Paris 17e Ouest : du pont Cardinet à la place de l’Etoile-Charles de Gaulle.

 

Le territoire de l’actuel 17e arrondissement comportait déjà avant son annexion à Paris en 1860 de grands lotissements spéculatifs. Après son rattachement, l’urbanisation de sa partie Ouest entre les voies ferrées de Paris-Saint-Lazare et les boulevards des maréchaux s’est développée par la volonté de l’administration haussmannienne largement aidée par les spéculateurs privés, notamment les frères Péreire, pour ouvrir de nouvelles voies créant de fait un important nombre de lotissements constructibles. Jusqu’à la fin du XIXe siècle ces lotissements verront s’implanter dans ce nouveau quartier parisien en vogue, des immeubles et de nombreux hôtels particuliers notamment pour une clientèle d’artistes officiels se rapprochant de leurs riches commanditaires regroupés autour du Parc Monceau.

Une vue aérienne de l’état en 1867 au dessus du village de Champerret.

La balade commence à la gare de Pont Cardinet (J.Polti Arch.1923) le long des voies SNCF de Paris-Saint-Lazare qui sépare les parties Ouest et Est (quartier des Batignolles) de l’arrondissement.

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La rue Cardinet permet de rejoindre la zone commerçante de cette partie Nord-Ouest de l’arrondissement autour de la rue de Lévis . A l’angle des rues Legendre, de Tocqueville et Cosnard, on découvre une succession de collages néo-historisants de la fin du XIXe et pour commencer, l’hôtel néo-renaissance en pierre et brique construit pour le parfumeur Guerlain .

36 rue de Tocqueville (Ch.Plumet Arch.1897) et ses loggias « décoratives » développées plus amplement en 1901 au 50 avenue V.Hugo.

A la fin du XIXe siècle, le Moyen-age et la Renaissance sont à la mode. En rupture avec l’uniformité apparente de l’architecture haussmannienne la critique du balcon a autorisée le développement des bow-windows ainsi que des loggias « décoratives » pour prolonger les appartements vers l’ extérieur. Ce dispositif architectural sera ensuite très largement développé tant pour les immeubles résidentiels que pour les logements sociaux au début du XXe siècle.

45 rue de Tocqueville: l’ immeuble commercial  Dorel (F.Bertrand Arch.1920-1923). Les bureaux sont implantés sur rue, l’appartement est situé au 4e étage avec un bow-window imposant, les ateliers de reprographie sont implantés à l’arrière de la parcelle. La façade en béton est totalement revêtue de motifs décoratifs en mosaïque de pâte de verre.

Au début du XXe siècle ce quartier en plein développement a permis d’ intégrer les différentes évolutions architecturales comme la Salle Cortot de l’Ecole Normale de Musique au 78 rue Cardinet (A.Perret Arch.1928). Sa façade en pierre est totalement épurée et sa frise correspond au système d’aération. Cette salle possède des qualités acoustiques tout à fait exceptionnelles (classée Monument Historique). Son Maître d’Ouvrage le pianiste Alfred Cortot déclarait au sujet de l’architecte: « il nous avait bien dit… »je vous ferai une salle qui sonnera comme un violon »; il a dit vrai mais il se trouve que ce violon est un stradivarius ».

Passé le boulevard Malesherbes on rejoint le lotissement Péreire qui est le plus complexe des tracés urbains parisiens par sa multitude d’îlots triangulaires. Ce procédé valorise les effets de perspectives et met en scène de façon renforcée les immeubles d’angles. L’organisation de l’ensemble est structurée par quelques grandes places à l’architecture ordonnancée ( Wagram, du Brésil , et Péreire).

Plusieurs rues de ce quartier ont conservé les fastes de la fin du XIX liés au développement de l’industrialisation et à l’enrichissement rapide d’une certaine classe sociale. Les ateliers d’artistes sont majoritairement implantés entre le boulevard Malesherbes, l’avenue de Wagram et l’avenue de Villiers. La rue Ampère rassemble la plus grande diversité dans les juxtapositions d’hôtels particuliers-ateliers d’artistes.

L’église Saint François de Salles initialement construite rue Brémontier a été agrandie ensuite coté rue Ampére entre 1911 et 1913 (E.Ewald Arch.) afin d’accompagner l’accroissement de la population du quartier. A proximité quelques immeubles présentent des bow-windows métalliques particulièrement développés.

