Paris, balade architecturale de la Porte d’Ivry jusqu’à l’avenue des Gobelins.

A la suite de la révolution industrielle c’est à la Porte d’Ivry que s’installa la première usine automobile au monde. Située en périphérie de Paris et correctement desservie par le chemin de fer, ce qui était en 1874 encore la société de machines à bois Périn-Panhard, décide en 1891 de se lancer dans la production de voitures automobiles sous le nom de Panhard et Levassor, et d’équiper celles-ci d’un moteur Daimler.

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Initialement au 16 de l’avenue d’Ivry, les usines Panhard ont progressivement occupé un très vaste périmètre qui s’est étendu entre la rue Nationale et la rue Gandon à l’époque ou le 13é arrondissement était industriel et dont 40% des actifs étaient ouvriers.

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Après le rachat de Panhard par Citroën et l’adaptation de ces usines pour produire des 2 CV, la fermeture en 1967 s’accompagna du départ de 6.000 ouvriers. Lorsque en 1965 le Schéma Directeur de la Région Parisienne a fixé les orientations de développement de la région et incité financièrement les industriels à quitter Paris, l’opportunité foncière constituée par cet ensemble de terrains bien desservis a suscité beaucoup de convoitises. Au total dans le 13é, plus de 680.000 m² de surfaces industrielles feront ainsi l’objet d’opérations d’urbanisme modifiant le tissu urbain de cet arrondissement

« Tout dépend de la qualité de ces tours: il y en a de laides, il y en a de superbes.C’est un problème de réussite architecturale, non de principe et la hauteur doit être calculée en fonction du reste et non sur des bases préétablies partout ». ( G.Pompidou Octobre 1972).

Ici celles de J.Sebag (Arch.1975) de 100 m de haut, entre les n° 82 et 144 du boulevard Masséna, résument cruellement l’unique recherche économique: saturation et pauvreté formelle y compris dans le traitement des espaces publics, servent d’épouvantails pour les opposants à la densification en hauteur devenue pourtant nécessaire.

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Dans ce quartier ou l’urbanisme caricatural développé sur les terrains industriels est suffisamment connu, il faut regarder au delà de ce périmètre pour trouver des opérations diversifiées par leurs échelles traitant souvent leur intégration avec plus de respect .

11-19 avenue de la Porte d’Italie, immeuble de bureaux (Y.Lion Arch.1989-1993) dont la volumétrie est claire dès le premier regard en quittant le périphérique pour rentrer dans Paris par l’avenue d’Italie. En partie supérieure, des salles de réunions panoramiques, façades en revêtement de marbre blanc légèrement veiné

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Au carrefour du boulevard Masséna et de l’avenue d’Italie: bâtiment de bureaux avec un habillage en panneaux métalliques (Céria & Coupel Arch.1990).

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De l’autre coté de l’avenue d’Italie et lui faisant face, un programme d’habitations pour l’OPHLM de la Ville de Paris. Il constitue le dernier ouvrage réalisé par un architecte aux nombreuses références dans le 16é arrondissement qui ont marquées leur époque (J.Ginsberg Arch.1985), malheureusement ici on est loin des innovations et des recherches formelles des années 30.

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Plus loin une façade structurée permet de découvrir par un passage piétons l’îlot Gandon rénové.

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L’immeuble-villas « Cité des Arts » occupe désormais l’îlot Gandon à l’emplacement des usines Panhard (17 allée Marc Chagall et 42 rue Gandon). C’est en 1987 que la RIVP a organisé un concours pour une ré-interprétation des immeubles-villas superposés imaginés par Le Corbusier en 1922 ou chaque appartement est en réalité une maison avec jardin, l’ensemble donnant sur un square paysagé (J.Dubus & J-P.Lott Arch.1987-1991).

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Façades sur le parc Juan-Miro des 84 logements et 11 ateliers d’artistes en duplex.

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Une école est implantée face à cet ensemble d’habitations à l’angle de la rue Tagore et de l’avenue d’Italie ( J.Creuzot Arch.1952). Imaginée en 1932 elle reprend les influences hollandaises, comme beaucoup d’équipements scolaires parisiens de cette époque, avec une économie de moyens qui mettent en scène des volumes simples et clairement lisibles.

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Retour vers l’avenue d’Italie: au 121-127, la tour « Super-Italie » (M.Novarina Arch. 1970).

Pour le début de cette rénovation urbaine de l’avenue on ne peut que déplorer une absence de cohérence dans les traitements des façades et des espaces publics devant les deux immeubles voisins.

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Au loin, avec un accès par le Jardin du Moulin de la Pointe, on peut apercevoir la Tour « Chambord » du boulevard Kellermann (D.Mikol Arch.1970), une certaine pauvreté formelle que les balcons périphériques essayent de dissimuler.

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Au 158 avenue d’Italie, cette réalisation pour l’Habitat Social Français marque sa présence par une image forte. « Les Palmes d’Italie », 12 logements sur un terrain de moins de 8m de large. Le revêtement de façade utilise les carreaux de céramique cassés noir et blancs sur lesquels les balcons peints en vert se détachent (M.Bourdeau Arch.1987).

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A l’angle 152 Avenue d’Italie / 2-14 rue du Tage, « La forteresse assiégée » (Mazzucconi Arch. 1984). Ces 70 logements sociaux, « rupture dramatisée » de cette forteresse en ruine, seraient assiégés par « toutes les catastrophes qui menacent notre époque« . Concrètement: murs en moellons et tour semi-écroulée « agrémentée » de traitement des combles assez soignés dérogeant un peu à cette théâtralisation mise en valeur par l’angle des deux voies.

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Angle Avenue d’Italie et rue Bourgon, une autre polychromie avec cette façade en carrelages.

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Juste en face, un immeuble qui ne cherche pas les démonstrations métaphysiques, avec ses bow-windows insonorisés aux détails très soignés (J.Ripault Arch. 2007) dont les logements sont traversants et profonds.

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Un retour sur ses pas permet de découvrir le long du Jardin du Moulin de la Pointe ( accès par l’avenue d’Italie ou la rue du Tage) trois immeubles-plots d’habitations avec ateliers d’artistes formant un front ordonnancé pour ce parc urbain ( C.Furet Arch.1997). Les passages et cours avec les voies limitrophes permettent une transition fine entre les espaces publics et privés.

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D’autres typologies sont développées face au groupe scolaire de la Place des 44 enfants d’Izieu.

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La rue Bourgon comporte une rénovation d’îlot se retrouvant aussi plus loin rue du Moulin de la Pointe.

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La rue du Moulin de la Pointe remonte ensuite vers l’avenue d’Italie, ici une opération de rénovation urbaine avec de petits habitats reprenant le parcellaire initial.

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Au 37 rue Damesme ( HP Maillard Arch.1981), sur une parcelle étroite, une autre recherche sur des maisons superposées mais avec des emprunts plus « post-modernes » un peu anecdotiques

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Cette balade peut obliquer vers le quartier de la Butte aux Cailles ( voir Le Renard Parisien d’Octobre 2013).

Le retour vers l’avenue d’Italie permet de voir deux réalisations longeant l’avenue: au 83-87 la tour « Périscope » (M.Novarina Arch.1970) dont le retrait de l’alignement permet de dégager un espace confortable devant le centre commercial ,

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puis, en se dirigeant vers la Place d’Italie et avant le métro Tolbiac, un immeuble de logements sociaux réalisé dans les années 30 pour la fondation Cognac-Jay, en appareillage de briques assez soigné dans son exécution.

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Place d’Italie, et face à la Mairie du XIIIé arrondissement, l’architecte Kenzo Tange  a réalisé ce bâtiment en 1991 qui comportait à l’origine un complexe de salles de cinémas. Il constitue par ses dispositions une vitrine sur la Place d’Italie grâce à son atrium et un accès monumental vers le Centre Commercial « Italie Deux ».

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Au 73 avenue des Gobelins, la Fondation Jérome Seydoux-Pathé vient de s’installer récemment derrière la façade sculptée par Auguste Rodin, inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, dans ce qui fut en 1869 le Théâtre des Gobelins, music-hall dans les années 30 puis de 1960 jusqu’en 2003 le cinéma La Fauvette.

Cette fondation est consacrée sur 2.200m² au 7é art et à la présentation des archives cinématographiques Pathé.

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Sur une parcelle exiguë entourée d’immeubles, la coque de 5 étages est recouverte d’écailles en aluminium anodisé perforé. Ces écailles sont situées au dessus d’une verrière reposant sur 32 arcs asymétriques en mélèze lamellé-collé (Renzo Piano Design Workshop Arch.2006-2014).

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Le premier étage est consacré à une superbe collection de matériels cinématographiques et d’affiches des débuts du cinématographe. Les 2é et 3é étages abritent les archives cinématographiques Pathé, société fondée en 1896 soit deux ans après l’invention des frères Lumière.

