Paris, la Cité Internationale Universitaire et ses batiments icônes.

La Cité internationale universitaire de Paris est une fondation de droit privé qui a pour but de favoriser, dans un esprit de tolérance, les échanges entre étudiants venus du monde entier. Chaque année 6 000 résidents sont accueillis, répartis dans 37 pavillons construits entre 1925 et 1969, son objectif est de réaliser un brassage des cultures.

Sa création remonte à l’après première guerre mondiale période ou la grande difficulté d’accéder aux études supérieures, compte tenu de la crise économique, s’est doublée d’une pénurie dans la construction de logements. Pour palier à ces problèmes dès 1919 A. Honnorat ministre de l’Instruction Publique, propose d’affecter les 38 hectares des anciennes fortifications à la construction de maisons pour étudiants. Il rencontre l’adhésion à ce projet du recteur de l’Académie de Paris et surtout le soutien financier d’Emile Deutsch de la Meurthe industriel fortuné du pétrole, qui décide la création de la première fondation de la Cité.

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Dans la partie Est entre l’avenue D.Weill et l’avenue Pierre de Coubertin:

La fondation Deutsch de la Meurthe

En 1922 l’architecte L. Bechmann présente le projet de la première fondation, composée de sept pavillons s’articulant autour d’un bâtiment central avec espace vert qui regroupe les services communs de cet ensemble. L’esprit est assez proche des collège anglais d’Oxford avec des liens évidents envers les modèles de cités-jardins que L. Bechmann avait préalablement construit dans le Nord.

Le programme devait respecter le cahier des charges établi pour l’ensemble de la cité: notamment la séparation entre les étudiantes et les étudiants. Une attention particulière était portée au développement  les services collectifs pour favoriser les échanges entre étudiants. Un soin a aussi été porté au dessin du mobilier et aux aménagements intérieurs. L. Bechmann livrera 326 chambres et continuera d’intervenir jusqu’en 1953 comme architecte conseil de la Cité Universitaire.

Vue d’ensemble de la fondation Deutsch de la Meurthe coté parc .

Les bâtiments sont reliés entre eux par des pergolas couvertes.

Les éléments constitutifs sont la pierre, la brique rouge, l’ardoise en toiture, les combles à pignons,les tourelles d’angle, les fenêtres à meneaux et les bow-windows

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Le bâtiment central  regroupe les lieux de rencontre et de vie collective, il utilise largement le bois pour la charpente apparente, les lambris et l’agencement des salles de réunions.

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La Maison Internationale.

En 1933, après plusieurs propositions infructueuses de L. Bechmann c’est l’architecte américain J-F. Larson qui sera finalement retenu par le commanditaire J-D Rockfeller, et proposera une vision américaine de l’architecture française classique pour la Maison Internationale. Ce bâtiment implanté face à la station RER « Cité Universitaire » est par l’ensemble des équipements publics qu’il met à disposition un point fort de la vie commune à l’intérieur de la Cité, ainsi qu’au public extérieur ( théâtres, conférences , expositions). Lors de sa construction le restaurant était équipé de mobilier réalisé par Jean Prouvé. Le théâtre a été rénové par X.Fabre, V.Speller et P.Pumain Arch.en 2004.

La  Cité rassemble des architectures diverses marquées par des styles régionalistes, traditionnels plus ou moins inspirés, mais aussi des bâtiments qui sont des icônes de l’architecture contemporaine et dont les concepts restent pertinent après les remises à niveaux techniques imposés par les normes. Les arbres et plantations permettent la plupart du temps d’atténuer des faces à faces entre régionalismes, et d’éviter les accumulations démonstratives à la façon des expos universelles.

La Maison du Mexique (J. Medellin et R.E Medellin Arch.1953).

Marqué par le mouvement moderne le bâtiment est divisé en deux ailes ( initialement division hommes et femmes), reliées par une aile intermédiaire plus basse pour regrouper les locaux collectifs. Dans la cour intérieure la réplique monumentale de la Pierre du Soleil aztèque. L’original se trouve dans le très admirable Musée National d’anthropologie de Mexico

 

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Le collège Franco-Britannique ( P. Martin et M. Vieu Arch.1937).

Dans le style britannique un peu convenu de l’avant guerre: brique rouge foncée, baies et meneaux de pierre claire, les façades sont rythmées par des pignons pour éviter l’apparence d’immeubles trop compacts. Le hall possède un plafond à caisson de style renaissance anglaise, ( M. Vieu est aussi l’architecte de la Maison des étudiants de l’Asie du Sud Est qu’il a traité dans un autre style régionaliste).