A l’angle de l’avenue de Wagram et de la rue Brémontier  au 1 place d’Israël- 128 avenue de Wagram ( P.Patout Arch.1929), une expression modern’style sans ornement pour ce bâtiment d’angle, construit à l’origine pour une pension de famille, qui offrait une flexibilité des chambres afin de s’adapter aux demandes évolutives des clients.A l’origine les menuiseries des fenêtres étaient à guillotine .

61 rue Ampère l’atelier du peintre F.Flameng (J.Sauvestre Arch.1898 )

67 rue Ampère, dans la tendance Arts &Crafts.

La remontée du boulevard Péreire coté des numéros impairs vers la place de Wagram qui s’effectue en traversant les jardins publics implantés en 1968 sur la tranchée ferroviaire, permet d’admirer au n°145 un hôtel particulier avec ateliers d’artistes sur une parcelle très étroite qui a longtemps formé un signal urbain totalement isolé des autres constructions (G.A Dreyfus et V.Mette Arch.1931).

A l’arrivée sur la place Loulou Gasté et à la pointe des 3-17 rue Philibert Delorme, le tissu urbain a été largement modifié (U.Cassan Arch.1953). Ce qui pourrait s’apparenter à une barre est en fait l’assemblage de six éléments de 10 niveaux au plan en croix avec étages supérieurs en gradins, seul le premier élément à proximité de la place est isolé.

Cette place Loulou Gasté permet de rejoindre via la rue Alfred Roll le boulevard Berthier. Au n°23 l’ancien hôtel particulier d’un chanteur d’opéra (A.Sélonier Arch.1902). Une surcharge d’ornements à la façon décor de théâtre dans la mode historiciste. L’hôtel particulier voisin construit en 1899, maintenant démoli, était celui d’Yvette Guilbert dans un style  Art nouveau et donc d’esprit totalement différent .

En face: 134-142 bld Berthier, ces HBM rappellent l’importante production de logements sociaux de l’entre-deux guerres avec les façades en appareillages de briques (J.Bassompierre P.de Rutté et P.Sirvin Arch.1931-1933).

51 bld Berthier  (P.Sédille Arch.1892), ici les briques vernissées turquoises apportent une touche de polychromie dans cette succession d’appareillages de briques.

L’entrée de cet hôtel est située au 32 rue E.Fléchat, d’autres hôtels particuliers ont été construits dans cette rue.

En remontant vers le boulevard Péreire du coté des numéros pairs:au 100 bld Péreire (M.Hennequet arch.1925), systématisation des bow-windows polygonaux pour multiplier les vues obliques et travail plus particulier des derniers niveaux. Façade en granito de marbre avec des profils d’angle en faïence blanche. En 1930 M.Hennequet a réalisé rue Franklin un immeuble qui reprend exactement le même dispositif des bow-windows plissés.

Retour à la place Péreire.

A partir de cette vue aérienne de 1867 on peut visualiser les tracés viaires en étoile qui innervent le lotissement avec des avenues haussmanniennes très larges. Les principaux tracés y interférent selon deux triangles chevauchés qui rayonnent respectivement sur les places Péreire et Wagram, ces triangles sont subdivisés à leurs tour créant différentes voies secondaires.

Dans ce tissu urbain assez composite, au 134 avenue de Villiers, l’hôtel particulier Régnard de Chérif dans un style pseudo-hollandais (S.Sauvestre Arch.1883) .

L’avenue de Villiers permet de rejoindre la place du Brésil puis l’avenue de Wagram. Au n° 62 à l’angle avec la rue de Prony (D.Honegger Arch.1950-1955) cet immeuble de bureaux utilise l’industrialisation, sa préfabrication dans un langage très classique est d’un « rigorisme épidermique », la façade est en béton bouchardé.

Rue Jouffroy d’Abbans, une surélévation des années 30 romps curieusement la symétrie d’origine entre deux bâtiments du début XXe.

85 rue Jouffroy d’Abbans (E.Albert Arch. et JL Sarf Ing.1955).

