Paris 17e et 16e arrondissements de la place Saint-Ferdinand au Trocadéro.

Cette balade commence pour marquer le cent-dixième anniversaire de la mort de Léon Serpollet en 1907, devant la sculpture de pierre blanche que lui a consacré Jean Boucher située au centre de la place Saint-Ferdinand, entre l’avenue des Ternes et l’avenue de la Grande Armée dans un quartier longtemps dédié à l’automobile.

Petit rappel: le 17 Avril 1891 L.Serpollet obtint un permis de circulation dans Paris à condition de rouler à moins de 16 km/h, tout rapprochement avec le temps présent n’est donc pas fortuit!. La sculpture le représente debout entouré d’admirateurs dans sa voiture à vapeur franco-américaine Gardner-Serpollet  appelée « l’Oeuf de Pâques », avec laquelle il améliora le record de vitesse détenu précédemment par une voiture électrique en réalisant 120 km/h à Nice sur la promenade des Anglais en 1902.

C’est évidemment à pieds que cette balade se poursuit en traversant l’avenue de la Grande Armée puis la rue Pergolèse qui présente quelques voies privées protégées par des grilles. Une fois arrivés Avenue Foch qui fut réalisée entre 1850 et 1870, on descend l’avenue  jusqu’à la station de métro Porte Dauphine pour y admirer les détails de la bouche d’entrée réalisée par Hector Guimard entre 1899-1902.

C’est à la suite d’un concours architectural jugé infructueux en raison de la piètre qualité des rendus de projets que le conseil municipal confia de gré à gré à H.Guimard le dessin des pavillons d’entrée du métro. Pour ce nouveau mobilier urbain ou tout était à inventer Guimard crée une esthétique en s’inspirant du monde végétal .

Cette réalisation minimale utilise la fonte et le verre translucide d’une façon constructive rationnelle y compris dans l’écoulement des eaux de pluie. La charpente métallique portant la verrière du toit s’inspire d’un squelette animal.

On traverse rapidement l’avenue Foch qui sur le plan architectural ne présente pas d’intérêt particulier, pour se diriger place du Chancelier Adenauer à l’angle des rues Spontini et des Belles-Feuilles , face à l’ancien siège de la société sidérurgique Lorraine-Escaut ( J.Démaret R.Busse et J.Zimmermann Arch.1954-1956). Cette réalisation en structure métallique, exemplaire lors de son édification, fut restructurée en 1992.            Sa nouvelle façade « relookée » efface la rigueur de celle d’origine qui était sans prétention décorative .

53 rue des Belles feuilles ( R.Anger, M.Heymann,P.Puccinelli Arch.1962).                         Un contraste singulier avec la ville traditionnelle est crée ici par la recherche formelle autour de l’imbrication des  loggias et par la transition qui en découle entre monde extérieur et espace intérieur des appartements.

Plus haut, arrivée avenue Victor Hugo et angle rues Saint-Didier et des Belles Feuilles: un immeuble de logements et ateliers d’artistes avec à l’origine en rez-de-chaussée un cinéma transformé depuis en commerce (J.Charavel et M.Mélendès Archi.1930).

111 avenue Victor Hugo : « la Cité Argentine ». Dans cet axe déjà important avant 1850,  cette construction de logements bon marché en briques foncées et ossature métallique peinte de couleur claire se distingue dans cette avenue devenue résidentielle majoritairement construite en pierre (H.Sauvage et Ch. Sarazin Archi.1907 ).

Une galerie commerciale se développe de part et d’autre de l’axe d’entrée dans la cour intérieure et sur deux niveaux, elle est surmontée par une verrière assurant l’éclairage zénithal, reprenant une disposition commune aux passages couverts parisiens.

Un fois de plus il faut admirer la capacité d’Henri Sauvage à se dégager du style Art Nouveau pour se renouveler et explorer une large palette de solutions novatrices, de matériaux et de programmes comme en atteste plus de vingt projets réalisés à Paris entre 1903 et 1932 depuis l’immeuble de la rue Damrémont, l’immeuble en gradins de la rue Vavin, la piscine des Amiraux, le magasin n°3 de la Samaritaine, l’immeuble de la rue de Provence pour Majorelle, sans oublier les expérimentations ou structures utopiques comme l’immeuble Metropolis du quai de Passy.

