Paris, balade architecturale le long du bassin de la Villette.

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C’est en 1785 que Claude Nicolas Ledoux s’est vu confier la réalisation d’une cinquantaine de bureaux aux entrées dans Paris pour percevoir les droits sur les marchandises y entrant. Ces bâtiments pour l’enceinte des fermiers généraux sont à la fois d’une grande unité stylistique mais aussi d’une grande variété formelle. Quatre barrières n’ont pas été démolies en 1860: celles d’ Enfert, du Trône, et les rotondes d’Orléans et de la Villette.

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La Rotonde de La Villette (nommée aussi Rotonde Saint-Martin) est implantée à la bissectrice des anciennes routes de Flandre et d’Allemagne. Inspirée de la villa Rotonda de Palladio, elle est basée sur une géométrisation audacieuse des volumes: la rotonde centrale comprend une cour entourée d’arcades vénitiennes posées sur un socle carré, quatre portiques identiques avec frontons et colonnes angulaires encadraient les entrées.

Ledoux a été un architecte visionnaire ardent défenseur du néo-classicisme en réaction au style rococo. Il a défendu dès 1770 la ré-interprétation de l’ architecture de l’antique au service de l’idéal de progrès diffusé par la philosophie des Lumières. Pour ces bureaux de l’enceinte des fermiers généraux Ledoux voulait offrir  » pour le plus petit objet ce dont le plus grand est susceptible » et pour ces octrois parisiens  » des bureaux de commis deviennent des Propylées magnifiques ». 

Plus tard en 1802 et pour résoudre le problème de l’approvisionnement en eau de Paris Napoléon ordonna par décret la création d’un canal de dérivation de l’Ourcq sur 96km jusqu’à un bassin près de La Villette rendu navigable. Le premier bassin de La Villette terminé en 1808 formait alors un réservoir à partir duquel les eaux approvisionnèrent Paris par un système d’aqueduc. Les travaux se termineront en 1821 et permettront alors l’établissement d’une nouvelle voie d’approvisionnement de marchandises vers Paris. Le bassin de La Villette est devenu ainsi l’interface entre les canaux de l’Ourcq et le canal Saint-Martin.

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Le bassin de La Villette, dans ce secteur entre les gares du Nord et de l’Est, a longtemps concentré une part très importante de l’activité de production à Paris au XIXé siècle grâce à ses connections avec les moyens de transports fluviaux. Pour accompagner l’important développement industriel la croissance des usines et des ateliers s’est prolongée ensuite vers le centre de Paris le long du canal Saint-Martin (ouvert à la navigation en 1825). Ainsi s’est constitué progressivement entre le bassin de La Villette et le bassin de l’Arsenal près de la Bastille l’axe du premier quartier industriel de Paris. Pour palier aux nuisances et aux pollutions industrielles de plus en plus prégnantes la croissance suivante s’est développée vers le Nord  le long du canal de l’Ourcq en direction de Pantin et Aubervilliers ou des terrains de plus grandes superficies étaient disponibles et reliés aux voies ferrées.

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Aujourd’hui les berges de La Villette se sont transformées en un lieu apprécié pour ses  promenades paisibles. La batellerie marchande de ce qui a été le premier port fluvial de France a été remplacée par la navigation de plaisance, le bassin sert toute l’année de point de départ de croisières fluviales et de lieu pour la pratique de l’aviron.

Les 2 anciens hangars en charpente métallique qui restent de part et d’autre du bassin ont été construits en 1880 avec les charpentes de la galerie de l’Exposition Universelle de 1878 (initialement ils faisaient partie d’un ensemble de 12 bâtiments implantés de part et d’autre du bassin). Ils abritent le cinéma « 14 Juillet sur Seine ».

Le quai de La Seine, mieux ensoleillé que le quai de La Loire, accueille les pécheurs à la ligne et une extension de « Paris plage » occupe durant l’été une partie du quai avec divers restaurants de plein air.

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Au 16-18 quai de La Loire ( Ph. Gazeau Arch.1993-1999), un immeuble de bureaux dont la façade propose une forme singulière tout en respectant habilement les contraintes réglementaires

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24 quai de Seine (à l’ angle avec la rue de Soissons) immeuble de bureaux pour le siège social des chaussures André ( S.Fiszer Arch.1990).

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A coté du foyer pour personnes âgées du 41 quai de Seine (M.Duplay Arch.1985) un bâtiment sur une parcelle étroite.P1180606

Îlot du 49-55 quai de Seine et 8-14 passage de Flandre: 18 ateliers d’artistes, 59 logements sociaux et 49 studios pour personnes âgées (Y.Lion Arch.1987-1990), une fragmentation des volumes plus ou moins liée aux limites de l’ancien cadastre au lieu d’une façade à expression unique.