A l’origine l’Epargne de France demanda à E.Albert de créer 1000 m² de bureaux sans toucher aux anciennes parties d’un hôtel particulier qui fut un temps celui de G.Eiffel.   Avec l’impossibilité de concevoir de nouvelles fondations et le programme imposant de créer des espaces flexibles E.Albert et JL Sarf ont imaginé une ossature métallique tubulaire légère en acier laissée visible et largement vitrée avec impostes en partie haute de chaque niveau, ce projet fut réalisé dans un délai très bref tout en conservant l’édifice existant qui laissait voir sa façade à partir de la rue. Les deux derniers niveaux respectent la courbe réglementaire du gabarit parisien de l’époque. Cette première réalisation d’architecture tubulaire sera ensuite développé dans les projets de la tour Croulebarbe et la direction de l’exploitation d’Air France à Orly .

Un parfait exemple d’architecture métallique alliant légèreté, économie et standardisation qui ont contribué à la renommée de l’édifice puisqu’il obtint en 1957 le Grand Prix International d’Architecture. Malheureusement une densification récente a dénaturée le projet initial en masquant la cour devant l’hôtel particulier sur la largeur des quatre premiers niveaux et sur les huit premières trames verticales.

103-105 rue Jouffroy d’Abbans (T.Petit Arch.1906)

Au développement du comble que favorise la réglementation de l’immeuble post-haussmannien s’intègre le motif de la loggia sur colonne, valorisant ainsi le « bel étage » et sa vue dégagée .

Dans l’alignement de l’avenue Wagram, à l’angle avec la rue Cardinet et au 132-134 rue de Courcelles (T.Petit Arch.1906), l’ implantation de cet immeuble en angle est exceptionnelle, elle a permis la mise en scène d’extravagances post-Art Nouveau sur une base haussmannienne, comme un art des compromis entre deux périodes .

Cet éclectisme est particulièrement développé dans le traitement des poivrières à l’angle avec l’avenue de Wagram. Libérée des contraintes haussmanniennes et renforcées par les perspectives nouvelles, les différents traitements des dômes et rotondes acquièrent le rôle de nouveaux signaux urbains pour cette époque  .

Lui faisant face au 119 avenue de Wagram (A.Perret Arch.1902), la galerie avec loggias du 5é étage de cet appartement succombe, certes avec modération, au motif familier de 1900. Un an plus tard et à 29 ans Auguste Perret réalisera en rupture avec cet immeuble assez convenu l’immeuble du 25bis rue Franklin, une des références majeures des débuts de l’architecture moderne.

Dans cette partie de l’avenue de Wagram près de la Place des Ternes, le tissu urbain dense est plus régulier et les immeubles haussmanniens se rapprochant de la place de l’Etoile apparaissent très neutres. La rupture d’échelle dans le bâti se situe à l’ angle du 33 rue Poncelet – rue des Renaudes avec un ensemble immobilier regroupant pour l’administration des Postes, bureaux et central téléphonique.(J.Dumont Arch.1975) .

L’ hommage rendu à cet architecte lors de sa réception à l’Académie d’Architecture en novembre 1976 laisse perplexe:« …l’immeuble des postes et télécommunications, à l’angle des rues Poncelet et des Renaudes dans le 17ème arrondissement de Paris illustre le sens des rapports, des proportions, ainsi que la perception aiguë des formes et des couleurs dont disposait naturellement Jean Dumont. » … »on peut apprécier avec quelle habileté Jean Dumont réussit à faire vibrer la façade, en fractionnant le volume principal, et en retrouvant un rythme vertical qui inscrit harmonieusement ce très volumineux bâtiment dans les perspectives urbaines ». Chacun pourra rectifier cette vision dithyrambique quant à l’inscription dans le site de cet ensemble après une visite .

A l’arrivée Place des Ternes: « La Cité Mondaine » (Boussard Arch.1882). Une cour centrale circulaire est implantée au centre de cet immeuble vers laquelle sont orientés les appartements. Une réalisation entre hygiénisme et rentabilisation de la façade sur la place traitée de façon volontairement  « prestigieuse ».

Place des Ternes et avenue des Ternes 1867

De la place des Ternes à la place de l’Etoile-Charles de Gaulle on rejoint un axe important depuis 1850.

