Balade architecturale dans le 18e autour de Montmartre.

Cette balade développe la grande variété des immeubles d’habitation parisiens autour de la colline de Montmartre. Dans les différents quartiers traversés le promeneur peut découvrir un large variété d’architectures et de détails décoratifs que de simples photos ne peuvent pas décrire dans toute leurs richesses.

Ce parcours propose des suggestions de visites, à chacun(e) d’ établir selon ses affinités son parcours idéal dans ces quartiers du tourisme devenu mondialisé. Cette situation amène à délaisser sur la colline de Montmartre les tracés balisés si convenus autour du décor trop bien léché de la Place du Tertre ou de la verrue néo-byzantine du Sacré-coeur pour rechercher en périphérie des espaces urbains aux topographies spécifiques que leurs habitants ont su rendre attachants et vivants .

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En partant du métro Barbès-Rochechouart et après avoir pris la rue de Clignancourt à l’angle avec les rues Myrha et Poulet, ce bâtiment des années 50 (architecte inconnu) d’une grande transparence, était à l’origine une imprimerie; il est devenu temporairement un lieu de restauration rapide.

En remontant la rue de Clignancourt, au n° 22-24 face à la rue Del Sarte, ce bâtiment autrefois connu sous le nom de Palais de la Nouveauté, est maintenant transformé en bureaux (G.Rives Arch.1895, sculptures de Falguière et de Dalou pour le tympan). Une vision monumentale et extravagante destinée à attirer la clientèle ce ce grand magasin.

La rue Muller qui se dirige vers le point haut de la Butte Montmartre permet de rejoindre la rue Lamark contournant au Nord et à l’Est la butte. Au n°16 : la crèche israélite de Montmartre (G.Debré Archi.1928), plan libre et poteaux en retrait du nu de la façade et des menuiseries métalliques, revêtement façade en béton de gravillons.

En descendant la rue Lamark en direction du métro Jules Joffrin, des échappées visuelles sans fin sur la droite s’offrent au regard. Les successions d’escaliers s’adaptent au plus près de la morphologie si particulière du quartier.  A l’angle des rues Eugène Sue et F.Flocon un HBM (H.Sauvage et Ch.Sarazin Archi. 1912). Dans cet immeuble de rapport le dernier étage est traité à l’angle avec une recherche de pittoresque venant adoucir les étages courants traités avec plus d’économie de moyens.

A partir de ce point, deux possibilités:

  •  contourner la Butte Montmartre par le coté Nord
  •  continuer tout droit en direction de la Porte de Clignancourt puis aller vers le métro Marcadet-Poissonniers. On retiendra la première possibilité, l’alternative sera traitée à la fin de cette balade.

En empruntant la rue Marcadet, un premier bâtiment HBM à l’angle 2-4 rue Duc (L.Besnard Arch.1922-1925) la structure en béton peinte est clairement mise en valeur par opposition au remplissage en briques. Les détails de construction mettent en valeur une décoration faite de cabochons en céramique bleue dans les étages bas alors que le dernier étage sous la corniche de couronnement de béton est revêtu de briques polychromes. Au dessus, la toiture mansardée semble s’effacer pour annoncer l’arrivée prochaine des toits terrasses de l’Esprit Nouveau.

Plus loin sur la droite rue de Trétaigne au n° 7 un autre immeuble HBM « hygiénique à bon marché » des architectes H.Sauvage et Ch.Sarazin ( 1904). Il s’agit du premier immeuble réalisé pour la Société des logements hygiéniques, fondée en 1903 dont Henri Sauvage et Charles Sarazin vont devenir les architectes quasi-exclusifs. A l’origine de cette création une analyse entamée par des philanthropes depuis les années 1870, le développement des thèses hygiénistes et le constat qu’un logement décent est le préalable incontournable à l’insertion sociale des classes laborieuses.

Cet immeuble de 29 logements a répondu à un programme ambitieux qui ne s’est pas limité à réaliser des logements mais aussi à permettre de s’instruire (université populaire, bibliothèque), de se nourrir correctement (coopérative alimentaire, restaurant hygiénique) et à développer l’hygiène ( bains douches, solarium en terrasse).

