Grand Paris, balade architecturale de la Porte de la Villette à Pantin.

La Villette autrefois commune des faubourgs a été annexée à Paris en 1860. Sur cet emplacement étaient implantés les abattoirs de la capitale construits en 1867. Un très important projet d’agrandissement et de modernisation est réalisé et livré en 1964 mais en 1974 ces abattoirs ferment en raison du développement des transports frigorifiques qui modifient totalement les modes d’approvisionnement. L’État entreprend alors de restructurer cette entrée de Paris et d’implanter la Cité des Sciences et de l’Industrie sur ces anciens abattoirs .

Image 3

P1180561

Face à la Cité des Sciences l’ensemble immobilier « Villette Nord » regroupe deux fonctions complémentaires: sur l’avenue Corentin Celton hôtels et commerces ( G.Thurnauer Arch.1987-1990),

P1180576

et coté boulevard Macdonald: un ensemble de logements ( G.Thurnauer Arch.1987-1990), qui se poursuit vers l’intérieur de la parcelle vers la Cité par des logements semi-collectifs.

P1200532

Coté Cité des Sciences, faisant face aux 12 jardins thématiques et aux « Folies » déconstructivistes laquées de rouge (B. Tschumi Arch.1982). Dans les jardins les axes de circulation tracés au cordeau permettent aux piétons pressés de traverser le parc urbain, aux autres de pouvoir flâner a leur rythme le long des courbes et entrelacs proches des canaux de l’Ourcq ou de la Villette.

P1180292

P1180072

On longe la façade d’entrée de la Cité des Sciences pour rejoindre le tracé du tramway vers la Porte de Pantin,

P1180073

Le tracé du T3 délaisse ponctuellement le boulevard Sérurier et longe l’ancienne Halle aux cuirs pour desservir les bureaux implantés autour des anciens Grands Moulins de Pantin.

P1180076

La réhabilitation de la « Halle aux Cuirs » des anciens abattoirs de la Villette ( O.Friscara et X.Leroux-Cauche Arch.1987) est aussi visible à partir du canal de l’Ourcq. Construite en 1962 cette halle servait au salage et au stockage des peaux en provenance des abattoirs. Cet ensemble de 15.000 m2 a été reconverti en ateliers pour des artistes plasticiens en résidence (Fondation de France et Caisse des Dépôts). Un fois passé le nouveau pont construit pour le tramway, on rejoint les berges de l’Ourcq et du bassin de La Villette. Un parcours de randonnée pédestre de plus de 6 km le long du canal aboutit au parc de la Bergère à Bobigny puis au delà vers La Ferté-Millon.

P1190079

Les deux infrastructures de transport qui traversent Pantin: canal de l’Ourcq et chemin de fer ont affecté le paysage de ce territoire. Le canal ouvert dès 1813 puis le développement de la ligne Paris-Strasbourg en 1846 ont permis le développement industriel de Pantin dès la deuxième partie du XIXe siècle dans le prolongement du bassin de La Villette. Aux activités agricoles, notamment maraîchères, et aux exploitations de gypse vont succéder les implantations industrielles, telle que la production de matériel ferroviaire dès 1855. D’autres activités se sont greffées assez naturellement sur ces voies d’approvisionnement de marchandises: minoterie et industrie lourde, et de bestiaux .

Sur la gauche les anciens Grands Moulins de Pantin le long du canal de l’Ourcq. Silhouette familière servant de signal pour les automobilistes sur le périphérique. La première implantation sur ce site date de 1880 avec un moulin construit par un minotier de la Brie pour se rapprocher du marché parisien. Une seconde en 1922 reprend en totalité des installations avec une ossature béton et remplissage de briques (E.Haug Arch. 1922-1927), seul le bâtiment sur 8 niveaux subsiste. Le magasin à farine de 13 niveaux a été reconstruit en 1945 (L.Bailly Arch.) et la semoulerie de 7 niveaux en 1952. En 2008 leur reconversion en bureaux pour 3.000 personnes a été réalisée pour recevoir des bureaux pour BNPPARIBAS ( Reichen et Robert Arch).

 

P1190081

Rue Delphine Seyrig, le long de la boucle du tramway reliant la Porte de la Villette à la Porte de Pantin, et contre le stade J Ladoumègue: la résidence de 192 logements étudiants (OFIS Arch. 2012) .