Aux 4e et 5é, sont implantés les bureaux et les espaces du centre de recherche dont les archives sont consultables sur rendez-vous.

Au sous-sol, la salle de projection de 70 places permet de découvrir quotidiennement des chefs d’œuvres restaurés du cinéma muet des archives Pathé. Ces projections sont accompagnées au piano par un élève de la classe d’improvisation du Conservatoire National Supérieur de la Musique et de la Danse de Paris. http://www.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/.

Le traitement intérieur associe le bois au métal de façon sobre dans le droit fil de l’écriture de RPDW.

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Cette balade peut se prolonger de l’autre coté de l’avenue des Gobelins (voir la balade « Vers la tour Croulebarbe et le château de la reine Blanche » de Novembre 2013).

Paris, balade architecturale de Bercy au viaduc d’Austerlitz.

En 1974  l’abandon du projet de voie rapide sur la rive gauche a permis de développer une approche plus respectueuse des berges de la Seine. L’objectif de valorisation des quais de Seine est désormais bien avancée dans Paris intra-muros et va se poursuivre à plus long terme vers le secteur Seine-Amont. La ré-appropriation des berges et du fleuve par les piétons offre une vision différente de Paris plus apaisée.

Cette balade entre le nouveau quartier de Bercy et la gare de Paris-Austerlitz traite des vis à vis architecturaux plus ou moins dignes d’intérêts sur les deux rives

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Point de jonction entre le nouveau quartier « Seine Rive Gauche », la Bibliothèque de France et les quartiers récents autour du Parc de Bercy, la passerelle piétonne Simone de Beauvoir (D.Feichtinger Arch.et RFR Ing. 2006) permet d’établir des liens de proximité entre les deux rives*. Cette passerelle de 304m est similaire dans son fonctionnement de celle réalisée par M.Mimram entre les Tuileries et le Musée d’Orsay. On observe sur la rive gauche que la transformation du port de la Gare s’inscrit dans la profonde mutation urbaine en incluant un développement d’activités de loisirs le long du quai. La présence de plusieurs bateaux dont le Batofar amarré depuis 1998 offrent en permanence des salles de concerts mais aussi dans la journée des café-restaurants sur le pont pour profiter de la vue de la Seine. Ce quai est devenu une alternative branchée  aux boites de nuit parisiennes. A proximité la piscine flottante Joséphine Baker ( R.de Busni Arch.) est amarrée quai de la Gare complète depuis 2006, grâce à son toit de verre été comme hiver, l’attrait de cette rive rendue aux piétons.

* consulter la balade architecturale autour du quartier Seine Rive Gauche ( Mars 2013).

 

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Sur la rive droite la circulation automobile du quai haut de Bercy n’a pas pu être déplacée mais la grande terrasse a été construite pour permettre d’isoler le parc de Bercy des pollutions sonores et de profiter du panorama tant du coté parc que face à la Seine.

Du XVIIé  jusqu’à la fin du XVIIIé siècle le village de Bercy a servi de port pour l’alimentation de Paris. Les négociants en vins s’installèrent à cet emplacement pour échapper aux taxes. Annexée à Paris en 1859 Bercy est devenu au XIXé siècle le plus important marché au vin du monde. Les tonneaux arrivaient de Bourgogne via le fleuve mais aussi par wagons citernes depuis la gare de la Rapée disparue aujourd’hui. Le vin était entreposés dans des chais et les jours de fêtes, les parisiens venaient se détendre dans les guinguettes le long de la Seine. Ce n’est que vers la années 50 que ce commerce a commencé à régresser.

Cette citée commerciale était desservie par des allées pavées, plantées d’arbres et bordées de constructions basses. En 1979 la ville a amorcée la reconversion de cet ensemble avec la construction du Palais Omnisports de « Paris-Bercy », alors que la restructuration des anciens entrepôts s’est développée à partir 1990. Actuellement deux chais subsistent celui de St Emilion construit dans les années 1840, dénommé maintenant « Bercy-Villages », qui accueille des boutiques et des restaurants en terrasses de chaque coté de la voie centrale et les chais Lheureux construits en 1886 réhabilités pour recevoir  des expositions temporaires.

Le jardin de Bercy ( I.Le Caisne et Ph.Raguin paysagistes) est composé de trois parties, il a gardé la trame orthogonale de l’ancien site et les rails encore visibles entre les pavés.

A proximité du POPB « les grandes pelouses » regroupent les aires de jeux et les terrains de sports. Les « parterres » composent autour du chai de Bercy et la Maison du Jardinage verger, potager, vignes, roseraie et labyrinthe jusqu’à la rue Joseph Kessel. Au delà de la rue Joseph Kessel qui scinde le parc, on découvre le « jardin romantique » .

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Dans « les parterres » le chai de Bercy reconverti en espace pour expositions temporaires

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Au delà la rue Joseph Kessel, le « jardin romantique » comporte des bassins autour de la Maison du lac, siège de l’Agence Parisienne du Climat.

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Il ne reste que quelques travées de chais alignés de l’ancien quartier pittoresque des  entrepôts de Bercy, l’animation d’autrefois a été remplacée totalement par des ensembles de bureaux et un complexe de cinémas. Rue des pirogues de Bercy, les chais ont été reconvertis pour recevoir le Musée des Arts Forains. A proximité, ceux de la cour Saint-Emilion, construits dans les années 1840 en meulière avec des chainages en briques, ont été réhabilités et transformés en restaurants, boutiques et galeries d’expositions.

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En front du parc de Bercy, sur plus de 600 m, 650 logements ont été construits dont 200 logement sociaux (J-P Buffi Arch.en chef de la ZAC, 1984-2005). Une certaine exemplarité dans l’esprit architectural a été rendu possible grâce à un cahier des charges bien défini sur cette ZAC qui aboutit ici à un éclectisme maitrisé  (H.Ciriani, C.de Portzamparc, F. Hammoutène Arch.) évitant ainsi un collage « composite », voire hétéroclite.

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Au n°51 de la rue de Bercy, en 1993 la réalisation du nouveau Centre Culturel Américain fut confiée à Frank O.Gehry ( associé pour la réalisation à R.Saubot et F.Jullien). Ce centre fut fermé en 1996 19 mois après son ouverture, les Étasuniens considérant peut être les Français comme suffisamment imprégnés de culture US.

La Cinémathèque Française profita de l’opportunité et déménagea du Palais de Chaillot pour y implanter ses salles de projections ( travaux de réaménagement réalisés par l’Atelier de l’Ile Arch. 2003-2005)

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Cette architecture déstructurée exprime en quelque sorte la complexité du programme initial de ce Centre Culturel coté parc de Bercy,

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Même s’il y a volonté de composer avec les matériaux traditionnels parisiens, le climat laisse apparaitre avec les différents volumes revêtus de pierre des vieillissements prématurés inconnus sous le climat californien.

La façade coté rue de Bercy s’applique a être plus « haussmannienne » que déconstructiviste.

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Après avoir dépassé le Palais Omnisports de Paris-Bercy, on se trouve le long du boulevard de Bercy face à l’incontournable Ministère des Finances et de l’Économie (P. Chemetov, B.Huidobro et E.Duhart-Harosteguy Arch.1982-1989). Avec ses 2 arches enjambant d’un coté le quai de Bercy et de l’autre le quai de la Rapée tel un viaduc de 360m, ce bâtiment semble reconstituer l’enceinte des Fermiers Généraux avec ses portes d’entrées dans Paris .

Cette grande muraille (le premier des grands chantiers de la présidence Mitterrand), campée les pieds dans l’eau exprime parfaitement la puissance incontournable de ce ministère, véritable ville dans la ville, qui s’est encore étendu dans d’autres projets à proximité ( L.Arretche, Karasinsky et Ciocardel Arch.) pour accueillir plus de 7.000 fonctionnaires. Le fossé symbolise parfaitement cette distance vis à vis du citoyen souvent exprimée dans les bâtiments étatiques, à l’opposé de tous les discours convenus.

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La traversée de la Seine sur le pont de Bercy permet de regagner la rive gauche vers la viaduc d’Austerlitz.

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Quai d’Austerlitz: la Maison de la batellerie (les frères Arsène-Henry Arch.1965). Ce bâtiment d’une lecture simple et d’un grand dépouillement est implanté en continuité avec les anciens Docks de Paris. Il offre aux bateliers différents services sociaux ainsi qu’une bourse des enlèvements et livraisons. La qualité initiale de cette réalisation en béton blanc brut de décoffrage a nécessité récemment d’inévitables travaux de mise aux normes et de réhabilitation (JB Lacoudre Arch.2011-2012) ainsi qu’un curage à la suite de diverses adjonctions anciennes assez maladroites. Les cannelures du béton blanc d’origine, imprimées par les planches de coffrage, ont malheureusement été estompées par les couches de peintures ultérieures et le récent traitement n’a pas permis de retrouver totalement la finesse de la texture d’origine.