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La Maison des étudiants Suédois ( P. Clason et G.Debré Arch. 1931).

Déclinaison de la gentilhommière XVIIIe siècle avec un large toit percé d’œil de bœuf.

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La Maison de Norvège ( R Lund Arch.1934).

Tendances « rigueur et austérité », par opposition l’intérieur est traité en bois clair et lumineux, les cuisines collectives accèdent sur le balcon en pignon plein Sud.

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La Maison de l’Inde, construite en 1968 ( J.M Benjamin, H.R Laroya, G.Leclaire Arch.) les 104 chambres initiales viennent de recevoir une extension ( Lipsky+Rollet Arch.2013).

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La Maison du Brésil ( L. Costa – Le Corbusier Arch. 1959).

L. Costa après des études effectuées en Suisse et en Grande-Bretagne réalise au Brésil des ouvrages dans un style néo-colonial, à tendance traditionaliste et nationaliste qu’il rejettera plus tard. Son adhésion à l’architecture moderne se fera vers 1930. En 1952 le gouvernement brésilien dirigé par Kubitchek passe commande à Costa du projet pour la Cité. Ce dernier présente un projet qui est un clin d’œil au pavillon suisse de Le Corbusier : le bâtiment d’hébergement est distinct des espaces de vie communs et les façades reprennent le pan de verre et le mur percé de fenêtres carrées des couloirs du bâtiment suisse. Dès l’envoi de son avant-projet L. Costa indique que le projet  d’exécution et la conduite des travaux seront assurés par l’atelier de Le Corbusier pour  garantir l’interprétation fidèle du projet.

En dépit de cette précaution l’avant-projet subira toute une série de transformations et de développements ou détails qui ne laissent aucun doute quant à l’empreinte forte de l’intervention de Le Corbusier. Ces modifications importantes amèneront L. Costa à se dé-saisir de la paternité du projet.L.Costa écrivit à Le Corbusier  : « Il s’agit d’une maison faite pour Paris, sans doute, mais destinée au gouvernement brésilien et à des Brésiliens et qui, par conséquent, ne doit pas être conçue ou réalisée de manière à traduire un esprit ou une intention qu’on puisse considérer comme anti-brésilien.Nous aimons les solutions claires et naturelles, ce qui est simple et harmonieux, nous sommes sensibles à la grâce; Nous n’aimons pas ce qui est brutal, rébarbatif, compliqué. Les découpures, les formes anguleuses et agressives nous déplaisent ».

Façade  coté avenue P de Coubertin ( limite Est de la Cité Universitaire), le toit incliné correspond au logement du directeur.

Vers l’entrée en façade Est , avec à droite le pavillon du directeur .

Indépendance du rez de chaussée vis à vis du bloc d’hébergement

Ensemble des salles de réunion autour du patio /cour technique ( façade Ouest).

Hall et salon de la résidence ( plafond : dalle en béton apparent).

Le salon de la résidence.

Accès à partir du salon vers les salles de réunions.

La façade Ouest.

Photo du chantier et plan de l’étage courant hébergement ( chambres coté Est).

Plan du rez de chaussée et des différents cheminements.

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Le Pavillon Suisse est l’œuvre pleine et entière de Le Corbusier dans la Cité Internationale.

C’est en 1924 que la fédération helvétique prend la décision de construire un pavillon. Après beaucoup de débats internes au sujet de la représentation de la Suisse par un chalet, la commande formelle sans passer par un concours n’interviendra qu’en 1930. Quatre projets de Le Corbusier se suivent de 1930 à 1931. Le programme de la commande est succinct: 42 chambres d’étudiants, un réfectoire pour les petits déjeuners, un hall d’entrée, 2 chambres pour la direction et une pour le concierge. Le budget est très serré alors que la nature du terrain nécessite des fondations profondes et coûteuses. En dépit d’une surface limitée ( 6 x 2,8 m pour chaque chambre) la conception du mobilier par Charlotte Perriand et la disposition plein sud avec une paroi de verre du sol au plafond permet d’optimiser la conception.

Pour ce bâtiment Le Corbusier a mis en application les fameux « cinq points de l’architecture nouvelle » formulés en 1927: pilotis, toit terrasse, plan libre, fenêtres en longueur et façade libre. Ce bâtiment contemporain de celui de Dudok pour le collège néerlandais affiche une image résolument contemporaine si on le compare à d’autres pavillons de la Cité qui oscillent assez souvent entre régionalisme, folklore ( cf le pavillon hellénique ou celui de Cuba), voire tradition .