P1180084

3 bâtiments de 9 étages, adossés sur les 2 premiers niveaux à l’atelier d’entretien des tramways de la RATP. Les coursives de déserte des studios des étages supérieurs font face aux plateaux sportifs du stade. Les façades coté chambres sont constituées de fausses loggias en lambris de bois composite qui regroupent deux à deux les balcons des studios sur 2 ou 3 niveaux et atténuent la perception de cet ensemble de 120m de long.

P1180086P1180117

Passerelle enjambant le canal de l’Ourcq construite pour le passage du tramway T3 ( à gauche l’ancienne Halle aux cuirs).

P1180087

Contre les Grands Moulins et à l’emplacement de l’ancienne blanchisserie industrielle Elis un programme de 370 logements sociaux et commerces est en cours de réalisation.

P1190085

Longeant le quai de l’Aisne de part et d’autre du pont: l’ancien centre administratif, et la nouvelle mairie de Pantin. On emprunte le pont puis à droite de l’ancienne mairie (construite en 1889) l’avenue du général Leclerc.

P1180094

P1180098

Difficile de parler de centre historique à Pantin, cette ville a pour spécificité d’avoir un territoire très morcelé du fait de sa traversée par le canal de l’Ourq (1802-1813), et la ligne de chemin de fer Paris-Strasbourg (1846) élargie entre 1870 et 1890 pour implanter une gare de triage et une gare de marchandise, enfin la création du cimetière parisien en 1886 (100 hectares). L’ensemble est donc hétérogène et plusieurs centres se sont constitués à la suite de ces coupures dans le territoire communal.

Dans cette ville désarticulée et morcelée la municipalité avait développé l’idée d’un centre administratif dès 1938 à proximité de l’ancienne mairie entre le quai de l’Aisne et la rue V Hugo. Ce projet fut relancé en 1958 mais ne put aboutir qu’en 1973. Ce centre administratif  a été réalisé pour regrouper les différents services publics de la commune ( tribunal d’instance, services des impôts, inspection du travail, commissariat de police, sécurité sociale). En dépit de cette complexité programmatique ce bâtiment monumental d’inspiration brutaliste a réussi à présenter une unité d’ensemble ( A.U.A /J. Kalisz et J. Perrotet Arch.1972). Racheté ensuite par le Ministère de la Culture en 1999 il a été reconverti en Centre National de la Danse avec salles de répétition et de représentation pour les danseurs (A.Robain et C.Guiesse Arch.2004).

P1190089

Le béton brut est l’unique matériau tant en extérieur qu’à l’intérieur, ici l’entrée principale coté rue V Hugo. Toutefois la qualité du béton apparent d’origine n’a pas permis une reprise pleinement satisfaisante d’un certain nombre d’arêtes qui apparaissent largement épaufrées.

P1180099

Faisant face la nouvelle mairie offre une représentation plus convenue que l’ancien centre administratif tant du coté du canal que le long de l’avenue du général Leclerc.

P1190087

P1190090

Dans la ZAC de l’Hotel de Ville un bâtiment de bureaux arrive a tirer son épingle du jeu sur cette parcelle sur laquelle sont implantés le nouvel hôtel de ville et un groupe scolaire. Cet immeuble abrite la Cité régionale de l’environnement (O.Fassio & J-B Viaud Arch 2014) et se présente comme le premier bâtiment tertiaire français en autoconsommation à énergie positive. Sa façade en Corian ajoute une nouvelle composante à la variété des faces à faces architecturaux de proximité

P1190091

Au n°51 avenue du général Leclerc, et cote à cote, l’usine de pompage et de traitement des eaux et la piscine municipale (Ch.Auray Arch.1937).

P1190098

L’organisation intérieure de la piscine reprend les principes directeurs types de son époque: ossature en béton, 2 niveaux de galeries en coursives desservent les cabines individuelles et entourent le grand bassin de 33,3 m x 12,5 m. A l’extrémité du bassin et opposé à l’entrée: le plongeoir. La grande verrière au dessus du bassin permet l’éclairage zénithal de l’ensemble.

Les façades de l’usine de pompage des eaux sont revêtues de briques et très épurées, les baies de l’usine de traitement d’eau sont entourées de grès émaillé noir, ( bâtiments inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques).