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La base nautique et les péniches-spectacles remplacent les constructeurs de bateaux à vapeur de la fin du XIXe.

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64 quai de Loire (E.Girard Arch. 1982), et sa façade plissée coté rue Euryale Dehaynin     pour permettre des échappées visuelles vers le bassin de La Villette de cet ensemble ( 111 logements) qui s’organise avec deux bâtiments en équerre autour d’un jardin intérieur.

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Le bassin de La Villette se rétréci au Nord contre les entrepôts du pont de Crimée. En 1884 deux entrepôts ont été construits pour le grain et le sucre à la suite de ceux qui avaient été construits en 1845 puis incendiés durant la Commune de Paris. La destruction de celui situé le long du quai de La Seine à la suite de l’incendie en 1990 aboutit, pour maintenir une symétrie avec l’entrepôt le long du quai de Loire, à la construction d’un nouveau bâtiment « emballé » dans une résille qui respecte la volumétrie initiale: hôtel, restaurant et auberge de jeunesse (Chaix & Morel Arch.2008).

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Au 41 bis quai de Loire « la Résidence de Loire » est l’une des deux résidences universitaires « hors les murs » de la Cité Internationale du boulevard Jourdan.

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Derrière ces deux bâtiments le pont levant de la rue de Crimée à l’extrémité du canal de l’Ourcq a été construit en 1885 (Emile Vignier ingénieur) assure la communication entre les deux bassins (800 m x 70 m et 730 m x 30 m).

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Le bassin de La Villette est ainsi devenu un point majeur de dépôts de matériaux pondéreux, ou s’est concentré 10% de la force motrice de Paris et plus de la moitié des raffineries de sucre à proximité des quais de déchargements qui alimentèrent l’industrie agroalimentaire des chocolatiers et des épiciers industriels. Une gravure de 1899 représente la boulangerie industrielle Schweitzer ( rue d’Allemagne devenue rue Jean Jaurès), au loin à droite les 2 entrepôts du pont de Crimée.

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A l’angle avec le quai de l’Oise et le 49-53 rue de l’Ourcq un ensemble HBM de 1923 face au pont de l’Ourcq qui abrite le Conservatoire Libre du Cinéma Français.

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Le bassin et les quais sont ensuite enjambés par le pont métallique de la rue de l’Ourcq.

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( gravure de J-B Sécheret)

Les gares de l’Est et du Nord ainsi qu’un réseau secondaire de voies ferrées irriguent tout le N-E de Paris, reliant entrepôts et usines. En 1851 le raccordement des 2 gares de marchandises est la première étape de réalisation du chemin de fer de ceinture parisien, ici le pont métallique de la « Petite Ceinture » .

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L’ancienne ligne de chemin de fer de la  » Petite Ceinture » fait partie du paysage parisien. Construite entre 1852 et 1869 et fermée au trafic voyageurs depuis 1934 elle ceinture Paris sur 32km. Sa réouverture est savamment bloquée par des associations de riverains-lobbyistes que sa réouverture gênerait, même si celle-ci décongestionnerait le trafic parisien. Actuellement cette friche aérienne ou enterrée est interdite d’accès sauf sur quelques très rares portions dans les XVé et le XVIé arrondissements. Ce havre de biodiversité en milieu urbain peut réjouir les écologistes. La reconversion de certaines gares en restaurants ou salles de concert se développe tant à l’Ouest qu’au Nord-Est.

 

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A coté des abattoirs de La Villette(1867) s’ajoutèrent le dépotoir et les dépôts de combustibles, une usine à gaz et une usine de goudrons (1873). C’est ainsi que La Villette était devenu fin XIXe début XXe le principal point noir industriel de Paris dans un choc brutal avec les zones d’habitations voisines.

On arrive ensuite au rond point des canaux. C’est ici le lieu de convergence du bassin de La Villette, du canal de l’Ourcq (qui amène l’eau de l’Ourcq sur plus de 100 km), et du canal Saint-Denis (qui rejoint la Seine à Saint-Denis via l’écluse de La Villette).

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En poursuivant le canal de l’Ourcq: les « folies » déconstructivistes (B.Tschumi Arch.1983-1991) ponctuent les lignes et les surfaces du parc de la Villette.

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La cité des Sciences et de l’Industrie (A.Fainsilber Arch.1986), avec au premier plan la Géode, au delà les 3 serres extérieures conçues par Peter Rice, le sous-marin Argonaute, et une « folie » de B.Tschumi.

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La balade continue ensuite en longeant l’Ourcq au delà des anciens Grands Moulins vers Pantin en longeant l’ancien chemin de halage aménagé pour les randonneurs, les cycloutouristes ou les rollers vers Bobigny, Claye-Souilly, Meaux et La Ferté-Millon.

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