Paris, balade architecturale de Bercy au viaduc d’Austerlitz.

En 1974  l’abandon du projet de voie rapide sur la rive gauche a permis de développer une approche plus respectueuse des berges de la Seine. L’objectif de valorisation des quais de Seine est désormais bien avancée dans Paris intra-muros et va se poursuivre à plus long terme vers le secteur Seine-Amont. La ré-appropriation des berges et du fleuve par les piétons offre une vision différente de Paris plus apaisée.

Cette balade entre le nouveau quartier de Bercy et la gare de Paris-Austerlitz traite des vis à vis architecturaux plus ou moins dignes d’intérêts sur les deux rives

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Point de jonction entre le nouveau quartier « Seine Rive Gauche », la Bibliothèque de France et les quartiers récents autour du Parc de Bercy, la passerelle piétonne Simone de Beauvoir (D.Feichtinger Arch.et RFR Ing. 2006) permet d’établir des liens de proximité entre les deux rives*. Cette passerelle de 304m est similaire dans son fonctionnement de celle réalisée par M.Mimram entre les Tuileries et le Musée d’Orsay. On observe sur la rive gauche que la transformation du port de la Gare s’inscrit dans la profonde mutation urbaine en incluant un développement d’activités de loisirs le long du quai. La présence de plusieurs bateaux dont le Batofar amarré depuis 1998 offrent en permanence des salles de concerts mais aussi dans la journée des café-restaurants sur le pont pour profiter de la vue de la Seine. Ce quai est devenu une alternative branchée  aux boites de nuit parisiennes. A proximité la piscine flottante Joséphine Baker ( R.de Busni Arch.) est amarrée quai de la Gare complète depuis 2006, grâce à son toit de verre été comme hiver, l’attrait de cette rive rendue aux piétons.

* consulter la balade architecturale autour du quartier Seine Rive Gauche ( Mars 2013).

 

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Sur la rive droite la circulation automobile du quai haut de Bercy n’a pas pu être déplacée mais la grande terrasse a été construite pour permettre d’isoler le parc de Bercy des pollutions sonores et de profiter du panorama tant du coté parc que face à la Seine.

Du XVIIé  jusqu’à la fin du XVIIIé siècle le village de Bercy a servi de port pour l’alimentation de Paris. Les négociants en vins s’installèrent à cet emplacement pour échapper aux taxes. Annexée à Paris en 1859 Bercy est devenu au XIXé siècle le plus important marché au vin du monde. Les tonneaux arrivaient de Bourgogne via le fleuve mais aussi par wagons citernes depuis la gare de la Rapée disparue aujourd’hui. Le vin était entreposés dans des chais et les jours de fêtes, les parisiens venaient se détendre dans les guinguettes le long de la Seine. Ce n’est que vers la années 50 que ce commerce a commencé à régresser.

Cette citée commerciale était desservie par des allées pavées, plantées d’arbres et bordées de constructions basses. En 1979 la ville a amorcée la reconversion de cet ensemble avec la construction du Palais Omnisports de « Paris-Bercy », alors que la restructuration des anciens entrepôts s’est développée à partir 1990. Actuellement deux chais subsistent celui de St Emilion construit dans les années 1840, dénommé maintenant « Bercy-Villages », qui accueille des boutiques et des restaurants en terrasses de chaque coté de la voie centrale et les chais Lheureux construits en 1886 réhabilités pour recevoir  des expositions temporaires.

Le jardin de Bercy ( I.Le Caisne et Ph.Raguin paysagistes) est composé de trois parties, il a gardé la trame orthogonale de l’ancien site et les rails encore visibles entre les pavés.

A proximité du POPB « les grandes pelouses » regroupent les aires de jeux et les terrains de sports. Les « parterres » composent autour du chai de Bercy et la Maison du Jardinage verger, potager, vignes, roseraie et labyrinthe jusqu’à la rue Joseph Kessel. Au delà de la rue Joseph Kessel qui scinde le parc, on découvre le « jardin romantique » .

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Dans « les parterres » le chai de Bercy reconverti en espace pour expositions temporaires

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Au delà la rue Joseph Kessel, le « jardin romantique » comporte des bassins autour de la Maison du lac, siège de l’Agence Parisienne du Climat.