Peu après la place Victor Hugo: 8 rue Mesnil, la caserne de pompiers ( R.Mallet-Stevens Arch.1936). Une de ses dernières réalisations.

59 avenue R. Poincaré : l’Hotel Pauilhac (Ch.Letrosne Arch. 1911) une architecture utilisant des réminiscences néo-gothique et Art Nouveau dont le caractère composite tend à se fondre dans l’environnement des styles divers et variés des constructions réalisées depuis dans cette avenue.

52 avenue R.Poincaré (F .Borel Arch.2006). F.Borel revendiquait en 1997  » injecter de l’imaginaire dans les nouveaux déserts émotionnels que tendent à devenir nos villes contemporaines » , ce bâtiment d’habitations pour un promoteur privé développe dans cette zone résidentielle une recherche plastique faite de volumes fragmentés, développant une grande variété spatiale renforcée par des associations de couleurs et en créant une faille dans l’alignement pour laisser entrevoir la profondeur de l’ilot.

Plus loin à l’angle rue Saint-Didier et 40-42 avenue R.Poincaré (U.Cassan Arch.1961) le contre-exemple stylistique pour cet immeuble de bureaux en pierre qui correspondait dans l’après-guerre aux regroupements nécessaires des différents services d’administrations publiques ou de grandes sociétés.

92 avenue Kléber, à l’angle avec la rue Saint-Didier ( P.Forestier Arch.1953): dans la typologie de l’immeuble d’angle des années 50 avec ses retraits successifs regroupant bureaux et habitations dans les quatre niveaux supérieurs. Le traitement de l’angle en courbe s’oppose à celui des années 60 généralement en angle.

36 rue Greuze (H Guimard Arch.1925-1930) le dernier immeuble construit par Guimard à Paris, il dénote une grande habileté dans le jeu des volumes et le traitement des détails.

La structure porteuse est reportée à l’extérieur et le béton est coulé dans un tube de ferro-ciment chainé à la façade en briques. Ce principe constructif sera développé plus amplement pour une villa construite vers 1930 à Vaucresson développant de façon plus systématique la préfabrication.

Retour aux collages des styles à l’angle de l’avenue G.Mandel et de la rue Greuze.

Presqu’en face, au 27 av.G.Mandel (E.Vaudremer Arch.1898), un immeuble de rapport atypique en pans de bois et en retrait de l’alignement. Son esthétique pittoresque néo-normande, y compris dans ses débordements de toiture datant du premier Art Nouveau, est peut être a relier à l’aspect campagnard assez fréquent dans cette partie du village de Passy au début du XX siècle.

Angle 39 rue Scheffer et rue Louis-David (E.Herscher Arch. 1911). Le traitement ondulé des façades correspond à la seconde période de l’Art Nouveau et fait appel à l’éclectisme de la « Belle Epoque ». Le traitement de l’angle et son couronement avec une charpente se termine en forme d’ombrelle, motif largement utilisé à cette époque. L’originalité réside ici dans la souplesse du traitement de façades avec ses bow-windows et l’utilisation d’une pierre blonde avec des briques roses  .

25 avenue P.Doumer ( R.Anger, M.Heymann,P.Puccinelli Arch.1960). Une architecture qui entretien une relation étroite avec l’art cinétique. La perception qu’en a le piéton évolue avec son cheminement. Les  jeux de volumes avec les imbrications de loggias affirment une forme d’individualité des appartements par rapport à l’ensemble construit, la volumétrie est ici encore plus maitrisée que pour la rue des Belles Feuilles dans le traitement de cet immeuble d’angle.

Avant de gagner l’esplanade du Trocadéro on s’arrêtera devant le n°1 avenue P.Doumer (J.Fidler Arch.1937) modernisme des vitrages courbes mais sans bousculer la  tradition, un bon exemple de réalisation d’immeuble de luxe de l’entre-deux-guerres.

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