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La qualité d’exécution initiale apparaît dans le veinage des bois de coffrage et les motifs décoratifs situés de part et d’autre de l’entrée du bâtiment.

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Au 34 du quai d’Austerlitz les Magasins Généraux forment un écran entre le quai d’Austerlitz et la Seine. Ils ont été construits en 1907 (G.Morin-Goustiaux Arch.) puis transformés en entrepôts sous douane en 1915 pour jouer un rôle majeur dans l’expansion du port autonome de Paris. Depuis 2008 ils abritent sur 2 niveaux avec la terrasse panoramique les « Docks-Cité de la Mode et du Design » (Jakob & McFarlane Arch.) ils renforcent ainsi la vocation culturelle des bords de Seine.

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Ces entrepôts construits sur 480m de long occupent une surface de 36.000m2, la structure légère en « ciment armé » s’exprime clairement du coté Seine par la répétition de modules indiquant la fonction logistique du bâtiment. Le niveau du quai est laissé libre pour la manutention (une voie ferrée industrielle était implantée à l’origine).

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Coté Seine, les architectes, aidés par le paysagiste M.Desvignes et Y.Kersalé pour la mise en lumière, ont ajouté une ossature légère recevant les rampes de circulations et escaliers pour relier les niveaux et la terrasse et offrant ainsi une variété de points de vues sur le fleuve. L’ajout de la nouvelle façade est lisible par rapport à l’orthogonalité du bâtiment initial, la couleur de cette nouvelle peau augmente encore cette opposition.

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L’ossature d’origine des docks apparait en toute simplicité, son maillage permet des expositions sur de grandes plateaux libres.

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L’accès à la terrasse panoramique se fait dans l’épaisseur de la nouvelle façade coté Seine.

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En terrasse, le deck en bois pour des réceptions ou des événementiels est accessible au public. Il aurait pu être plus largement ouvert sur la Seine et moins orienté sur l’espace central.

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Entrée des Docks-Cité de la Mode le long du quai d’Austerlitz .

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Le pont Charles-de-Gaulle (L.Arretche & R.Karasinski architectes) d’une portée de 207m a été construit de 1993 à 1996 pour doubler le pont d’Austerlitz dans cette zone qui a subi une profonde mutation. Il possède un tablier métallique en forme d’aile d’avion et repose sur des piles en béton à l’aide d’appuis en forme de « corolles ».

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Le viaduc d’Austerlitz est un des plus beaux ouvrages métalliques avec arc. A cet emplacement la ligne 5 du métro le franchit sur 107m d’une seule portée (L. Biette & M Koechlin Ing. et JC Formigé Arch.1905), après avoir emprunté une rampe hélicoïdale du coté du Quai de la Rapée. L’élégante structure reçoit une très abondante « décoration » en fonte moulée de JC Formigé.

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J-C Formigé a été chargé en 1904 de la conception de l’ensemble des escaliers et des stations aériennes des lignes 2 et 6. Son autre chef-d’œuvre de l’architecture métallique est le viaduc de Passy entre les stations Passy et Bir-Hakeim.

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A proximité de la culée sur la rive gauche, la péniche en ciment armé, revisitée par Le Corbusier, va connaitre une troisième vie. Construite avec une coque en béton en 1919 pour le transport du charbon entre Rouen et Paris, elle fut rachetée en 1925 par l’Armée du Salut et aménagée en Asile de nuit flottant.

En 1929 Le Corbusier lui donnera un style moderne et assurera le confort de l’époque (fenêtres carrées et minces colonnes dans le dortoir de 100 lits). Fermée en 1994 la péniche est actuellement en cours de réhabilitation pour être transformée en Centre d’Architecture ( agence ACYC + Shuhei Endo Arch.). Cette péniche est le seul bâtiment flottant de Paris classé Monument Historique. (WWW.LOUISE-CATHERINE.COM)

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Entrée du viaduc dans la gare d’Austerlitz,

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La gare de Paris-Austerlitz est entrée en activité en 1840, elle a été reconstruite selon l’image actuelle entre 1862 et 1867 (P-L Renaud Arch.), la longueur de sa grande verrière au dessus des voies est de 280 m et sa largeur est de 52 m. En 1870, dans cette immense verrière, les ballons-postes étaient réalisés durant l’occupation Prussienne. En 1926, ce fut la première gare parisienne a ne plus recevoir de trains à vapeur à la suite de son électrification .

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Cette gare urbaine est en profonde restructuration pour accueillir vers 2020 40 millions de voyageurs grâce à l’arrivée des TGV vers Lyon, contre 17 millions actuellement. Sa modernisation (Jean-Marie Duthilleul et Ateliers Jean NOUVEL architectes) s’intègre plus largement dans l’opération d’urbanisme autour de la zone Austerlitz et de l’avenue de France construite au dessus des voies ferrées .

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Paris, balade architecturale de la Porte d’Ivry à la Place d’Italie.

Le point de départ de cette balade se situe en limite Sud du 13é dans la zone comprise entre le périphérique et la Porte d’Ivry autrefois occupée par les fortifications. Elle constitue le prolongement naturel de la balade architecturale consacrée à Ivry-sur-Seine ( voir parution Aout 2013).

Le parcours choisi vers la Place d’Italie n’est pas linéaire mais en zig-zag, il s’attache à mettre en valeur la grande diversité des objets architecturaux implantés dans cette partie du 13é au fur et à mesure des différentes opérations de rénovations urbaines entreprises ou lors de constructions par des Maitres d’ouvrages privés.

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Au n°6 Place du docteur Yersin la résidence étudiante du CROUS, 54 logements avec à chaque étage une terrasse commune ( KOZ Arch.2011) est implantée en pignon de logements sociaux réalisés dans les années 50. D’autres opérations de densifications dans ce quartier vont être entreprises d’ici fin 2015, maison pour personnes âgées et logements sociaux.

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A gauche de cette résidence pour étudiants l’avenue C.Regaud aboutit au boulevard Masséna. Au n° 37  la caserne de pompiers ( J.Willerval et P.Popovic Arch. 1973): son écriture architecturale forte constitue un signal lisible depuis le périphérique Sud. L’équipement regroupe l’état major, 550 chambrées, 150 logements pour les officiers, les services techniques des pompiers de Paris, piscine, gymnase,les ateliers de réparation et parkings. Cette mégastructure a permis de réduire les temps de trajets d’une partie du bâtiment à l’autre. La totalité de la parcelle est construite et les locaux centraux sont éclairés zénithalement par des lanterneaux traités de façon assez sculpturale.

 

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L’entrée des bureaux de la caserne est située au n°16 avenue Boutroux.

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La vision à l’angle de l’avenue Boutroux et de la rue Damesteter, permet de lire les différents éléments du programme. Les aires de stationnement des véhicules de secours sont implantés le long de la rue Damesteter face à un ensemble HBM des années 30.

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La remontée du boulevard Masséna vers la Porte d’Ivry permet une vue d’ensemble.

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Sur le boulevard Masséna et face à l’entrée des habitations de la caserne: au n°24bis la Villa Planeix (Le Corbusier et P.Jeanneret Arch.1927). La villa est implantée entre le boulevard et la tranchée de la « petite ceinture « . Au rez de chaussée deux ateliers et un garage, à l’entresol formant mezzanine avec les ateliers deux chambres et pièces de travail. Au premier étage l’appartement avec un séjour à double orientation et les deux chambres coté boulevard, dont l’une est éclairée latéralement par une avancée formant terrasse au 2é étage. Le 2éme étage reçoit le grand atelier de 4m de haut, éclairé par 2 sheds. La façade arrière visible à partir de la rue Barrault est percée de grandes baies, en partie désormais cachée par la végétation.

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En poursuivant la remontée du boulevard Masséna vers la Porte d’Ivry, au n°4 du square Masséna l’agence P.Chemetov & B.Huidobro (1986). Au pavillon initial en meulière a été ajouté un volume indépendant en structure d’acier avec remplissage en vitrage et pavés de verre d’une grande simplicité formelle.

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Au n°56-58 boulevard Masséna (H&R.Chevallier Arch.1952-1955), deux immeubles R+9 dont les éléments constitutifs (entourage des baies préfabriquées, traitement des cages d’escalier sont à rapprocher de la cité Maurice Thorez au centre-ville d’Ivry sur Seine construite par les mêmes architectes (1947-1953). Ici le parking aérien d’origine a été reporté en infrastructure lors de la densification de la parcelle et la construction de batiments en R+4 en périphérie, à l’alignement des rues Barrault et du Château des rentiers.

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A la Porte d’Ivry, et à la pointe entre la rue Nationale et l’avenue d’Ivry, le bâtiment de l’usine Panhard pour les véhicules militaires construit en briques et meulières a été reconverti. Après une extension tant du coté du carrefour qu’en partie arrière au dessus de la « petite ceinture » construite en briques il abrite désormais les bureaux d’AREP ( Agence des gares: JM.Duthilleul et E.Tricaud Arch.2012).