P1190100

Au n°100 av. du général Leclerc: l’hôtel industriel de l’Ourcq (P.Chemetov et B.Huidobro Arch.1987-1989) 4 corps de bâtiments autour d’un espace central avec ses rues intérieures desservant les locaux d’activités ( industries lourdes en rez de chaussée et plus légères au 1er étage accessibles par des rampes), au 3é étage les bureaux, l’ensemble abrite 2000 personnes. Structure mixte béton et charpente métallique. Bâtiment complété ultérieurement par un hôtel utilisant les mêmes matériaux.

P1190096

P1190101

A l’angle avec l’avenue du général Leclerc et la rue Delizy l’ancienne usine des parfums Bourgeois implantée dès le XIXe siècle, regroupe désormais différents savoirs-faire du groupe CHANEL (broderie, façonnier, parurier, plumassier, orfèvre, chapelier).

P1190103

Après être passé sous le pont du chemin de fer, immédiatement à gauche la rue Cartier-Bresson (Le textile avec l’usine de filature Cartier-Bresson a longtemps constitué une activité importante pour Pantin). La caserne des pompiers de Pantin et ses logements (Crespel & Ropa Arch.1996), béton brut et menuiseries métalliques.

P1190105

P1190108

Au n°100 de la rue Cartier-Bresson est parti le 15 août 1944 le dernier convoi de déportés de la Région Parisienne vers les camps de concentration.

De cette rue on peut découvrir au lointain la tour TDF de Romainville.

P1190109

En revenant vers l’avenue du général Leclerc; au n°69 la Galerie Thaddaeus Ropac a été aménagée (autour de 8 bâtiments d’une ancienne chaudronnerie du XIXe), pour accueillir sur 4.500 m² pour 2.000 m2 de surface d’exposition des œuvres monumentales (Butazzoni & Ass Arch.2012). Ouverte en 1983 à Salzbourg spécialisée dans l’art contemporain et déjà présente dans le Marais, elle trouve dans ce lieu une réponse à ses besoins de grands volumes pour présenter des œuvres monumentales

P1190126

Dans la cour sculpture de Tony Cragg.

P1190121

P1190110

 

Face à cette galerie le Citrail et la halle Lafaille (SERNAM) nous ramènent aux territoires ferroviaires et aux bâtiments annexes dépourvus de relations avec les bâtiments voisins mais représentant un potentiel foncier et immobilier de tout premier ordre. Ici sur un terrain de 43 hectares le long des voies SNCF 35.000 m2 d’entrepôts ont été réalisés en préfabrication lourde entre 1946 et 1949 selon les procédés constructif de l’ingénieur Bernard Lafaille, spécialiste des voiles béton minces (utilisé aussi en 1954 pour l’église ND de Royan avec G.Gillet). Ces entrepôts sont éclairés naturellement par un système de lanterneaux transversaux orientés Est-Ouest avec un minimum de points d’appuis au sol. En 1947 l’ensemble de ces 3 grandes nefs en faisait la plus grande halle de la SNCF ( 324m de long x 108 m de large). Aujourd’hui l’interface de ces immenses halles se fait avec les plate-formes de logistique autour de Paris

P1190125

En remontant la rue Delizy vers le canal l’ancien économat de l’armée (G.Hennequin Arch. 1949), architecture officielle et symétrie .

P1190127

En enjambant le pont Delizy au dessus du canal: à droite bâtiment de la rénovation urbaine (D.Honneger Arch.1961-1965) du 10 rue Lakanal, au fond le site des entrepôts.

P1190135

Les entrepôts de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris ont été construits en 1929 après l’élargissement du canal. Destinés à recevoir les grains et la farine ils étaient raccordés aux gares de Pantin et de Noisy le Sec. Cette structure en béton sur 6 niveaux et d’une surface de 41.000 m² longe le canal sur 135m. Le bâtiment adossé auparavant à une gare routière construite en 1950 possède des coursives extérieures en porte-à faux par rapport à la façade.

P1190131

Cet entrepôt a été transformé pour recevoir l’agence de publicité BETC Euro RSCG ( Jung Architectures 2016). La reconversion de ce site est ainsi en parfaite continuité avec les autres évolution de l’architecture industrielle depuis le parc de la Villette et les Grands Moulins de Pantin.

p1060658

P1190137

p1060633

L’ancien chemin de halage a été aménagé pour recevoir les promeneurs à pieds en vélos ou en rollers, balade qui pour les plus endurants leur permettra de rejoindre Claye-Souilly.

Le long du canal le bâtiment du Centre National de la Fonction Publique Territoriale présente une image démonstrative qui manque de simplicité. On remonte ensuite le mail Charles De Gaulle vers l’église de Pantin.

