Paris 2e: de la rue de Réaumur et ses immeubles début XXe au boulevard des Italiens.

 

En 1902 le nouveau règlement d’urbanisme parisien a confirmé la rupture avec l’architecture haussmannienne jugée trop codée et figeante, au profit d’une ville nouvelle valorisant alors la primauté de l’espace et des monuments publics par rapport à l’immeuble de rapport que beaucoup d’architectes jugeaient privé de toute fantaisie architecturale.

Cette révision amorcée dès 1882 s’est considérablement amplifiée au début du XXe avec d’un coté, le développement de l’éclectisme et du pittoresque y compris ses excès esthétiques et de l’autre celui de l’architecture métallique. D’abord masqué par la pierre d’habillage le métal fut progressivement assumé comme tel et mis en évidence.

A partir de 1895, le percement de la rue de Réaumur a servi de laboratoire à ces idées nouvelles et a permis la création d’immeubles mixtes d’habitations et d’activités commerciales ainsi que la création du métro au centre de cette voie nouvelle.

Le parcours proposé de la rue de Réaumur au boulevard des Italiens permet de constater le développement économique durant une trentaine d’années autour de la Bourse, entre le développement des banques lié aux maisons de commerces et les fabriques de textile liées au secteur de la mode et leurs extensions naturelles: boutiques de gros et grands magasins .

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Au 51 rue Réaumur, à l’angle avec le boulevard Sébastopol: l’ancien magasin Félix Potin   ( Ch.Le Maresquier Arch.1910). Même si la partie basse a été largement modifiée par la suppression de marquises d’angle qui renforçaient l’ aspect exubérant du décor, sa partie haute est dans le style « éclectique ornemental » défendu par l’académisme .

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82 rue de Réaumur, l’ancien magasin A Réaumur construit en 1897 ( Constant Bernard Arch.) et utilisé comme tel jusqu’en 1960, adapté depuis en magasin d’usines.

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61-63 rue de Réaumur (Ph.Juannin et G.Sirgery Arch.1900), sur une parcelle de très faible profondeur, la façade de cet immeuble d’activités commerciales ne manque pas de fantaisie avec un traitement néo-gothique central mais ne correspondant plus déjà aux nouvelles contraintes des locaux commerciaux en ce début du XXe siècle.

69 rue de Réaumur, immeuble commercial avec structure mixte maçonnerie et métal (E.Pergod Arch.1895). Dans cet immeuble construit initialement pour un atelier de typogravure, la recherche de la lumière est particulièrement soignée dans sa partie supérieure traitée comme une serre.

108-110 rue de Réaumur (Wattier Arch.1898). A la charnière entre deux périodes, les ensembles largement vitrés des premiers niveaux composent avec le traitement plus conventionnel des étages supérieurs .

91 rue de Réaumur (Ch.de Montarnal Arch.1897) à noter la finesse des structures métalliques pour cet immeuble commercial et ici sans compromis dans les étages supérieurs. Au n°118, une réalisation plus tardive mais beaucoup moins épurée illustre l’arrivée de l’Art Nouveau par le même architecte.

97 rue de Réaumur (Jolival et Devillard Arch.1900). Comme un grand nombre d’immeubles de la rue cet immeuble est hybride, l’ossature métallique est pour partie dissimulée derrière une façade pierre dont les motifs « décoratifs » empruntent largement au vocabulaire « Beaux-Arts ». Particularité : cet immeuble intègre à droite l’entrée du métro Sentier.

105 rue de Réaumur (Ch.Ruzè Arch.1899).

116 rue de Réaumur (Walwein Arch.1900-1903) immeuble primé au concours des façades.

118 rue de Réaumur immeuble commercial (Ch.de Montarnal Arch.1897), une mise en évidence de la mixité maçonnerie et métal avec une influence Art Nouveau. Immeuble primé au concours des façades.

122 rue de Réaumur (Despras Arch.1897), mixité activités commerciales et habitations dans les étages supérieurs.

124 rue de Réaumur: immeuble commercial (attribué probablement à tort à G.Chédanne Arch.1903-1905). La façade en métal riveté assume clairement les couleurs de l’industrie et limite l’emploi de la brique à la partie sous toiture. L’absence d’ornementation fait de cet immeuble une référence novatrice du début XXe pour la construction métallique.

126 rue de Réaumur (Le Voisvenel Arch.1899).

119 rue de Réaumur ( S.Bousson Arch.1900-1903), immeuble primé au concours des façades. Ossature métallique masquée par un parement en pierre aux détails très appuyés.

121 rue de Réaumur (Ch.Ruzé Arch.1900), un des immeubles les plus ouvragés notamment dans le travail des bow-windows galbés à l’angle avec la rue N-D des Victoires.