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Au carrefour à l’angle de l’avenue de la Porte d’Ivry et de la rue Emile Levassor le groupe scolaire est implanté sur un terrain triangulaire ( E.Crevel Arch. 1933-1937). Au centre l’école maternelle est encadrées symétriquement par les écoles primaires des filles et des garçons. L’expression est clairement moderniste, les façades sont en béton de gravillons lavés faisant exception à la tendance des bâtiments publics de la ville de Paris de l’époque utilisant la brique. Les dimensions des baies permettent un éclairage maximum.

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La vue aérienne des années 60 permet une vue plus complète de ce groupe scolaire et met en évidence l’impact des usines Panhard dans le quartier.

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Après avoir emprunté la rue Nationale on se dirige sur la droite dans la rue Regnault.

A l’angle rue Regnault et rue du Château-des-Rentiers, au n°86 un immeuble de bureaux ( J de Brauer Arch.1976). Les façades plissées verticalement intègrent une double peau de verre ventilée.

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Plus bas au n°72 rue Regnault, un autre type de façades plissées, horizontales cette fois, pour le précédent siège de la SERETE ( J.de Brauer Arch.1971). Une vitrine du savoir faire pour les 25.000 m2 de bureaux paysagés de cette société d’ingénierie. Les fluides sont distribués en façade et en partie basse des allèges inclinées.

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La rue Barrault aboutit à la Porte de Vitry. Avec l’arrivée du tramway ce carrefour a fait l’objet d’un réaménagement d’ensemble y compris avec le traitement du passage aérien de la « petite ceinture »enjambant le bas de la rue de Patay.

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En remontant la rue de Patay au n°28, le collège Galilée (J.Kalisz Arch.1983-1986) dont la façade vitrée se décline aussi sur son autre élévation rue E.Oudiné.

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Au carrefour suivant entre la rue de Patay et la rue du Dessous des Berges au n°27 un immeuble de bureaux ( A.Biro & J-J.Fernier Arch.1975) en cours de reconversion. Sur une parcelle très étroite une façade vitrée plissée en trois parties.

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Plus haut au n°73 rue de Patay et à l’angle avec la rue Trolley de Prévaux: un ensemble d’habitations (PL .Faloci Arch.1997). Cette traversée piétonne rejoint via un escalier les rues Albert puis du Château-des-Rentiers.

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A l’arrivée le long de la rue Albert au n°54 un ensemble d’ateliers d’artistes construits pour la RIVP et desservis entre les deux parties du bâtiment par des passerelles. Une des rares œuvres construites par le peintre Olivier Debré (1993).

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Ces ateliers en façade Ouest font face à la voie intérieure d’un des premiers groupes d’HBM parisiens.

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La rue Jean Fautrier relie les rue Albert et du Château-des-Rentiers. Elle dessert sur une parcelle très étroite les deux corps de batiments qui se font face et dont l’aspect linéaire est rompu par quatre redans formant cour ouverte de chaque coté de la voie (J.Rous Arch.1913 ).

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Contre le pignon de cette cité ouvrière du 42-44 rue du Château-des-Rentiers et sur une parcelle exiguë issue de terrains maraichers : l’école du n° 38-40 reprend le principe de la cour ouverte pour accueillir les enfants (J-F.Jodry Arch.2002).

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La rue du Château-des-Rentiers comporte deux ruelles piétonnes vers la rue Nationale et le quartier des Olympiades, ici le passage Bourgoin avec ses maisons individuelles.

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On aperçoit au loin l’opération de rénovation urbaine des Olympiades entreprise dans les années 70 au dessus de la gare des marchandises de Paris-Gobelins.

Au n°73 de la rue du Château-des-Rentiers, le centre de réinsertion professionnelle « Relais des carrières » ( A.Gignoux Arch.1996). Sur l’emplacement de l’ancien centre d’accueil Nicolas Flammel, il associe sur une parcelle toute en profondeur un centre d’hébergement de 66 chambres à 3 lits, des ateliers de formation et des services communs pour la restauration et la détente.

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A l’extrémité de la rue on descend la rue de Tolbiac en direction de la Seine. Plus loin à l’angle du n°66 rue du Dessous des Berges et rue Leredde: immeuble de bureaux (I.&G.Benoit-F.Mayer Arch.1969). Un des rares immeubles parisien en panneaux de fonte d’aluminium formant écailles et assemblés sur une structure béton.

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On retraverse ensuite la rue de Tolbiac en direction de la place Jeanne d’Arc. A l’angle rue du Dessous des Berges et n°2-4 rue de Reims ( A.Biro & J-J.Fernier Arch.1963). Pour cet immeuble de 70 appartements avec chauffage électrique l’isolation extérieure a été particulièrement soignée et traitée ici par les panneaux de polyester de 7cm teintés dans la masse et doublés de polystyrène expansé pour éviter les ponts thermiques

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Au n° 3-5 rue de Reims la résidence étudiante du CROUS construite par la RIVP  abrite 41 studettes (L.Paillard & Antonini-Darmon Arch.2013), coté rue une façade en acier inox miroir, et un bardage ondulé coté cour.

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Au n° 35 rue Domrémy une rare habitation individuelle construite en hauteur dans ce quartier de la Gare (V.Doray Arch.2010).

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Face à cette maison individuelle et sur un terrain triangulaire donnant 36 rue de Domrémy et 3-9 rue Xaintrailles, la résidence Xaintrailles: 127 logements (R.Anger-M.Heymann-P.Puccinelli Arch.1962). Dans le droit fil des recherches de cette agence sur l’animation volumétrique et cinétique des façades pour des ensembles de logements. Le plan masse en T est en retrait du coté de la rue Xaintrailles, ce qui permet de dégager un espace important devant la résidence. Les façades coté loggias sont constituées d’éléments métalliques émaillés découpés en triangles et assemblés non jointifs, alors que les autres façades jouant dans l’opposition sont constituées de remplissages en panneaux de bois et vitrages. Traitement des abords extérieurs du bassin et de la sculpture par « L’Oeuf centre d’études ».

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Après avoir traversé la Place Jeanne d’Arc coté chevet de l’église on rejoint encore une fois la rue du Château-des-Rentiers. Au n°106  et à l’angle avec la rue Jean Colly l’immeuble de logements ( Architecture Studio Arch.1986). Sur cette parcelle triangulaire de 120m2 une structure sur une trame poteaux-poutres carrée émerge en partie haute à la pointe. La façade coté J Colly avec le plan de métro du quartier en carrelage pour confirmer l’ attachement aux narrations du mouvement post-moderne. Les bonnes intentions dans le traitement des parties communes en rez de chaussée ont malheureusement mal vieillies. Par son aspect de signal singulier ce bâtiment émerge de façon positive des constructions environnantes qui en comparaison apparaissent d’une grande banalité.

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En se dirigeant vers la rue des Hautes-Formes, au n°18 de la rue Sthrau un immeuble de logement (AUSIA Arch.1986) en briques dont la teinte est plus courante dans les Flandres qu’à Paris.

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Face à ce bâtiment l’entrée de l’ensemble des 210 logements du n°3 rue des Hautes-Formes et 17 rue Baudricourt (Ch.de Portzampac et G.Benamo Arch.1975-1979). Initialement deux tours étaient prévues sur ce terrain aux contours très irréguliers, en limite Est de la fac de Tolbiac. Les architectes ont fragmenté le plan masse imaginé à l’origine en sept batiments de volumétries différentes réalisant un travail sur le vide qui est ainsi devenu un sujet déterminant du projet, exprimant une complexité urbaine un peu artificielle mais enrichissante par la variété des angles de vue ainsi développée.

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Cette opération a déclenché une remise en cause de l’urbanisme et de l’architecture à Paris en remettant l’espace public avec ses places, ses rues et ses immeubles au cœur de la réflexion. A l’opposé du logement de masse répétitif il s’est agit de mettre en valeur des détails singuliers et une autre échelle de l’espace urbain, tout en raccommodant au moyen de petites opérations le tissu urbain assez bouleversé par les opérations de rénovations urbaines de la rue Nationale. En effet à proximité immédiate de la rue Nationale la rénovation urbaine des années 70 a été réalisée de façon peu attentive: destruction des immeubles anciens et remplacement par des barres le long de nouvelles voies qui ne ressemblaient plus à des rues mais à des voies en gommant l’esprit de la rue dont les commerces ont été exclus pour être rassemblés dans un centre commercial.

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En sortant de la rue des Hautes Formes et à l’angle avec les rues de Tolbiac et Baudricourt est implantée l’Université de Paris-Tolbiac ( M.Andrault & P.Parat, N.Celnik  Arch.1972. Si elle peut apparaitre en totale opposition avec l’opération des Hautes Formes  elle constitue néanmoins une des réalisations les plus emblématiques de la fin des années 60 par la clarté du parti architectural: les circulations verticales sont regroupées autour du noyau central et traitées en béton brut. Elles se distinguent des tours revêtues de murs rideaux en verre fumé, ces dernières sont fractionnées pour créer des espaces extérieurs suspendus permettant aux étudiants de prendre l’air entre deux cours.