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Il ne reste que quelques travées de chais alignés de l’ancien quartier pittoresque des  entrepôts de Bercy, l’animation d’autrefois a été remplacée totalement par des ensembles de bureaux et un complexe de cinémas. Rue des pirogues de Bercy, les chais ont été reconvertis pour recevoir le Musée des Arts Forains. A proximité, ceux de la cour Saint-Emilion, construits dans les années 1840 en meulière avec des chainages en briques, ont été réhabilités et transformés en restaurants, boutiques et galeries d’expositions.

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En front du parc de Bercy, sur plus de 600 m, 650 logements ont été construits dont 200 logement sociaux (J-P Buffi Arch.en chef de la ZAC, 1984-2005). Une certaine exemplarité dans l’esprit architectural a été rendu possible grâce à un cahier des charges bien défini sur cette ZAC qui aboutit ici à un éclectisme maitrisé  (H.Ciriani, C.de Portzamparc, F. Hammoutène Arch.) évitant ainsi un collage « composite », voire hétéroclite.

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Au n°51 de la rue de Bercy, en 1993 la réalisation du nouveau Centre Culturel Américain fut confiée à Frank O.Gehry ( associé pour la réalisation à R.Saubot et F.Jullien). Ce centre fut fermé en 1996 19 mois après son ouverture, les Étasuniens considérant peut être les Français comme suffisamment imprégnés de culture US.

La Cinémathèque Française profita de l’opportunité et déménagea du Palais de Chaillot pour y implanter ses salles de projections ( travaux de réaménagement réalisés par l’Atelier de l’Ile Arch. 2003-2005)

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Cette architecture déstructurée exprime en quelque sorte la complexité du programme initial de ce Centre Culturel coté parc de Bercy,

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Même s’il y a volonté de composer avec les matériaux traditionnels parisiens, le climat laisse apparaitre avec les différents volumes revêtus de pierre des vieillissements prématurés inconnus sous le climat californien.

La façade coté rue de Bercy s’applique a être plus « haussmannienne » que déconstructiviste.

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Après avoir dépassé le Palais Omnisports de Paris-Bercy, on se trouve le long du boulevard de Bercy face à l’incontournable Ministère des Finances et de l’Économie (P. Chemetov, B.Huidobro et E.Duhart-Harosteguy Arch.1982-1989). Avec ses 2 arches enjambant d’un coté le quai de Bercy et de l’autre le quai de la Rapée tel un viaduc de 360m, ce bâtiment semble reconstituer l’enceinte des Fermiers Généraux avec ses portes d’entrées dans Paris .

Cette grande muraille (le premier des grands chantiers de la présidence Mitterrand), campée les pieds dans l’eau exprime parfaitement la puissance incontournable de ce ministère, véritable ville dans la ville, qui s’est encore étendu dans d’autres projets à proximité ( L.Arretche, Karasinsky et Ciocardel Arch.) pour accueillir plus de 7.000 fonctionnaires. Le fossé symbolise parfaitement cette distance vis à vis du citoyen souvent exprimée dans les bâtiments étatiques, à l’opposé de tous les discours convenus.

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La traversée de la Seine sur le pont de Bercy permet de regagner la rive gauche vers la viaduc d’Austerlitz.

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Quai d’Austerlitz: la Maison de la batellerie (les frères Arsène-Henry Arch.1965). Ce bâtiment d’une lecture simple et d’un grand dépouillement est implanté en continuité avec les anciens Docks de Paris. Il offre aux bateliers différents services sociaux ainsi qu’une bourse des enlèvements et livraisons. La qualité initiale de cette réalisation en béton blanc brut de décoffrage a nécessité récemment d’inévitables travaux de mise aux normes et de réhabilitation (JB Lacoudre Arch.2011-2012) ainsi qu’un curage à la suite de diverses adjonctions anciennes assez maladroites. Les cannelures du béton blanc d’origine, imprimées par les planches de coffrage, ont malheureusement été estompées par les couches de peintures ultérieures et le récent traitement n’a pas permis de retrouver totalement la finesse de la texture d’origine.

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La qualité d’exécution initiale apparaît dans le veinage des bois de coffrage et les motifs décoratifs situés de part et d’autre de l’entrée du bâtiment.

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Au 34 du quai d’Austerlitz les Magasins Généraux forment un écran entre le quai d’Austerlitz et la Seine. Ils ont été construits en 1907 (G.Morin-Goustiaux Arch.) puis transformés en entrepôts sous douane en 1915 pour jouer un rôle majeur dans l’expansion du port autonome de Paris. Depuis 2008 ils abritent sur 2 niveaux avec la terrasse panoramique les « Docks-Cité de la Mode et du Design » (Jakob & McFarlane Arch.) ils renforcent ainsi la vocation culturelle des bords de Seine.