Après être revenu à proximité de l’église de Pantin, on découvre le long de la RN3 en revenant vers la Porte de Pantin « l’ Unité Résidentielle » ( D.Honegger Arch.1955-1970) le signal de la rénovation du quartier initiée en 1950 par le Ministère de la Reconstruction. Cette opération expérimentale a permis de tester des techniques de préfabrication lourde, elle prévoyait 2000 logements de part et d’autre de la RN3 (rendue souterraine en partie) : centre commercial, salle communale et nouvelle église: un plan masse de barres parallèles autour d’une esplanade publique dans le droit fil de la Charte d’Athènes. Seule la première tranche de 800 logements de cette composition urbaine sera réalisée en raison du coût des acquisitions foncières, aggravant un peu plus le chaos urbain autour de l’église..

P1190141

An n° 99 avenue J Lolive la résidence V.Hugo de 280 logements s’organise en profondeur de l’ilot. Le seul bâtiment construit le long de l’avenue est le plus haut et forme un signal, rejetant l’enduit et la couleur des bétons la façade est d’une modernité classique en pierre de parement rehaussée ponctuellement de marbre (F. Pouillon Arch.1955-1957).

P1190143

Face à cet ensemble et en prolongation de l’espace vert: le parc Stalingrad ou dès 1959 un projet de centre culturel a été imaginé, incluant bibliothèque municipale et école municipale de musique.

La bibliothèque Elsa Triolet (A.U.A /J.Kalisz et J.Perrottet Arch. 1972): la structure mixte acier et béton est renforcée par une mise en scène de la structure métallique (ce qui pose des problèmes de ponts thermiques). Cinq modules de base forment un plan en H sur 2 niveaux. L’AUA a participé, notamment avec cette bibliothèque, aux premiers signes du renouveau architectural français des années 70.

P1190144

P1190145

Plus loin un ensemble de collages hétéroclites laisse stupéfait par tant d’acharnement…

P1190147

Rassurons-nous néanmoins, Pantin est bien un nouveau vivier de projets et constitue un nouveau pôle d’attraction de l’Est du Grand Paris et ce n’est pas pur hasard si les  Designer’s Days 2013 y ont fait une incursion en vue de développements ultérieurs.

Les Ateliers HERMÈS, ici 12-16 rue Auger (C.Voyatzis et P.Siegrist Arch.1992), constituent un exemple des nouvelles implantations en cours.

P1190148

Cette première implantation avec des façades en produits verriers s’est développée dans dans un second temps à l’intérieur de îlot formé entre les rues Auger et Hoche. La création de « la cité des métiers HERMÈS » ( ateliers, bureaux, crèche, salle de sports, réserves muséographiques, restaurant d’entreprise, expositions et parkings) a été réalisée sur une parcelle de 16.000 m² , avec la brique comme matériau dominant. Une communauté de 1200 personnes travaillent sur des métiers variés dont le laboratoire créatif autour de 5 jardins en cœur d’îlots.(Rena Dumas Architecture Intérieure Architectes et L Benech paysagiste).

P1180110

Face au bâtiment de briques texturées de la Cité des Métiers HERMÈS, à l’emplacement de la future place du marché un ensemble d’habitations (2/3/4 Arch.2013). La diversité des matériaux des batiments qui se font face n’aident pas à la cohérence de l’ensemble de la ZAC du centre-ville ou les volumétries s’entrecroisent.

P1180106

Cette balade se termine Porte de Pantin au n°3 de l’avenue Jean Lolive en duplex et (P.Chemetov, Ch.Devillers, V. Fabre et J. Perrotet Arch.1981). Un immeuble emblématique de 300 logements en duplex et triplex, à l’échelle de l’entrée de Pantin. Un alignement de type « parisien » face au périphérique, utilisant le matériau de référence de la ceinture HBM de Paris, et gommant par sa monumentalité revendiquée une tour de bureaux voisine sans personnalité.

P1190154

Toutefois des essais de bardages laqués en façade aboutissant à dissimuler la brique laissent malheureusement présager des modifications d’aspect à venir.

P1190159

Publicités

Une réflexion au sujet de « Grand Paris, balade architecturale de la Porte de la Villette à Pantin. »

  1. Bravo pour votre balade à Pantin ! J’y étais aujourd’hui et j’ai fait une parie de l’itinéraire, épatant ! Merci pour tous les éléments que vous apportez
    Marie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s