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Le parc de Choisy est situé en face de l’Université de Tolbiac , il a été réalisé dans les années 30 sur les terrains d’une ancienne usine à gaz. A cet emplacement a été implanté la fondation G.Eastmann pour l’hygiène bucco-dentaire des enfants de ce quartier longtemps défavorisé (E.Crevel Arch.1937), fondation crée par le fondateur de Kodak.

Le bâtiment revêtu de briques rouge et son pavillon central avec colonnade est entouré de deux ailes en retour d’un rationalisme classique et monumentalisé par un large perron ainsi que des baies en double hauteur à l’entourage de cuivre vert de gris, avec une corniche. Cette construction rappelle l’influence des architectes hollandais sur les batiments publics parisiens des années 30. Coté jardin il reçoit en façade 2 médaillons allégoriques de C.Sarrabezolles dont l’un représente l’Amérique offrant l’institution à la France. Ce « style municipal » se retrouve dans plusieurs constructions scolaires notamment sur les boulevards de ceinture, et dans d’autres édifices publics.

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Durant la dernière guerre ce bâtiment a abrité un hôpital militaire allemand, puis à la Libération un centre officiel de répression de la collaboration. Il regroupe actuellement un centre bucco-dentaire et deux laboratoires techniques de la Ville de Paris.

En quittant le Parc de Choisy en direction de la Place d’Italie on découvre alors sur l’ilot dit « des Deux Moulins » le pignon du n°168-180 de l’avenue de Choisy ( A.Asher, D.Mikol, G.Brown-Sarda Arch.1970). Façades mixtes de voiles béton brut et remplissages en panneaux métalliques. En rez de chaussée le bâtiment laisse passer entre les commerces l’avenue Edison reliant l’avenue de Choisy à la rue Albert Bayet.

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L’arrivée sur la Place d’Italie se fait latéralement au bâtiment Grand Écran construit à l’emplacement de la Tour Apogée prévue initialement sur une hauteur de 180m de haut et annulée par Giscard d’Estaing en 1975.

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L’architecte Kenzo Tange (associé à Macary & Menu) a réalisé ce bâtiment en 1991.Il comportait à l’origine des salles de cinémas, il constitue par ses dispositions à la fois une vitrine sur la Place d’Italie grâce à son atrium et un accès monumental vers le Centre Commercial Italie 2.

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Cette balade peut se prolonger vers les Gobelins ( voir la balade « vers la tour Croulebarbe et le « château de la reine Blanche » de Novembre 2013).

Paris, balade architecturale de la tour Croulebarbe au « château de la Reine Blanche ».

Cette balade débute Place d’Italie, à l’extrémité de l’avenue de la Sœur Rosalie, pour partir à la découverte du singulier discours architectural parisien d’un siècle à l’autre au travers des gabarits et des styles.                                                                                                    La succession des modes architecturales s’affiche ici au fil des rues .

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Surnommé « le gratte-ciel n°1« , « la tour Croulebarbe » ou « la tour Albert » (E. Albert+ Boileau & Labourdette Arch. et JL Sarf Ing.1960), ce bâtiment de 23 étages, 65 m de hauteur, et 120 appartements, a symbolisé le renouveau urbanistique et architectural radical de Paris durant les années 60. C’est aussi le triomphe de l’affirmation de la structure sur le décor, l’habillage ou l’ornement.

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Une opération d’urbanisme ayant pour objectif d’organiser le quartier autour de l’espace vert du square René Le Gall et de relier l’avenue Sœur Rosalie à la rue Croulebarbe séparées par un fort dénivelé est à l’origine de cette tour.

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Deux autres tours réalisées rue Corvisart (1961) et boulevard Arago (1969) compléteront ce plan d’urbanisme conçu par l’architecte-voyer Adrien Brelet au cours des années 50.

Les grilles de clôture vertes visibles le long de la rue Abel Hovelacque correspondent au niveau de la terrasse couverte de la tour Croulebarbe. Le plan masse initial de la tour la reliait directement à l’avenue Sœur Rosalie et formait un cheminement piétons qui aurait permis la mise en scène du monumental Mobilier National situé en contrebas, rue Croulebarbe. Cette disposition fut abandonnée à la suite du refus de la RATP d’accepter une passerelle de liaison surplomber ses bâtiments-entrepôts.

Nous reviendrons plus loin vers cette tour. En descendant la rue des Reculettes pour aboutir rue Croulebarbe, d’autres bâtiments retiennent notre attention comme la façade des ateliers de l’École Supérieure des Arts Graphiques ( École Estienne fondée en 1896), avec un bas relief de P. Traverse (1941).

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L’ensemble de logements OPHLM ( A. Brelet et A. Le Donné Arch.1954-1957) est réalisé en préfabrication lourde sur une parcelle en pente, entre le boulevard Blanqui et la rue Croulebarbe, selon les principes constructifs des frères Perret (A. Brelet a été très impliqué dans les projets d’Auguste Perret au Havre). Pour cette réalisation le module préfabriqué en béton incluant en fond de moule des carreaux de grès cérame rouge est le seul élément de composition.

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A l’angle de la rue Croulebarbe un ensemble HBM des années 20.

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Dans la rue Croulebarbe ( dont le nom est mentionné dès 1214 pour un moulin le long de la Bièvre), le « cabaret de Madame Grégoire », actuelle auberge Etchegory,  a accueilli Hugo, Lamartine, Chateaubriand, et La Fayette.

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Revenons maintenant à l’autre façade de la tour d’Albert au n°33 de la rue Croulebarbe.

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Selon le concept initial, le cheminement piéton de la Place d’Italie vers la terrasse belvédère aurait permis une meilleure liaison avec le quartier, la mise en scène du monumental Mobilier National et un point de vue à 360° sur Paris. Ce dispositif qui faisait de la façade rue Croulebarbe la façade arrière, a été renversé à la suite du refus de la RATP de réaliser une passerelle: ce n’est plus le Mobilier National qui est l’objet majeur d’intérêt mais la tour. Quant à la terrasse panoramique du 6éme étage ( fresque de Jacques Lagrange*) elle n’est utilisée qu’occasionnellement lors des Fêtes de la Musique et exclusivement par les habitants de la tour.

* Jacques Lagrange est l’auteur d’une œuvre multiple. Il a notamment participé à la décoration du pavillon de l’Électricité en 1937 auprès de Dufy qui l’initie à l’art mural. Peintre de la Nouvelle École de Paris il rejoint ensuite Jean Lurçat à Aubusson dès 1945 et participe à la renaissance de la tapisserie. Co-scénariste avec Jacques Tati du film « Mon oncle » (1958) pour lequel il a conçu la fameuse maison moderniste. E. Albert l’appellera de 1965 à 1972 pour réaliser les décors aux sols du campus universitaire de Jussieu (24.000m2).

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La volonté urbaine de respecter une distance de 72 m entre la tour et le bâtiment du Mobilier National  lui faisant face correspond à la hauteur de la tour coté rue Croulebarbe. Le bâtiment latéral en R+5 correspond au niveau de la terrasse sous la tour ainsi qu’a l’échelle des bâtiments voisins, la tour s’implante en fond d’ilot. Cet assemblage des volumes permet d’alléger l’impact visuel dans le tissu urbain.

Pour cette commande des promoteurs Josefson & Sullitzer, E. Albert a utilisé le principe constructif développé en 1955 pour l’ immeuble de la rue Jouffroy à Paris qu’il reprendra pour le campus de Jussieu. La structure porteuse est en tubes d’acier creux assemblés sur site puis remplis de béton avec contreventements en croix de Saint-André, les dalles de plancher sont en béton. Les façades sont constituées de panneaux de remplissage en acier inox nervuré et d’alléges vitrées.

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Chaque étage dessert 6 appartements dont 4 situés aux angles, deux seulement sont mono-orientation. A l’intérieur des appartements les poteaux métalliques et les croix de Saint-André restent visibles et offrent aux occupants un plan libre.

Lors de sa construction la réglementation pour les Immeubles de Grande Hauteur n’était pas encore établie, cette tour est donc atypique vis à vis de la réglementation incendie. Son classement à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1994 permet aux propriétaires une aide de l’État pour les mises en conformité.

Le manque de place de parkings de cette tour demeure manifeste puisque pour ces 120 logements 18 ont été prévus en extérieur et 30 en rez de chaussée.

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Le Garde-meuble National ( A Perret Arch. et entrepreneur 1933-1936) est implanté face à la tour Croulebarbe.