Au 34 avenue Wagram l’ancien Logiluxe Parisien devenu le Céramic hôtel (J.Lavirotte Arch.1904).A l’origine, cette résidence hôtelière comportait en façade sur l’avenue, salle à manger, salon et petit salon; sur la cour centrale un office et une salle de bains commune aux 5 chambres implantées autour d’une seconde cour à l’arrière du terrain. La structure en béton pour ce bâtiment de 9m de large sur l’avenue est totalement masquée par une peau décorative en grès flammé et faïence émaillée réalisée par Alexandre Bigot. Ce bâtiment constitue un parfait exemple d’une réalisation d’Art Nouveau, même s’il n’atteint pas le niveau d’exubérance du 29 avenue Rapp par le même architecte,un brillant jeu de courbes avec les balcons décorés de glycines, les étages sont identiques mais l’expression en façade est travaillée différemment à chaque niveau. Lavirotte a été lauréat à trois reprises du concours des façades avec réserve toutefois du jury par rapport à ses « débordements » et à son style.

Lui faisant face, 37 avenue Wagram, l’hôtel Renaissance Wagram (Ch.de Portzamparc Arch.2003-2008), les courbes et contre courbes des parois vitrées forment un tressage permettant des vues panoramiques sur le paysage urbain comme un écho lointain au vis à vis de l’avenue.

Retour avenue des Ternes dont le tracé très ancien se poursuit vers le centre de Paris par la rue du Faubourg Saint-Honoré. Dans ce secteur à vocation commerciale et  au carrefour entre l’avenue des Ternes et l’avenue Niel : l’ancien Magasins Réunis s’affiche comme un autre manifeste en rupture avec l’uniformité de la ville haussmannienne (M.Oudin Arch.1912), ici la structure en béton est clairement mise en évidence.

Ces juxtaposions entre courants architecturaux successifs se retrouvent une dernière fois avant de rejoindre la place de l’Etoile via l’avenue Mac Mahon au n° 29 (G.Massa Arch.1902),  avec des lourdeurs décoratives très éclectiques en dépit des simplifications ultérieures réalisées en partie haute du 4é étage sous les combles.

Plus haut, dans l’avenue et à l’angle avec la rue du général Lanrezac, un traitement d’angle dynamique des années 30 termine cette balade à proximité de la place de l’Etoile-Charles de Gaulle.

Paris, balade architecturale de la Porte de Clichy à St Ouen.

La rue Pierre Rebière, point de départ de cette balade, est située entre le boulevard des maréchaux et le périphérique à proximité du chantier du futur palais de Justice.

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Dans cet espace délaissé par Paris mais ne faisant pas encore partie du territoire de la banlieue elle longe sur plus de 500 m d’un coté le mur sud du cimetière des Batignolles et de l’autre la partie arrière du lycée H de Balzac et d’autres établissements d’enseignements. Longtemps consacrée à la prostitution et aux trafics en tous genres elle n’attirait que les passages très motivés.

Néanmoins le délaissé de la voirie et des trottoirs de ce lieu ingrat représentait un potentiel d’aménagement. C’est ce qui vient d’être développé ici par la ville de Paris et Paris-Habitat en construisant la bande entre les frondaisons du cimetière et l’alignement des platanes du trottoir tout en réduisant la largeur de la chaussée afin de construire 180 logements, dont 140 sociaux, répartis sur 9 opérations réalisées par une seule entreprise.

Pour donner une urbanité à cette longue rue sans aucun commerce l’inventivité n’a fait pas défaut, il y a même un trop plein, aboutissant à un large palette de volumétries et de matériaux juxtaposés, et il faut admettre que pour sortir du lot les jeunes équipes d’architectes retenues n’ont pas été avares de démonstrations parfois radicales .

Dans l’ordre d’apparition: 21 logements (Hondelatte et Laporte Arch.), une mise en scène de trublion avec ses belvédères de représentation apparemment diversement appréciés  et appropriés par les habitants .

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20 logements (Le Fantastic Agence Arch.), une ré-interprétation des toits de Paris en face à face.

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16 logements (Avignon-Clouet Arch.+Atelier Provisoire Arch.), une intention de façade « verte » à moyen terme qui reste à réanimer .

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25 logements (Petitdidier Prioux Arch.)

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22 logements (Brunnquell et André Arch.)+ EM2N (Zurich) aboutissant au pied de la tour rénovée du Bois le Prêtre.

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A gauche on tourne vers la rue du Bois-le Prêtre à l’angle avec sa tour éponyme, construite en 1962 ( R Lopez Arch.), rénovée une première fois en 1990, puis en 2011 ( F Drouot, A Lacaton & JP Vassal Arch.). La dernière rénovation a été réalisée en site occupé pour les 100 logements, elle inclut la création de balcons préfabriqués et de jardins d’hiver pour chaque appartement qui ont permis de réduire la consommation d’énergie de 50%.