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Les pilotis se sont imposés de façon évidente en raison d’un sol traversé par des galeries d’anciennes carrières, il faudra réaliser des puits de fondations sur 19,50 m de hauteur pour trouver le bon sol. Au dessus du plancher du 1er étage une structure métallique en acier sur 4 niveaux est dissimulée par un habillage de briques et de dalles en pierre reconstituée et succède à la structure béton du rez de chaussée. 3 étages d’hébergements + le 4e étage réservé à l’appartement du directeur et au solarium accessible aux résidants.

Les pilotis permettent de ne pas morceler les espaces verts de la parcelle mais préservent une continuité et offrent des visions multiples .

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La façade Nord et ses fenêtres carrées éclairant les circulations d’étages.

A gauche le salon de vie commune avec vue sur le jardin.

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Le hall d’entrée est réduit, la baie vitrée courbe vers le salon/salle des petits déjeuners permet de bénéficier de l’éclairage naturel. Les points structurels apparaissent clairement. La gaine de chauffage est recouverte d’agrandissements photos. le plan est libre : les poteaux, les gaines, les parois courbes, l’escalier sont autant d’organes indépendants les uns des autres.

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Dans le salon la peinture murale de Le Corbusier de 1948 ( restauré en 2000) remplace le mural photographique de 1933 qui avait crée polémique. Le mobilier est le fruit de la collaboration entre Charlotte Perriand et Le Corbusier.

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Les circulations des hébergements sont assez spartiates , les fenêtres permettent des vues sur les jardins environnants.

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La chambre 105 demeure accessible pour les visiteurs.

la chambre 105 ouverte à la visite ( état à l'ouverture)

Les chambres sont pratiquement toutes identiques, lors de l’ouverture elles offraient avec la douche individuelle un confort rare à cette époque .

Mobilier de Charlotte  Perriand. Derrière la cloison basse :la penderie, le placard , le lavabo et son miroir faisant face au coin douche surélevé.

La chambre originale et son mobilier, à l’exception de l’allège qui était totalement vitrée , remplacée par une allège opaque en 1953 pour limiter l’ensoleillement excessif en plein Sud.

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En 1957 création par Le Corbusier de séries de banquettes avec décor émail en relation avec une nouvelle polychromie des chambres.

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La fondation Danoise ( K. Gottlob Arch. 1932).

Faisant face à la façade Nord du pavillon Suisse.Corps de bâtiment étroit et élevé le cadre blanc des fenêtres rappelle les jointures des briques.Des designers Danois de renom ont conçu le mobilier et les luminaires.

La Maison du Japon ( P. Sardou Arch. 1929).

Inspiration japonaise y compris par les espaces jardin qui l’entourent, dans le grand salon: huile sur toile de Foujita (1929).

La Maison du Cambodge ( A. Audoul Arch. 1957).

La Maison du Cambodge associe diverses influences architecturales notamment avec des éléments décoratifs inspirés du temple d’Angkor Vat. A la suite de violents affrontements politiques en 1973 la maison a été fermée , elle a ré-ouvert récemment après travaux.

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La Fondation Avicenne ( ancienne maison de l’Iran ) : C. Parent, A. Bloc, M. Foroughi, H. Ghiai Arch. 1969.

Située en bordure du périphérique et entièrement fermé sur 3 cotés, c’est un signal urbain très fort implanté sur un terrain exigu. Ce bâtiment de 100 chambres est apparu dès son ouverture comme un bâtiment expérimental: 3 portiques acier de 38 m de haut auxquels sont suspendus des caissons de 4 étages chacun formant 2 blocs d’hébergements,avec les chambres orientées à l’Est . Fermée depuis plusieurs année, une étude est en cours pour son réaménagement.

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Claude Parent présentait ainsi son projet dans Architecture d’Aujourd’hui  n°144 ( Juin-Juillet 1969) : » Une mégastructure extérieure détachée des volumes de l’habitation et une structure secondaire en suspension également mais cette fois dans le plan des façades. Un remplissage de surfaces de 3 natures différentes selon qu’il se réfère aux pignons, aux façades des chambres ou à celle de l’étage intermédiaire….structure d’acier soulignée de peinture noire, panneaux de façade en fibro-ciment, béton brut, accusent la rigueur de l’étude plastique et font jouer en l’exaltant la vie de l’escalier ».