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Pour l’exposition de 1937, les frères Perret avaient proposé un plan d’urbanisme incluant la création d’un grand axe entre la porte Dauphine et la place d’Italie mais leur proposition  s’est soldée par un échec. En dédommagement de leurs étude ils ont obtenu le projet du transfert du Garde Meuble National implanté Quai Branly depuis 1854  vers la Manufacture des Gobelins pour libérer les terrains de l’exposition.                                                        Le terrain est situé à l’emplacement des anciens potagers cultivés par les artisans lissiers  des Gobelins sur « l’île aux singes », formée par les 2 bras de la Bièvre correspondant aux limites du square René Le Gall, plus précisément ou il s’incurve pour suivre la courbe de la rue Berbier du Mets.                                                                                                         Les études de fondations ont été complexes en raison du sol argileux et de l’ancien lit de la Bièvre. Le bâtiment est construit comme un gigantesque navire dont le niveau bas correspond à la rue Berbier du Mets en dénivelé de 4 m par rapport à la rue Croulebarbe.

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La grande diversité des fonctions prévus dans la programmation aurait pu aboutir à une multiplicité de sous-ensembles dans différents bâtiments. Mais le jeu de trames géométriques et de sous trames d’ossature très élaboré a permis d’intégrer ces différentes fonctions avec rationalité.  Le « classicisme structurel », plein de monumentalité, est ici en phase avec les besoins de représentation de la fin des années 30.

 

 » Le béton se suffit à lui-même. Le béton c’est de la pierre que nous fabriquons, bien plus belle et plus noble que la pierre naturelle. On peut la travailler au marteau ou à la boucharde, on la cisaille, on la laye avec tous les instruments qui servent à aviver la pierre »; ces affirmations des frères Perret dans les années 30 laissent songeur compte tenu de la régression constatée dans l’aspect des bétons apparents des chantiers de bâtiments.

Sur la droite les constructions de la rue Berbier du Mets face au Mobilier National sont implantées le long de l’ancien lit de la Bièvre ( matérialisé par des clous en laiton sur le trottoir) .

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La Bièvre prend sa source à Saint Quentin en Yvelines, pour pénétrer dans Paris à la poterne des Peupliers. Au fil du temps, son cours et son embouchure ont variés, au XVe siècle on considérait que l’éclat des coloris écarlates obtenus par la famille Gobelin, teinturiers venus des Flandres, venait pour une part des racines des aulnes bordant la rivière. Cette propriété, probablement erronée, favorisa l’installation de tanneries, de mégisseries, de moulins à papier qui obligea à dédoubler la rivière entre la Poterne des Peupliers et la rue Mouffetard pour satisfaire les différentes corporations.                          Son utilisation intensive et l’importance des rejets obligea à la couvrir à partir de la rue Geoffroy Saint Hilaire en 1828 pour des raisons d’hygiène publique. Sa couverture fut réalisée rue Berbier du Mets en 1906 puis totalement en 1910. Depuis elle est transformée en égout. Deux photos en donnent une vision à la fin XIXe.

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Rue Berbier du Mets, après avoir passé la rue Gustave Geffroy, les constructions à usage d’ateliers datent de la fin du XVIIe.

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Elles jouxtent une construction du milieu du XVIIe siècle affectée à l’exploitation d’une huilerie. Au delà des bâtiments annexes du début du XXe ont été démolis pour laisser place à un petit ensemble d’habitations réalisé en 2001dont les clins en bois rappellent la présence à cet emplacement de séchoirs pour les mégisseries.

 

Dans le quartier, une centaine d’artistes se sont regroupés dans l’association « Lézarts de la Bièvre » et ouvrent leurs ateliers le deuxième week-end de Juin.

Plus loin à droite on remonte la rue des Gobelins, aux n°17-19 deux bâtiments construits vers 1500 parmi les plus anciens de Paris. Le n°19 était au XIXe l’atelier d’un apprêteur de draps et le n°17 abritait une tannerie après avoir été occupé par l’administration royale de tapis de la manufacture des Gobelins.

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Immédiatement après le n°17 le pignon Nord et la tour poivrière du « château de la Reine Blanche » apparaissent.  Le nom de « Reine Blanche » désignait autrefois la couleur de deuil portée par les reines.

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S’agirait-il de Blanche de Castille, épouse de Saint-Louis, de sa fille ou de Blanche de Bourgogne, femme de Charles IV ? elle aurait fait construire un petit hôtel vers 1300 disparu au XVIe. Beaucoup d’hypothèses ont été avancées, ce mythe semble avoir a été développé par les historiens de l’époque romantique, mais aucune confirmation historique n’a été faite. Une certitude, ce bâtiment est le plus ancien du 13e arrondissement.

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Il est aussi certain que les Gobelin avaient à cet emplacement des ateliers pour la teinture et cet ensemble a été classé Monument Historique.                                                 L’entrée de cet ilot dénommé « de la Reine Blanche » est maintenant situé à l’Est plus haut à partir de la rue Gustave Geoffroy percée en 1906.                                                            Deux visites annuelles sont possibles notamment lors des « Journées du Patrimoine ».          Les corps de bâtiments les plus anciens desservis par deux escaliers à vis datent de la Renaissance ( fenêtres à meneaux) entre 1500 et 1535.

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L’importante rénovation privée ( Hertenberger & Vitry Arch. 2000-2002) a permis de recréer la disposition des cours et bâtiments telle qu’elle existait au XVIIe siècle et  réhabiliter cette demeure en appartements. L’édifice principal est un ancien corps de logis à tourelles construit au début du XVIe par la famille Gobelin. D’autres teinturiers puis des tapissiers flamands appelés et protégés par Henri IV leur succéderont dans le quartier.    En 1662 Colbert décide d’y regrouper plusieurs ateliers de tapisserie parisienne.              Au fil des siècles et à la suite des successions ventes et partages, l’îlot initial était morcelé et sa destination était devenue industrielle autour des tanneries et mégisseries longeant la Bièvre.                                                                                                                                 Un extrait de l’acte de vente de 1739 des Consorts de Vitry au profit d’Antoine-Guillaume Moinery fournit quelques précisions sur les lieux:  » Une grande maison et lieux en dépendant sise rue de Bièvre ou Gobelin, faubourg Saint-Marcel, servant à une manufacture de teinture, consistant lesdits lieux en un grand et long passage à porte cochère conduisant à une grande cour dans laquelle il y a un grand bâtiment à main gauche composé au rez de chaussée d’un vestibule, salle, cabinet, cuisine et de plusieurs autres pièces de plain-pied, deux étages de chambres avec un grand grenier au dessus couvert de tuiles,caves ayant leur entrée en descente par la cuisine, escalier en tourelle, une galerie soutenue par des arcades de pierre de taille, petit grenier au dessus; plus dans ladite cour est à main droite en entrant un petit corps de logis composé d’un rez de chaussée, d’un premier étage et de grands greniers au dessus, escalier dans œuvre, cave au dessous, petite galerie ou passage pour communiquer du grand bâtiment au petit corps de logis, deux boutiques ou manufactures de teinture, l’une grande dans laquelle sont quatre chaudières chacune avec son fourneau et deux citernes dont l’une a son bac; l’autre boutique plus petite à trois chaudières chacune aussi avec son fourneau, guèdre au bout à droite de ladite grande boutique, quai de planches sur la rivière de Bièvre soutenu de piliers ou poteaux de bois,jardin derrière ledit grand bâtiment ou est un puits mitoyen, petit bâtiment en arcades au bout dudit jardin, basse-cour,écurie et remise près l’entrée de ladite maison et régnant le long de la rue Gobelin ».

La cour d’honneur (début XVIIe) est accessible par une porte charretière à encorbellement en pignon Nord, la coursive à l’étage permettait probablement une surveillance et un contrôle du travail des ouvriers dans la cour intérieure.

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La cour d’honneur intérieure et son aile principale à l’Ouest « grand corps de logis à tourelles » est desservi par deux escaliers à vis.

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Une photo atteste de son état avant réhabilitation dans les années 80.

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La construction des arcades et de l’escalier à vis remonte au début du XVIIe l’ensemble a probablement été consacré très tôt aux activités de teinturerie, de tissage, de tannerie, qui se sont développées dans le quartier grâce à la présence de la Bièvre.

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Vue d’ensemble de la tour, des arcades orientés vers le Nord et des bâtiments construits en 1999-2001 reprenant les clins en bois des séchoirs de mégisseries ou de moulins à papier.

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Derrière ces arcades, une autre cour au centre d’une construction datant du XVII qui est  probablement une huilerie avec une façade Est rue Gustave Geoffroy ( ci-dessous) et une autre coté rue Berbier du Mets.

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Les nouveaux bâtiments donnent sur la cour d’honneur et sur la rue Berbier du Mets suite à la démolition des bâtiments parasites construits fin XIXe.

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Le choix et la mise en œuvre des matériaux a fait l’objet de recherches attentives pour les nouveaux bâtiments.