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Ces entrepôts construits sur 480m de long occupent une surface de 36.000m2, la structure légère en « ciment armé » s’exprime clairement du coté Seine par la répétition de modules indiquant la fonction logistique du bâtiment. Le niveau du quai est laissé libre pour la manutention (une voie ferrée industrielle était implantée à l’origine).

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Coté Seine, les architectes, aidés par le paysagiste M.Desvignes et Y.Kersalé pour la mise en lumière, ont ajouté une ossature légère recevant les rampes de circulations et escaliers pour relier les niveaux et la terrasse et offrant ainsi une variété de points de vues sur le fleuve. L’ajout de la nouvelle façade est lisible par rapport à l’orthogonalité du bâtiment initial, la couleur de cette nouvelle peau augmente encore cette opposition.

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L’ossature d’origine des docks apparait en toute simplicité, son maillage permet des expositions sur de grandes plateaux libres.

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L’accès à la terrasse panoramique se fait dans l’épaisseur de la nouvelle façade coté Seine.

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En terrasse, le deck en bois pour des réceptions ou des événementiels est accessible au public. Il aurait pu être plus largement ouvert sur la Seine et moins orienté sur l’espace central.

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Entrée des Docks-Cité de la Mode le long du quai d’Austerlitz .

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Le pont Charles-de-Gaulle (L.Arretche & R.Karasinski architectes) d’une portée de 207m a été construit de 1993 à 1996 pour doubler le pont d’Austerlitz dans cette zone qui a subi une profonde mutation. Il possède un tablier métallique en forme d’aile d’avion et repose sur des piles en béton à l’aide d’appuis en forme de « corolles ».

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Le viaduc d’Austerlitz est un des plus beaux ouvrages métalliques avec arc. A cet emplacement la ligne 5 du métro le franchit sur 107m d’une seule portée (L. Biette & M Koechlin Ing. et JC Formigé Arch.1905), après avoir emprunté une rampe hélicoïdale du coté du Quai de la Rapée. L’élégante structure reçoit une très abondante « décoration » en fonte moulée de JC Formigé.

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J-C Formigé a été chargé en 1904 de la conception de l’ensemble des escaliers et des stations aériennes des lignes 2 et 6. Son autre chef-d’œuvre de l’architecture métallique est le viaduc de Passy entre les stations Passy et Bir-Hakeim.

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A proximité de la culée sur la rive gauche, la péniche en ciment armé, revisitée par Le Corbusier, va connaitre une troisième vie. Construite avec une coque en béton en 1919 pour le transport du charbon entre Rouen et Paris, elle fut rachetée en 1925 par l’Armée du Salut et aménagée en Asile de nuit flottant.

En 1929 Le Corbusier lui donnera un style moderne et assurera le confort de l’époque (fenêtres carrées et minces colonnes dans le dortoir de 100 lits). Fermée en 1994 la péniche est actuellement en cours de réhabilitation pour être transformée en Centre d’Architecture ( agence ACYC + Shuhei Endo Arch.). Cette péniche est le seul bâtiment flottant de Paris classé Monument Historique. (WWW.LOUISE-CATHERINE.COM)

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Entrée du viaduc dans la gare d’Austerlitz,

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La gare de Paris-Austerlitz est entrée en activité en 1840, elle a été reconstruite selon l’image actuelle entre 1862 et 1867 (P-L Renaud Arch.), la longueur de sa grande verrière au dessus des voies est de 280 m et sa largeur est de 52 m. En 1870, dans cette immense verrière, les ballons-postes étaient réalisés durant l’occupation Prussienne. En 1926, ce fut la première gare parisienne a ne plus recevoir de trains à vapeur à la suite de son électrification .

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Cette gare urbaine est en profonde restructuration pour accueillir vers 2020 40 millions de voyageurs grâce à l’arrivée des TGV vers Lyon, contre 17 millions actuellement. Sa modernisation (Jean-Marie Duthilleul et Ateliers Jean NOUVEL architectes) s’intègre plus largement dans l’opération d’urbanisme autour de la zone Austerlitz et de l’avenue de France construite au dessus des voies ferrées .

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