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Coté Ouest « Seul l’escalier accroché très à l’écart du volume et bénéficiant de son ossature autonome vient rompre par sa double spirale contrastée la sévérité et l’austérité générale du bâtiment.Le dessin architectural sensible est déterminé par les vides. C’est une architecture que l’on doit lire dans sa spatialité négative, surtout au fur et à mesure de l’approche du spectateur autour de l’ouvrage. Ce vide articulé additionnel et juxtaposé reflète l’esprit de suspension de ce bâtiment ».

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En rez-de-chaussée dans un corps de bâtiment glissé sous la partie hébergement à l’emplacement  des anciens services communs de la fondation est implanté L/OBLIQUE. Cet espace de valorisation du patrimoine culturel propose une exposition photographique permanente sur l’histoire de la Cité.Il organise aussi des visites guidées au travers de trois thématiques: « architecture sans frontières », « créations artistiques », un parc écologique ». http://www.ciup.fr/oblique.

Dans sa partie Ouest la Cité Internationale Universitaire entre l’avenue D.Weill et la rue E.Faguet comprend:

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La résidence L Paye ( ancienne maison de la France d’Outre-Mer), A. Laprade Arch. 1951. Cette résidence , une des plus importante en nombre de lits, décline certains éléments utilisés dans le Musée des Colonies de la Porte Dorée.

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Les bas reliefs situés de part et d’autre du porche d’entrée (Anna Quinquaud Sculpteur) semblent maintenant terriblement figés dans leur vison de l’Afrique, comme d’ailleurs beaucoup de bas reliefs « décorant » les bâtiments officiels.

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Le pavillon hellénique ( N. Zahos arch.1932), pour lequel Le Corbusier aura ce jugement tranché et pertinent :  » vague Parthénon des grecs modernes, cette espèce d’arche de Noé qu’est le pavillon hellénique ».

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La Fondation Rosa Abreu de Grancher ( ancienne maison de Cuba – A. Laprade Arch.1933). Ici la façade en pierre de taille est un placage sur la structure en béton armé qui aboutit à une architecture « régionaliste  » inspiré du baroque espagnol.

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La Maison des Provinces de France (A.Gueritte Arch.1933).

Destiné initialement aux étudiants d’origine alsacienne redevenus français en 1918.Tendance tradition par l’architecte en chef du château de Versailles qui a rassuré les premiers donateurs Murry Guggenheim et un citoyen anonyme de Mulhouse.

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La Maison des Étudiants de l’Asie du Sud-Est ( P. Martin et M. Vieu Arch. 1930). Construction financée par un industriel français en Indochine, son style est en phase avec l’époque et la vision d’un empire multiculturel. L’intérieur offre un décor conçu sur le motif de la cour impériale de Hué.

99 maison des étudiants de l'asie du S-E (P Martin et M Vieu Arch.).

Le collège néerlandais (W. Dudok arch.1938), une des icônes majeures de la Cité. Implanté à l’angle du boulevard Jourdan et de la rue V Faguet il constitue un signal fort qui marque le début de la Cité en venant de la Porte d’Orléans. Tout décor accessoire a été exclu des façades dont les détails sont très étudiés, le jeu des volumétries renforce la présence et la rigueur de l’ensemble.L’écriture de Dudok rend compte des influences du mouvement De Stijl et de l’Ecole d’Amsterdam.

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L’auvent d’entrée sur le boulevard Jourdan face au pavillon Arménien.

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Façade Sud-Est et sa terrasse panoramique au 2e niveau. Les volumes épurés s’organisent autour d’un patio intérieur sur lequel s’ouvrent les espaces communs.

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La restauration en cours d’achèvement (début 2016) a été réalisée à l’identique pour les menuiseries extérieures et la polychromie d’origine. Intérieurement toutes les chambres ont été équipées de toilettes douches individuelles.

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Les autres principales réalisation de Dudok : hôtels de ville d’Hilversum, de Leiden, cimetière d’Hilversum, grands magasins à Rotterdam, écoles. De façon quasi constante chacune des façades de ses réalisations montre un aspect nouveau et inattendu , et chacun de ces aspects constitue un tableau. On peut aussi remarquer un contraste fort entre les pleins et les vides, de très larges baies horizontales, de hautes fenêtres verticales, de grands pleins calmes, l’effet plastique est basé sur le jeu des ombres .

 

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