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On passe ensuite sous le viaduc du périphérique qui longe le cimetière des Batignolles sur sa limite Nord, l’entrée dans Clichy se fait par le boulevard du général Leclerc, après avoir franchi le boulevard Victor Hugo on découvre sur la gauche la Maison du Peuple.

La Maison du Peuple de Clichy est l’œuvre d’une équipe ( E Beaudoin et M Lods architectes associés aux ingénieurs W Bodiansky et Jean Prouvé 1938-1939). Ce bâtiment a été construit à l’emplacement d’un ancien marché. L’objectif du programme était de regrouper de façon flexible diverses activités: un marché en rez de chaussée, et à l’étage une salle des fêtes pour 1500 personnes, un cinéma de 500 places ainsi que des bureaux pour des activités syndicales. Cette équipe d’architectes et d’ingénieurs préoccupée par l’industrialisation, la préfabrication et la flexibilité et prenant comme modèle la construction aéronautique a expérimenté ici des principes constructifs novateurs. A noter la remarquable légèreté des façades translucides en verre armé séparé par un vide d’air constituant le « mur rideau » imaginé par Jean Prouvé, non porteur et suspendu à la structure. La partie mécanique est l’œuvre de W Bodianky ( diplômé de l’institut des Ponts & Chaussées de Moscou et de l’École Nationale Supérieure d’Aéronautique de Paris) pour le  plancher mobile du premier étage, les cloisons amovibles, et la toiture escamotable qui s’ouvrait pour faire un marché en plein air.

Une longue période d’abandon et de dégradations irréparables tel que le remplacement du plancher amovible métallique par un plancher béton avant sa restauration en 2002 ont malheureusement dénaturé sa flexibilité initiale.

Néanmoins cette œuvre demeure une des références architecturales majeures de l’architecture du XXe siècle pour son travail sur l’espace. Franck Llyod Wright lorsqu’il visita ce bâtiment ne cessa pas de dire son admiration pour les principes novateurs expérimentés et affirma « Clichy est une date dans l’architecture française, et sans doute internationale ».

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Les bureaux sont implantés en façade arrière, les panneaux modulaires opaques sont constitués de 2 tôles d’acier et de laine de verre sont accrochées à la structure de la charpente.

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Les bords des panneaux sont biseautés pour les rigidifier et pour éloigner le ruissellement des eaux de pluie, la courbure de la tôle extérieure et la rigidité de ses bords lui permettent d’encaisser les dilatations thermiques, les tôles sont mises en tension au moyen de ressorts.

La maquette présentée à la Cité de l’Architecture met en évidence la structure métallique.

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Au n° 69 du boulevard du général Leclerc et face au parc Roger Salengro: le bâtiment des Grands Magasins du Printemps construit de 1908 à 1911 pour la partie la plus ancienne ( Papinot et Simonet Arch.) avait pour fonction initiale d’abriter les ateliers de confection,  d’entrepôts et de remises pour le service de livraison hippomobile. Transformés entre 1991 et 1995 (Reichen et Robert Arch.) en bureaux du groupe PPR. L’entrée principale est marquée par un fronton en forme d’arcade monumentale surmonté d’une rotonde en construction métallique vitrée entourée de maçonnerie revêtue de grès flammé typique Art Nouveau attribué à A Bigot dont la polychromie est d’une grande richesse décorative.

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L’aile latérale droite reprend le même principe d’ossature avec des arcades métalliques qui s’étirent sur les deux premiers niveaux.

Le traitement des angles du bâtiment avec des courbes y compris dans le traitement des combles en toiture, reprend le principe de l’arche principale avec un souci du raffinement des détails particulièrement soigné.

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A gauche de l’arche principale une extension réalisée en 1925 (G Wibo et Demoisson Arch.) reprend la volumétrie générale mais en utilisant une structure en béton armé et remplissage briques. De part et d’autres de ces deux ailes Reichen et Robert ont développé des extensions en retrait qui valorisent le bâtiment existant sans tomber dans la mièvrerie d’accompagnement.