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La balade se termine au carrefour des Gobelins ou « Le canon des Gobelins » rappelle la journée du 18 mars 1871 durant laquelle les troupes de Thiers tentent de s’emparer des 171 canons de la Garde nationale et investissent Paris. Le canon des Gobelins sonna l’appel à l’émeute dans ce quartier. La commune de Paris sera proclamée le 28 mars.

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Paris, la Butte aux Cailles et ses environs.

L’urbanisme des trente glorieuses a probablement favorisé la redécouverte de l’espace de la rue et de la poésie des lieux. En se promenant dans ce quartier de la butte aux Cailles, la nostalgie d’un mode de vie plus lent peut apparaitre, on peut aussi considérer que la proximité de l’avenue d’Italie, avec son urbanisme de tours sur la dalle du centre commercial enrichit la coexistence de deux visions non pas antagonistes mais complémentaires .

Cette balade débute boulevard Auguste Blanqui à la sortie du métro Corvisart.

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En longeant le métro qui devient aérien on aperçoit sur le coté Sud des HBM des années 30, sur le coté Nord il ne reste plus que deux maisons individuelles entre des immeubles récents. A cet emplacement se trouvait « la Folie Lepreste de Neubourg », construite en 1792 dans un style italien archaïque. Abandonnée à la Révolution cette maison devient une blanchisserie des Hôpitaux de Paris ( la Bièvre y coule au fond du jardin avant de former plus loin une ile  en contrebas de la Manufacture des Gobelins). Cette « folie » est en ruine lorsque vers 1885 Auguste Rodin y installa son atelier ou il retrouvera Camille Claudel, elle ne sera détruite qu’en 1909 et le terrain sera loti pour recevoir des maisons individuelles dont le nombre se réduit au profit de petits immeubles.

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On emprunte ensuite à gauche la rue Vergniaud qui longe le « mail de Bièvre » urbanisé dans les années 60. Face à la pointe avec la rue Wurtz et son temple antoiniste construit en 1913, on monte à gauche la rue Daviel sur le contrefort de la butte.

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Ce n’est qu’une butte de 60 mètres de haut ou étaient implantés autrefois des moulins à vents, et les Cailles étaient des meuniers qui ont laissé leur nom au quartier vers le XVIe siècle.

Au milieu du XIXe les photos d’Atget ne font état que de petites baraques de planches et de puits de carrières. Ce territoire qui appartenait à Gentilly a été annexé avec d’autres communes périphériques à Paris en 1860, puis peu à peu cet ancien faubourg s’est couvert de petites maisons très modestes.

Dans les années 1960 beaucoup d’habitations insalubres ont été démolies et les habitants relogés à Sarcelles. De nos jours la multiplicité de ces maisons individuelles réhabilitées a attiré d’autres couches de la population à la recherche de lieux calmes et cependant vivants grâce à la variété des lieux de rencontres comme les cafés et les restaurants autour de places piétonnes à échelle humaine.

Dans cette partie basse de la butte les lotissements sont plus récents et datent du début du XXe. C’est le cas de la cité Daviel où la société d’habitation familiale crée par l’abbé Viollet a réalisé la cité ouvrière de « la petite Alsace »(J Walter* Arch.1913). Le concept de cette cité-jardin de 40 maisons plonge ses racines dans le socialisme utopique anglo-saxon et dans l’action d’une partie du patronat. Le modèle fut propagé en France par Henri Sellier, après la première guerre mondiale les cités jardins se développèrent de façon concertée en périphérie des villes. Ici il s’agit d’une réalisation modeste par sa taille offrant un cadre d’habitat calme autour de la cour intérieure à la façon d’un « béguinage flamand ». L’architecture est assez caractéristique de la recherche d’une architecture « régionale » par opposition aux tendances nouvelles de l’architecture moderne du début du XXe siècle.                                                                                                                           * A cette œuvre de jeunesse réalisée à 30 ans, il faut ajouter que J Walter réalisera avec brio en 1931 du résidentiel de luxe ( immeubles boulevard Suchet à la porte de la Muette) puis de la construction hospitalière en 1935 avec l’hôpital Beaujon ( le premier hôpital-bloc réalisé en Europe sur un concept américain), puis la cité hospitalière de Lille.

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Face à la villa Daviel, l’impasse Daviel présente un alignement de maisons individuelles sur deux niveaux en briques silico-calcaires parfois peintes avec un jardinet .

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En haut de la rue Daviel on tourne à gauche dans la rue Barrault. Au n° 22 l’accès vers « La petite Russie », ensemble de petits pavillons peints en blanc entourés d’une terrasse commune et surplombant « La petite Alsace ». Plus loin un détour dans le passage Sigaud avec ses vieux pavés dont les constructions basses viennent buter contre des réalisations récentes plus hautes.

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On redescend ensuite par la rue Alphand face à un autre projet urbain, celui des HBM construits en 1935 à l’angle de la rue Barrault et du boulevard Blanqui, ses cours intérieures ses différents redans et ses jardins permettent de composer avec la forte déclivité du site.

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Avant d’arriver au boulevard Blanqui on remonte à nouveau, cette fois dans le passage Barrault qui aboutit rue des Cinq Diamants.

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La rue des Cinq Diamants débute place de la Commune de Paris et aboutit boulevard Auguste Blanqui. Au n°46 le siège des « Amis de la Commune de Paris », organisation du mouvement ouvrier français crée en 1882. Cette implantation ne doit rien au hasard puisque le quartier de la Butte aux Cailles joua un rôle stratégique à la fin de la Commune en 1871 lorsque les pièces d’artilleries installées au sommet de la butte permirent de ralentir les troupes versaillaises entrées dans Paris, pour faciliter la fuite des communards vers la rive droite de la Seine.

 

La cour du n°40 est assez typique des ateliers d’artisans ou de petits industriels qu’on trouvait dans le quartier jusque dans les années 60. Ici le tissu urbain a longtemps été composite et il garde encore les traces de son état antérieur.

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Certaines devantures de restaurants ou de boutiques ont elles aussi gardé leur « jus » début du XXe .

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Plus loin sur la gauche à l’angle avec la rue Jonas le café « Chez Gladines » cœur de la convivialité dans cette partie de la rue proche du jardin Eugène Atget.

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A ce croisement de rues on se retrouve brutalement face à un long immeuble de 15 étages des années 70 d’une grande pauvreté formelle et faisant abstraction de la topographie. Il suit la courbe du boulevard Blanqui et masque désormais le panorama de la butte vers le Panthéon. Un escalier permet en passant sous cet ensemble de rejoindre le métro (station Corvisart).

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La remontée du boulevard Blanqui en direction de la Place d’Italie s’effectue jusqu’à la rue du Moulin des prés.

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Au n°1: la maison ou Auguste Blanqui mourut en 1881.

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En remontant la rue du Moulin des prés vers la place Paul Verlaine le passage du Moulin des Prés nous rappelle les différences d’échelles du tissu urbain environnant. Ici la rue Bobillot et la vision des tours de l’avenue d’Italie ( A.Ascher, M Holley, G.Brown-Sarda, D.Mikol Arch.1970-1977).

P1170361 Le « street art » est très présent tout au long de ce parcours sur les murs du quartier ( ici Ph Baudeloque ). P1170364

« Les tours ne sont plus maintenant des monuments exceptionnels, mais des objets de production courante, bientôt de série, et c’est plus particulièrement celles-ci qui vont créer le nouveau cadre urbain » Michel Holley 1971.

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La place Paul Verlaine est sur un plan carré traversé en diagonale par la rue Bobillot, sur un des cotés on découvre la piscine de la butte aux Cailles ( L Bonnier Arch, entreprise Hennebique1924). Cette implantation est directement liée au puits artésien dont le forage commencé en 1863 sous Haussmann dans le but d’augmenter le débit de la Bièvre, a été arrêté puis repris et terminé à la fin du XIXe à 600 m sous terre.                                   Compte tenu de la durée des travaux la mise en service de ce puits en 1903 n’offrait plus aucun avantage aux habitants par rapport à la distribution d’eau intervenue entre temps dans le quartier. Une solution fut développée pour utiliser les 6000 m3 quotidiens fournis par ce puits d’abord avec la création d’un bains-douches puis avec cet « établissement balnéaire » alimenté par une eau à 28° légèrement sulfureuse en phase avec les préoccupations hygiénistes de l’époque.                                                                            L Bonnier architecte-voyer de la ville s’était insurgé contre les abus d’une réglementation (déjà à cette époque…) « qui interdisait toute décoration des façades et menaçait de transformer Paris en une sorte de ville caserne », un décret de 1902 qu’il avait largement inspiré a « favorisé les tendances au pittoresque qui ont été brimées après un long régime de régularisation obligatoire ».