Le schéma constructif est le même que celui à l’angle de la rue Duc mais avec 20 ans d’avance, l’immeuble est dépouillé de tout ornement et sculpture fut-elle Art Nouveau. Initialement il avait été envisagé de réaliser le remplissage de la façade en briques de verre,  ce principe fut abandonné au profit des briques. Les combles mansardés du dernier étage sont des ajouts par rapport au solarium en terrasse.

Plus loin au 114 rue Marcadet et 21 rue Duc, le central téléphonique Ornano (G.Labro Archi. 1932) : appareillage des briques pour le niveau bas et ferronneries décoratives Art Déco, pilastres en briques de parement dont la verticalité est reprise en extrémité pour l’escalier de desserte des plateaux techniques.

Face à celui-ci au 127-129 : « entre-aperçu » au travers des piliers du rez de chaussée, on peut rejoindre La Maison Verte ( maison de quartier ouverte à tous)

En fond d’îlot devant un vaste espace libre intérieur, le temple de la Mission Populaire Evangélique, membre de la Fédération Protestante de France. Voute en béton mince et remplissage briques et menuiseries métalliques.

161 rue Marcadet et rue des Cottages une résidence de forte densité à l’architecture « proliférante » forme des redents successifs par rapport à l’alignement sans résultat cinétique très probant ( R.Sarger et A.Frischlander Archi.1973). Un effet de balancier par rapport à une architecture des années 60 jugée alors trop « élémentaire » et dénuée d’expression singulière, qui suscitera à son tour de nouveaux courants .

Au 256 rue Marcadet une réalisation de « logements salubres à bon marché » pour la fondation Rothschild ( H.Povensal Arch.1913-1919).

La rue Damrémont permet de rejoindre la rue Ordener.  Au n°187  la cité monumentale pour artistes « Montmartre aux artistes » (H.Résal et A.Thiers Archi.1930-1932), fut construite autour de trois bâtiments parallèles orientés Nord-Ouest / Sud-Ouest. Celui sur rue est revêtu de briques alors qu’à l’intérieur de la parcelle les façades sont traitées en enduit ciment peint en blanc. Les appartements-ateliers sont en double hauteur éclairés par de grandes baies vitrées métalliques.

La desserte verticale est assurée pour chaque immeuble par deux cages d’escaliers desservant des coursives extérieures situées à l’arrière.

Le hall d’entrée avec ses trois arches est traité de façon monumentale .

Rue Championnet puis rue Joseph de Maistre, au n°76, la crèche Joseph de Maistre (extension :RH+Architecture 2006) borde le square Carpeaux.

74 rue Joseph de Maistre, un immeuble artisanal construit vers 1900 ( architecte inconnu) structure apparente et remplissages par des panneaux façades menuisés, lumière naturelle et minimalisme de l’enveloppe, ses qualités intrinséques lui permettent encore aujourd’hui de répondre aux besoins de la cité artisanale.

Collège Coysevox 16 rue Coysevox, une opposition affirmée clairement entre bâtiment d’origine et sa surélévation (P.L Faloci Archi. 1989).

A l’angle 8-10 rue Carpeau et 136-138 rue Lamark, un immeuble d’habitation aisément identifiable aux constructions des années 50 par la disposition de ses retraits successifs et des conduits de cheminées spectaculaires (Despagne et Cie 1955-1957, architecte inconnu). Le règlement provisoire d’urbanisme parisien en vigueur à l’époque prescrivait que « la verticale du gabarit correspond à la largeur de la voie ( H=L), quant à l’oblique elle peut s’élever jusqu’au plafond dont la hauteur est fixée par le plan d’aménagement de l’ïlot »Ces sorties de cheminées réglementaires ( un conduit de fumée pour chaque cuisine et un conduit pour deux ou trois pièces) rendues monumentales par les retraits successifs disparaitront avec une circulaire administrative autorisant des gaines unitaires à raccordements individuels. La conjonction des deux contraintes, gabarit en gradins et cheminées, rend la vision des immeubles d’angle d’autant plus particulière.

