaux de confortement de la construction s’accompagne d’une fouille archéologique concernant la céramique funéraire médiévale. C’est autour de cette église que s’est constituée l’urbanisation du village au Moyen-Age.

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Au débouché de l’escalier, la rue Saint-Blaise bordée de maisons basses est l’ancienne rue principale du village de Charonne.

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Mais tout d’abord à droite au n°109-115 rue de Bagnolet: logements, bibliothèque municipale et l’hôtel Mama Shelter ( R.Castro, S.Denisoff S.Casi Arch.2008) innervé par l’escalier urbain desservant le coeur d’îlot.

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Cet ensemble de logements et hôtel longe la ligne désaffectée du chemin de fer de ceinture construite à partir de 1852 et mise en service dès 1862. A l’origine la ligne de 32 km reliait entre elles les grandes gares parisiennes tout en déservant les fortifications . Au 102 bis rue de Bagnolet s’élève encore la gare de Charonne fermée depuis 1934 mais aménagée en 1990 par des étudiants des Beaux-Arts et transformée en salle de concert  « La flèche d’or » en référence au train Paris-Londres.

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Revenant face à l’église St Germain de Charonne, la rue piétonne traverse le coeur  de l’ancien village restauré avec ses nombreuses terrasses de cafés et restaurants

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Une place ombragée avec bistrot est en limite de la zone de rénovation de Saint-Blaise et fait face aux nouveaux immeubles d’habitations.

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39-47 rue Vitruve et 2 rue Galleron, le Collège Flora Tristan ( J.Bardet Arch.1982) avec un jeu de patios périphériques éclairant les salles de classes .

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Les deux tours de la rue Vitruve ( square Vitruve et des cardeurs) de 36 et 33 étages sont les deux réalisées sur la dizaine projetées à l’origine pour cette opération immobilière sur dalle. Elles demeurent les témoins incontournables d’un échec de certaines rénovations lourdes entreprises dans Paris (Delaage & Tsaropoulos Arch.1975).

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Retour sur la rue de Bagnolet aux n° 135-137, les escaliers sont consécutifs aux travaux de nivellement de la chaussée entrepris au XIXe pour  amoindrir la pente très raide de la rue à cet endroit.

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Face au Jardin Debrousse et son pavillon de pierre (seul reste du château de Bagnolet construit en 1734 sur un terrain de 80 hectares qui fut morcelé à la fin du XVIIIe siècle), la rue Pelleport remonte vers la Porte de Bagnolet, à l’angle avec la rue de l’Indre un immeuble d’habitations en gradins selon le règlement des prospects des années 50

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Après avoir traversé la rue Belgrand et ses immeubles 1930 en brique, on remonte la rue du Capitaine-Ferber jusqu’à la place Octave-Chanute.

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Une maison individuelle associant vitrages clairs et dépolis ainsi qu’ habillage bois attire l’attention (P.Katz Archi. 2015). En terrasse une voile escamotable pour agrémenter les soirées d’été.

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De là, un escalier permet d’atteindre le lotissement « La campagne à Paris« .

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Dans cette zone de Paris et jusqu’aux alentours des Buttes Chaumont, les carrières de gypses étaient nombreuses au XIXe siècle. A cet emplacement une carrière fut comblée par les gravats des percées haussmanniennes entreprises avenue Gambetta. La butte fut achetée vers 1905 par une société coopérative « La campagne à Paris » pour y construire 92 maisons individuelles en meulière ou en briques voire avec colombages entre 1908 et 1928, l’ensemble en surplomb par rapport au boulevard Mortier.

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Les rues J.Siegfried, I.Blanc, G.Perec, P.Strauss sont bordées de maisons avec des jardinets coté rue, complétés par d’autres jardins à l’intérieur des parcelles ou les bruits de la ville sont estompés.

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La descente vers la Porte de Bagnolet se fait par la rue Père Prosper Enfantin (1796-1864 fondateur du Secours Mutuel).

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Le long du boulevard Mortier, en remontant vers Saint-Fargeau, on peut découvrir les autres façades et jardins du lotissement si loin et si proche à la fois de l’agitation de la Porte de Bagnolet.