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La silhouette très photogénique de l’hôpital Beaujon est visible depuis le parc R Salengro ( J Walter U Cassan L-V Ploussay Arch. 1933-1935). Cet « hôpital-bloc » initialement prévu pour 1000 lits est inspiré des modèles américains: l’hébergement est regroupé sur 12 étages de 150 m de long avec une configuration « en peigne » à gradins, tandis que l’ensemble des plateaux techniques ( anesthésie,salles d’opérations, réanimation, etc) est regroupé dans les niveaux inférieurs. Beaujon est le premier hôpital construit selon ce concept fonctionnel en Europe. Sur cette façade arrière chaque étage se terminait par un balcon-terrasse en demi-cercle face au parc R Salengro, cette disposition initiale très forte dans son expression a été modifiée suite à la réalisation des escaliers de secours.

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La façade d’entrée de l’hôpital au Nord,au premier plan et sur deux niveaux: les plateaux médico-techniques et les urgences, dans l’axe central: l’amphithéâtre.

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La traversée du terrain de l’hôpital permet de rejoindre la rue du général Roget puis sur la gauche la rue Madame de Sanzillon, on aboutit alors à Saint-Ouen face au 169 du boulevard V Hugo,  Immeuble de logements avec un cœur d’ilot pour duplex (S & L Goldstein Arch.2001), façade en béton poli.

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Le paysage de Saint-Ouen dans partie située entre le boulevard Victor Hugo et la Seine est fortement marqué par le passé industriel: fonderies des usines RENAULT fermées dans les années 90, entreprises d’équipements automobiles etc. Les mutations économiques  ont crée des opportunités foncières et lancé des projets de reconversion ainsi que de construction de logements desservis par le RER C.

Sur les anciens terrains industriels de RENAULT  immeuble de bureaux (JJ Ory Arch.2004), en structure métallique.

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Bureaux sur les anciens terrains des usines LABINAL.

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L’ex distillerie d’alcool de menthe RICQLÉS ( A Afchain Arch.1936-1938), a été implantée à Saint-Ouen depuis 1898, elle était reliée au réseau ferré Paris-Nord et Paris -Est pour l’approvisionnement en menthe venant de l’Oise. Façade en brique appareillée dans l’esprit art-déco, le bâtiment a été transformé en bureaux et en studios photos pour le magazine ELLE (1987).

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Après être passé sous la voie ferrée dédiée au transport des marchandises on aborde un secteur très hétérogène. Sur la droite les bâtiments industriels en structure métallique avec remplissage de brique de l’ancienne usine CITROEN avenue du Capitaine Glarner construite en 1924. Sur la gauche jusqu’à la Seine l’ensemble des anciens docks:  cet « urbanisme de l’accident » est le résultat tant des grandes implantations industrielles du début du XXe siècle liés à ce carrefour névralgique le long de la Seine que des accidents de l’histoire ( bombardements américains du 2 aout 1944 sur Saint-Ouen), et plus récemment de la désindustrialisation liée aux chocs économiques. L’ensemble est entrecoupé d’infrastructures de chemin de fer, qui innervaient les industries lourdes du secteur. A ce titre la rue Ardouin qui aboutit à la Seine en longeant l’usine de chauffage urbain de la CPCU puis l’usine de traitement des résidus urbains de la SYCTOM est très caractéristique.

La rénovation urbaine du secteur des Docks de Saint-Ouen (100 hectares, soit le quart de la superficie communale) est en cours de réalisation, avec pour objectif de réaliser en 20 ans un quartier urbain mixte. La pluralité des fonctions sera assurée par l’habitat (4.000 nouveaux logements seront crées), les activités économiques (310.000m2 de bureaux), et les équipements, loisirs etc y compris avec une valorisation du patrimoine industriel notamment sur les terrains Alsthom ainsi que l’aménagement des bords de Seine (Makan Rafatdjou Urbaniste).

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A l’arrivée sur la place de la République on longe au n° 10 un ensemble de logements et bibliothèque (A Kopp Arch 1961) faisant face à la Mairie de Saint-Ouen. Ici A Kopp utilise la brique comme les autres bâtiments de ce coté de la place, mais il se montre moins inspiré que pour le programme du complexe sportif de l’île des Vannes que nous découvrirons plus loin.