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Cet ouvrage fait actuellement l’objet d’une rénovation. La façade sur la place en brique est caractéristique du style Art Nouveau, à l’intérieur la décoration est sobre, carrelée de céramique blanche en phase avec la politique hygiéniste de cette époque en France qui ne comptait que 3 piscines publiques et 2 piscines privées à Paris. L’éclairage naturel est assuré par des coupoles de béton armé ajourées de dalles de verre, le motif de l’arc de cercle en façade est repris dans la structure et les voutes au dessus du bassin principal.

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La fontaine sur la place permet aux habitants de retirer une eau de qualité puisée dans les sables de l’Albien à l’abri des pollutions modernes. A proximité le buste du sergent Bobillot, figure héroïque du siège de Tuyen Quang ( Haut Tonkin) 1885.

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En longeant le square Henri Rousselle on emprunte ensuite la rue de la Butte aux Cailles , autre lieu de convivialité du quartier, avec ses restaurants se prolongeant le long des trottoirs.

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A l’angle avec la rue Samson le restaurant de la société coopérative ouvrière de production « Le temps des cerises« , en référence à la chanson de Jean-Baptiste Clément rendue célèbre par les survivants de la Commune, est situé dans un ensemble HBM des années 1930 .

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Descendons un peu dans le passage Boiton pour découvrir à l’abri de la rue et des regards d’autres maisons individuelles en cœur d’ilot.

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Un autre hommage de Ph Baudeloque à Moebius.

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En revenant dans la rue de la Butte aux Cailles on rejoint l’extrémité de la rue des Cinq Diamants sur la place de la Commune de Paris. A coté d’autres restaurants tels que « Le merle moqueur« , et « La folie en tête » dont les références sont explicites , le bistro  » le village de la butte » est un pivot de la vie de ce quartier militant.

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Sur la place de la Commune de Paris, lieu de fêtes nocturnes, on redescend ensuite vers la rue de l’Espérance. C’est dans ce secteur qu’ Haussmann envisagea en 1865 d’implanter une église monumentale au sommet de la butte.                                           Plus bas un bâtiment récent dont la typologie avec cour ouverte coté rue est assez rare  à Paris, malheureusement le foisonnement des détails est coupé du contexte  .

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A proximité: les rues Buot et Michal aboutissent contre l’abside de l’église Ste Marie de la Maison Blanche. Elles sont bordées de chaque coté par des maisons individuelles et quelques ateliers d’artistes.

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La rue Michal débouche plus loin dans la rue Barrault, au n° 42 l’école Telecom Paris Tech ( M Chappey Arch.1962), jouxte l’immeuble de la poste de la rue de Tolbiac. M Chappey s’est intéressé à toutes les disciplines des Beaux-Arts mais ici le bas relief apparait comme anachronique et « décalé » sur ce bâtiment moderne. La surélévation provisoire de ce bâtiment devrait disparaitre pour 2017 compte tenu du transfert de l’école sur le plateau de Saclay.

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Après avoir traversé la rue de Tolbiac pour prendre la rue Guyton de Morveau, deux constructions des années 1910 attirent l’attention. Au n°29 (F Gombeau Arch.) dont le traitement des deux derniers étages permet de voir un autre exemple du pittoresque réglementaire de 1902 qui a fait imploser les règlements urbains haussmanniens devenus au fil du temps générateurs de monotonie et d’uniformité.

P1170412 Plus loin un immeuble revêtu de céramiques vernissées avec une frise végétale sculptée exprime une autre vision plus proche de l’Art nouveau. P1170415

Le parcours continue en tournant à droite rue Bobillot jusqu’à la rue de la Colonie.           Au n° 72 : un immeuble HBM de 64 logements à cour ouverte (G Vaudoyer Arch.1911).  L’ensemble était à l’origine complété en rez de chaussée par différents équipements communs: bains-douches avec baignoires pour enfants, lavoir et séchoirs, local voitures d’enfants ainsi que par 40 jardins ouvriers de 50 m2 chacun, disparus dans les années 60.

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Les deux bâtiments sur rue sont reliés par le porche d’entrée avec deux ailes en retour.La simple polychromie des briques sert d’ornement à la façade.

A l’arrière  deux pavillons  viennent refermer la cour intérieure; cette dernière laisse des espaces libres et utiles pour irriguer d’air et de lumière de cet ensemble qui est un des derniers HBM philanthropiques construit à l’initiative de la fondation Singer de Polignac.

Initialement es appartements étaient destinés à recevoir des familles nombreuses, et les appartements de 2 ou 3 pièces ont de « petites chambres »pour les enfants.

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Juste avant la place de l’abbé Henocque ( ancienne place des Peupliers) un trop rare exemple de jardin vertical parisien.

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Autour de la place de l’abée Henocque on découvre dans cet ancien quartier des Peupliers différentes expérimentations urbaines: lotissements ouvriers construits entre 1908 et 1921 et HBM des années 30 qui insufflent un autre esprit « village ».                    Les trois lotissements autour de cette place résultent d’une action commune d’associations philanthropiques ou patronales mais aussi de lotisseurs privés.              Dans ce quartier longeant la Bièvre la ville a ouvert différentes rues entre 1876 et 1894  puis à la suite des premières interventions de l’État pour soutenir les sociétés d’habitation bon marché ( loi Siegfried) elle a cédé les terrains entre 1909 et 1911 pour un faible prix  à « la Fraternelle des employés des chemins de fer ». L’objectif était double: minimiser les révoltes ouvrières de cette population a tendance révolutionnaire et améliorer l’hygiène et la salubrité de ces bords de Bièvre pollués par les rejets chimiques en amont.              Cette cession s’est réalisée sous condition de revendre les futures maisons à ces mêmes employés. D’autres opérations dans ce secteur ont été plus spéculatives sur des terrains implantés au dessus de carrières.

La rue du Docteur Leray qui part de la place de l’abbé Henocque, ne comporte qu’assez peu d’aménagements individuels en façade sur rue, à l’origine chaque maison a été  équipée d’une « remise à auto ».

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Rue de l’interne Loeb, sur une place en demi-lune les bâtiments d’angle participent à la mise en scène d’une échelle « village »avec des aspects régionalistes mais sans continuité au delà de cette place. Au loin la tour Super-Italie 121 ( M Novarina Arch 1970 ).

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La rue Dieulafoy ouverte en 1912 (H Trésal Arch.1921) a été l’œuvre de spéculateurs qui la destinait à une clientèle plus bourgeoise que celle des cheminots ( 44 maisons), elle n’offre à ce jour qu’une tentative très ponctuelle de coloration des enduits . Ce modèle de maison sera reproduit dans d’autres petits lotissements jusqu’à la Porte de Gentilly.

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L’ilot Rousselle a été réalisé en 1911 par une société privée (« La petite chaumière ») sur les terrains achetés en 1909 et divisés en 30 parcelles. Seules les 8 maisons le long de la rue Henri Pape sont identiques, les autres ont été réalisées selon les individualités des propriétaires.

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Le lotissement sur une parcelle triangulaire de 32 parcelles de 120m2 délimité par les rues des Peupliers, H Pape et du Moulin des Près est le premier construit en 1908 (Lambert Arch.) pour les meilleurs employés des chemins de fer. A l’angle la maison atypique était destinée à un contremaitre. Ce projet a utilisé des planchers en béton armé, les toitures terrasses initiales ont été modifiées ultérieurement en raison de problèmes d’étanchéité par des combles plus traditionnels. Ce modèle sera repris près de la gare Paris-Lyon, entre les rues de Bercy et de Pommard, là aussi pour « la fraternelle des employés du chemin de fer ».

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La pointe de la rue Moulin des prés et rue des Peupliers face à d’autres HBM des années 1930.

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En retraversant la rue de Tolbiac vers la Butte aux Cailles le passage du Moulinet transformé en passage piétonnier rassemble lui aussi plusieurs maisons individuelles sur les contreforts de la butte, au n° 6 la maison contemporaine revendique clairement sa personnalité par sa volumétrie et les matériaux ( P Katz Arch.2007).

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Le jardin de la montgolfière dans la rue du Moulinet commémore le lieu ou a atterrit le 21 Novembre 1783 la montgolfière de Pilâtre de Rozier et du marquis d’Arlandes, entre 2 moulins de la butte.                                                                                                          Ce premier vol humain de l’Histoire réalisé entre le château de la Muette et la Butte aux Cailles sur une distance de 9km dura 25 minutes.

On remonte enfin la rue du Moulin des prés vers la place P Verlaine, un mur de soutènement atteste une nouvelle fois l’importance des travaux d’adaptations réalisés à la suite des percements des voies nouvelles fin XIXe dans ce quartier.

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Paris, balade architecturale du boulevard Blanqui à la Porte de Gentilly.

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Le sud du 13é arrondissement a fait l’objet d’opérations d’urbanisme depuis plus de 30 ans dont certaines sont encore en cours. L’objectif de cette balade est de visualiser les multiples modifications du tissu urbain, relever les différentes périodes d’urbanisation et les … Lire la suite

Paris, balade architecturale autour du quartier Seine Rive Gauche.

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