95 rue Montmartre (S.Périssé Ing.1899). Cet immeuble d’habitation novateur développe le principe constructif de la structure métallique et son remplissage en briques vernissées avec les ensembles vitrés des bow-windows .

130 rue de Réaumur (Ch.de Montarnal Arch.1898), sur un terrain d’angle résultant de la création des nouvelles voies.

Rue Montmartre (JJ Ory Arch.1991), si dans les bâtiments précédents le passage du bois à l’acier a permis de diminuer la section des profils pour augmenter les surfaces vitrées on trouve ici un exemple régressif avec une utilisation assez bâclée de l’aluminium .

Plus loin dans la rue d’Uzès, sur le terrain d’un ancien hôtel particulier, différents immeubles de bureaux dignes d’intérêt . Au 5 rue d’Uzès (E.Guillaume Arch.1878).

13 rue d’Uzès (G.Raulin Arch.1885-1886),  une recherche très aboutie de la lumière naturelle développée à son maximum avec une façade transparente et un plancher de verre diffusant la lumière jusqu’au sous-sol.

Avant de traverser le passage des Panoramas, au 167 rue Montmartre, un immeuble de 1909 présente un bow-window dont la saillie est remarquable (V.Blavette Arch.1909) .

Une courte traversée du passage des Panoramas permet de sortir au 8-10 rue Saint-Marc Au dessus du passage, un immeuble de bureaux (H.Sauvage Arch.1930). Un aspect raide dans le traitement notamment des bow-windows par cet architecte néanmoins brillant et très éclectique dans ses réalisations qui a su tirer parti dès 1903 avec les frères Perret des possibilités offertes par le béton.

24 rue Feydau (F.Colin Arch.1932) dans cette rue étroite, cet immeuble de bureaux présente une façade a redans plissée pour capter la lumière avec ses fenêtres d’angle et rationaliser le plan du terrain de biais par rapport à la rue. Le traitement des ferronneries est Art Déco.

24 rue Saint-Marc (Thalheimer Arch.1894), cet immeuble, bien que le plus ancien de cette balade, répond parfaitement au besoin d’éclairage naturel des locaux commerciaux, seul le traitement des balcons en saillie est un compromis avec l’ornementation fin XIX .

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6 rue de Hanovre (A.Bocage Arch.1908) revêtus de carreaux en grès de Bigot.

Angle rue du Hanovre/ rue de la Michodiére: la Cité de Hanovre (V.Laloux et Ch.Le Maresquier Arch. 1932). Cet ensemble de bureaux est construit sur la totalité de l’Îlot triangulaire. Au centre une grande coupole éclaire l’ensemble des plateaux implantés le long des façades.

Angle du même immeuble rue de la Michodiére et boulevard des Italiens.

En face de la Cité de Hanovre, sur le boulevard des Italiens et à l’angle rue Helder: bureaux et initialement hall d’exposition Ford de grande hauteur ( M.Roux-Spitz Arch.1929). Le seul bâtiment de la « série blanche » de M.Roux-Spitz non destiné à l’habitation.  Un emplacement de premier plan pour sa destination d’origine qui était renforcé par un éclairage spectaculaire formant signal .                                     L’impression de fluidité au rez de chaussée a été modifiée par la création d’un plancher intermédiaire dans le grand volume d’exposition initial.

Avant de revenir au boulevard des Italiens une dernière réalisation au 8 rue de Port-Mahon, immeuble de bureaux construit pour la SCI « L’avenir du Prolétariat »(A.Morel et L.Fillol Arch. 1936). Le programme d’origine mixte habitations et ateliers n’apparaît pas en façade. Le bâtiment sous l’influence stylistique hollandaise est traité en brique avec entourages des baies en carrelage noir, l’ample bow-window vient adoucir cet ensemble. Les retraits successifs des derniers niveaux respectent le règlement d’urbanisme de l’époque.

 

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3 réflexions au sujet de « Paris 2e: de la rue de Réaumur et ses immeubles début XXe au boulevard des Italiens. »

  1. Merci Renard Parisien de ce merveilleux article. Si mon cher ami Jean Marc Renard en est l’auteur, comme je m’en doute, je lui envois mes affectueux compliments . C’est un endroit où je me promène souvent ces derniers temps ! Je le fais suivre à ma fille qui travaille à un doctorat portant sur Paris fin XIXème siècle ! À quand un article sur la Rue du Renard, qui n’en est pas loin ?

    Alexandru Tranca

    06 13 41 01 24

    Envoyé de mon iPhone

    >

  2. Cher Jean-Marc, BRAVO pour toutes ces ballades que vous nous faîtes partager, j’adore m’y promener !
    Le 2ème est mon ancien quartier, peut-être pourriez-vous aller vous promener vers la bourse et ces jolies galeries piétonnes.
    Bien à vous,
    Delphine

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