A Kopp est aussi l’auteur de « Ville et révolution: Architecture et urbanisme soviétique des années vingt » ( Ed Anthropos Paris 1967) l’ouvrage de référence très documenté sur cette période courte mais très féconde en terme de recherche architecturale. Anatole Kopp a été l’organisateur en 1966 d’un colloque sur l’urbanisme et la construction en URSS regroupant ceux qui partageaient le même engagement politique mais aussi l’adhésion au mouvent moderne en architecture. D’une façon générale il faut reconnaitre à la Seine Saint-Denis le mérite d’être un des berceaux fondateur de ce communisme municipal « éclairé » en matière d’architecture et d’urbanisme, grâce à des réseaux initiés durant la Résistance puis développés avec efficacité après la Libération autour des ministres de la Reconstruction, des élus, et des architectes.

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La médiathèque à l’angle des rues G Péri et V Hugo ( JP Lott Arch.2009) témoigne elle aussi d’un certain volontarisme, sa présence à l’angle sur la place de la Mairie ne fait malheureusement qu’ajouter une impression de dureté sur cette place composée d’immeubles assez datés dont la juxtaposition aboutit a une absence d’harmonie.

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On remonte la rue Gabriel Péri devant la médiathèque jusqu’à la rue Anselme à gauche, au n°64 l’immeuble de 48 logements sociaux pour la SEMISO (P Soria G Lézénes J Nouvel Arch.1972), primé lors du premier « concours Programme Architecture Nouvelle », la cour centrale est plantée et dessert via 4 escaliers extérieurs les appartements par des passerelles individuelles.

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Les appartements se développent en duplex et en triplex et offrent une surface habitable beaucoup plus généreuse que les normes de référence.

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On emprunte ensuite le boulevard Biron jusqu’à la rue du Dr Bauer pour remonter à gauche vers la mairie de Saint-Ouen. Au n° 6-10  rue du Dr Bauer la patinoire-parking, structure de verre et d’acier avec une piste de 56 m de L (le décor du film « L’écume des jours« ) enjambe les rues de chaque coté ( AUA / P Chemetov Arch 1979). Un bâtiment d’esprit brutaliste et assez démonstratif inspiré probablement par Archigram, hélas le coût d’entretien devenu difficile pour les finances de la ville laisse une impression d’abandon.

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Cette patinoire est l’objet d’une controverse esthétique, et P Chemetov de préciser «  à l’époque la DDE avait décider de réaliser un passage souterrain pour relier le boulevard V Hugo à la rue A Dhalenne. Ils ont creusé jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent d’une erreur. Tout s’est arrêté, il restait un terrain vide »(le sous-sol est utilisé pour faire un parking). » La patinoire est construite comme un hangar, un Beaubourg « low-cost » qu’il faudrait entretenir. Un bâtiment a une espérance de vie de 100 ans.Pour conserver il faut transformer et pour transformer il faut conserver ».

On remonte ensuite cette rue Albert Dhalenne vers la Seine et le château de Sain-Ouen. L’habitat individuel est aussi varié la rupture des formes et le mélange des styles façonnent le paysage urbain pavillons populaires et maisons de petits industriels, ici dans la rue Soubise face à des HLM construits dans le années 60 un ensemble de maisons particulières jumelées début XIXe siècle.

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A l’approche du château de Saint-Ouen, un des rares exemples d’architecture de la Restauration construit par Louis XVIII en 1823, il s’agit plus d’une confortable maison de plaisance que d’un château.

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Les arbres du parc étaient d’essences rares, des fabriques agrémentaient les promenades, de la terrasse du château la vue s’étendait alors vers la Seine, et les collines de Montmartre. Ce dernier point est le fil conducteur du nouveau quartier en cours d’achèvement autour du château implanté sur les terrains industriels des docks de Saint-Ouen et à proximité de ceux d’Alsthom. Mixité habitations et bureaux, avec un vaste parc urbain de 12 hectares rejoignant la Seine.

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Au loin, situé rue Ardouin l’usine de traitement de déchets urbains ( S’pace J R Mazaud Arch 1990).

 

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Le parc paysagé de 12 hectares est en voie d’achèvement, il comportera des serres municipales à vocation pédagogiques ( agence TER).

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Le complexe sportif de l’île des Vannes à St Ouen, entre les deux bras de la Seine, dont la  halle  couverte d’une surface en paraboloïde hyperbolique de 3000m2 est composée d’un maillage de câbles prétendus entre les 2 arcs en béton ( label « Patrimoine du XXe siècle »,( A Kopp en collaboration avec R Sarger, L Métrich et P Chazanoff Arch. 1971).

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