 

Après avoir remonté la rue Joseph de Maistre, on emprunte la rue Caulaincourt bordée d’immeubles en pierre de taille, les échappées se succèdent vers le Nord de Paris, ici le square Caulaincourt.

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Poursuivant sur la rue Caulaincourt  jusqu’à la place Constant Pecqueur, au 85-87 deux hôtels particuliers.

Plus loin, la rue Pierre Dac permet une nouvelle échappée visuelle avec un esprit d’escaliers successifs vers la station de métro Lamark-Caulaincourt.

La montée de l’avenue Junot en direction du sommet de la butte permet de découvrir de nouveaux ateliers d’artistes, notamment au n°30-36  (A.Thiers Archi.1930).

A droite en montant l’avenue Junot: la villa Léandre et ses différents modèles de maisons individuelles.

A gauche, rue S.Dereure au n°15, un ancien atelier de soieries (P.Patout Archi. 1927)   avec de grandes baies vitrées orientées au Nord.

15 avenue Junot, la maison Tristan Tzara est l’unique réalisation en France d’ A.Loos Archi.1926. Une oeuvre en forme de manifeste avec son idée maitresse:  « Ornement et crime » * . Pour cette réalisation le terrain de 10,6m en façade et 17,6m de profondeur tout particulièrement accidenté rend la volumétrie et la distribution complexes totalement à l’opposé du plan libre, la lisibilité des fonctions intérieures n’apparait pas en façade coté avenue qui présente un collage de matériaux et reste assez énigmatique pour le promeneur .

En rez de chaussée: entrée et garage, au premier niveau un appartement, au deuxième niveau : atelier d’artiste, troisième et quatrième niveaux : chambres.

*  » J’ai libéré l’humanité de l’ornement superflu. « Ornement » ce fut autrefois le qualificatif pour dire « beau ». C’est aujourd’hui grâce au travail de toute ma vie, un qualificatif pour dire « d’une valeur inférieure ». Je sais que l’humanité m’en sera reconnaissante un jour, quand le temps épargné sera bénéfique à ceux qui jusqu’à présent étaient exclus des biens de ce monde ».( A.Loos « Ornement et crime »)

Plus haut en arrivant sur la place Marcel Aymé on aperçoit derrière un portail une allée privée qui dessert des maisons individuelles avec jardins .

Rue d’Orchampt, en descendant vers le Bateau-lavoir on retrouve là aussi d’anciens ateliers d’artistes traités de façon plus économiques.

Un peu plus bas on retrouve Le Bateau lavoir ( une ancienne manufacture de pianos divisée en ateliers d’artistes vers 1889)Picasso prit cet atelier dès 1904 ou il y exécuta les dernières toiles de la période bleue, puis de la période rose et les Demoiselles d’Avignon (1907).

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En direction de la place des Abbesses, au n°17 de la rue des Abbesses : l’église Saint-Jean-de-Montmartre ( Anatole de Baudot Archi.1894-1904, élève de Viollet-le-Duc ). Elle représente l’aboutissement des théories de cet architecte et un pas vers une architecture nouvelle, à partir de principes constructifs appliqués depuis 1890 notamment pour le théâtre de Tulle: briques et ciment armé y compris pour la charpente.

Anatole de Baudot a préféré le ciment armé ( système Cottencin) qui utilise de minces dalles renforcées par des contreforts pour les parties horizontales et des briques enfilées sur des tiges de fer pour les parties verticales. Ces deux parties sont reliées pour former un monolithe indéformable particulièrement adapté au sol de ce terrain assez instable. Le système Cottencin disparaitra vers 1914 au profit du système Hennebique qui a développé le béton armé.

L’auvent d’entrée, lui aussi en ciment armé, est revêtu de pastilles en grès flammé (A.Bigot), décoratives autant que protectrices pour ce tout nouveau matériau à l’époque.

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Les voutes constituent les couvertures de l’édifice, deux dalles de ciment armé de 7cm d’épaisseur, la dalle inférieure est recouverte d’une chape de plâtre peinte, l’autre constitue la couverture proprement dite, ente les deux dalles un intervalle de 4cm est rempli d’un mélange liège et mâchefer assurant l’isolation. Intérieurement la minceur de la structure dégage une impression de grande légèreté .

Sur le coté droit, le passage piéton permet de mieux comprendre la difficulté du terrain en pente et son utilisation maximale par la création d’un niveau inférieur à celui de l’église pour des salles d’activités paroissiales.

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Diverticule à partir de du haut de la rue Lamark en direction de la Porte de Clignancourt puis vers le métro Marcadet-Poissonniers.

Le groupe scolaire à l’angle de la rue Championnet et de la rue du Ruisseau (E.Bois Archi.1934-1950) est mis en valeur par un usage décoratif de la brique avec un maillage qui enveloppe l’ensemble des façades, un répertoire ornemental développé dans les années 20 pour les programmes à petits budgets. Ici le décor semble largement inspiré par celui de l’Institut d’Art et d’Archéologie face au jardin de l’Observatoire (P.Bigot Archi.1924-1932).

Résidence étudiante, 70 rue Championnet avec un retour boulevard d’Ornano : souplesse de la façade avec effet d’ondulation en métal.

Sur le bd. d’Ornano (ouvert par Haussmann) au n° 43, l’ ancien cinéma ORNANO 043 (M.Gridaine Archi.1933). Indépendamment des ajouts parasites en rez de chaussée un beau travail sur les horizontales des baies et des hublots façon paquebot dans le droit fil des années 30, sans oublier le graphisme de l’enseigne réalisé dans le béton formant signal urbain.

En face, 118 rue du Mont-Cenis, le siège administratif de Virgin ( R.Piano DW Archi.2000-2005).

La rue Championnet aboutit au 13 de la rue des Amiraux. A l’ angle avec la rue H.Lachapelle, l’ensemble HBM-piscine (H.Sauvage et Ch.Sarazin Archi.1922-1926 ), une suite logique de la réalisation de l’immeuble Vavin réalisé en 1912 avec la permanence d’une recherche d’ensoleillement maximum (deux heures supplémentaires pour les logements en rez de chaussée) rendu possible grâce aux terrasses en retrait inspirées des sanatoriums du début du XXe siècle.

A l’origine, l’implantation d’un cinéma fut imaginée au centre de l’ensemble, il fut remplacé  par une piscine publique surplombée d’une verrière. Structure en béton et façades revêtues de carreaux céramiques brillants identiques à ceux de la rue Vavin et du métro parisien (cf. les thèses hygiénistes).

Pour le Maitre d’Ouvrage à vocation sociale, cette recherche d’une ville plus « intense » aura comme incidence économique majeure une moins grande densité de logements sur la parcelle. En effet, si 78 logements ont été réalisés, une opération plus conventionnelle avec cour intérieure traditionnelle en aurait permis une cinquantaine de plus !. A cela il faut ajouter que 21 logements sont orientés plein Nord, 20 sont éclairés uniquement vers la cour intérieure.

Le plan du troisième étage permet de localiser les quatre circulations verticales qui desservent les étages d’habitations, les différents types de logements ainsi que les caves dont les circulations de dessertes longent le vide central au dessus de la verrière de la piscine.

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Une coupe sur l’ensemble permet de visualiser l’organisation spatiale autour de l’équipement public. Coté cour intérieure, seuls les logements des trois derniers niveaux comportent de petites fenêtres, les 3e et 4e étages comportent des fenêtres éclairant les circulations des caves.

A noter que cette disposition en gradins était imposée dès 1916 à New-York pour permettre une meilleure circulation d’air et une pénétration du soleil vers les niveaux inférieurs.

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Ce concept des gradins sera à nouveau développé par les mêmes architectes pour le projet d’immeuble Métropolis du quai de Passy en 1928 demeuré sans suite. Cette utopie est restée longtemps sans lendemains ce qui n’empêchera pas son classement aux Monuments Historiques en 1991.

 

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