Paris, balade dans différentes voies privées aux alentours du parc Montsouris.

Le quartier du parc Montsouris  est à  la fois à la marge de Paris et au cœur grâce au RER B, il dégage un charme certain, mais il n’a pas toujours été résidentiel chic comme nous le connaissons actuellement .

Historiquement ce quartier était un ancien village annexé à Paris sous Napoléon III. Le parc Montsouris de 16 hectares a été dessiné par Alphand  « jardinier d’Haussmann » et achevé en 1878, il est contemporain de celui des Buttes-Chaumont au Nord. Son plan est en trapèze bordé au Sud par le boulevard Jourdan ( la Cité Universitaire), par l’avenue Reille au Nord, à l’Est par la rue Gazan, et enfin à l’Ouest par la rue Nansouty et les différentes voies privées qui constituent le fil conducteur de cette balade.

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La création de ces voies privées remonte aux années 1920-1930, sous la  forme de petits lotissements au dessus d’anciennes carrières.

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En venant du boulevard Jourdan on descend la rue Nansouty qui longe le parc, la  Villa du Parc Montsouris ( voie privée) est la première qu’on rencontre.

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La rue du parc de Montsouris a un tracé en U, elle est accessible aux piétons et comporte essentiellement des maisons individuelles avec jardins et quelques petits collectifs récents.

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Plus loin la  rue G Braque, est une voie privée qui a été lotie en 1927.

A l’angle de cette rue et de la rue Nansouty, la Villa Guggenbuhl avec son jeu de volumes décrochés a été construite par André Lurçat ( 1926-1927). Il faut regretter que cette villa ,compte tenu de l’importance particulière de son parti expressif, ait été sensiblement modifiée par rapport à la construction d’origine sans avoir fait l’objet d’une protection.

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L’atelier de G. Braque ( A. Perret Arch. 1927).

7 atelier de G Braque ( A Perret Arch.).

Hotel Kielberg 9-11 rue G. Braque ( R. Fisher Arch.1929), la surélévation a sensiblement dénaturé le purisme initial. R Fisher a fait un rapide passage à l’École de Beaux-Arts pour aller ensuite apprendre son métier à Vienne auprès d’A Loos, puis au Bauhaus à Weimar et enfin après de FL Wright.

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En bas de la rue Nansouty, avant d’arriver au carrefour avec l’avenue René Coty: le Square de Montsouris est une petite rue pavée qui monte pour rejoindre l’avenue Reille à proximité du réservoir de Montsouris. On y découvre un lotissement crée en 1922 pour lequel l’architecte J. Bonnier créa 4 modèles qui furent rarement respectés. En tout 60 maisons individuelles dont 28 étaient à l’origine des HBM construites en faveur de gens à condition modeste, ces maisons devaient impérativement être construites en briques; les autres ont été bâties à l’initiative de particuliers dans des styles très éclectiques.

A son début la population était donc mixte et plutôt modeste, pour cette raison beaucoup de peintres, graveurs et sculpteurs y ont demeuré : Foujita, R. Bissière, J. Chapin, Hertenberger,C. Bouscau.

Ces maisons n’ont pas toutes un intérêt architectural,  mais elles forment un ensemble assez « pittoresque » voire fantaisiste avec des jardinets le long des trottoirs. Cette disposition permet une abondance de plantes grimpantes et d’arbustes qui ont au fil des ans ont envahi les lieux. La végétation abrite quantité d’oiseaux et atténue les oppositions entre les constructions. Seule ombre au tableau: il n’y pas de garages et donc les voitures sont garées en partie sur le trottoir étroit.

Le square est inscrit dans son entier à l’inventaire complémentaire des sites classés.

A l’angle de la rue Nansouty et du square de Montsouris la Maison Gaut ( A.Perret Arch.1903), une exception dans l’œuvre de Perret cette maison est revêtue d’un enduit, sa corniche assez lourde permettra à Le Corbusier de faire une critique assez acerbe sur son sens de l’esthétique .

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Au n°40 la maison du sculpteur C. Bouscau ( G. Buisson Arch.1923).

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A l’extrémité coté avenue Reille est implanté l’atelier du peintre Ozenfant qui est la première construction de Le Corbusier à Paris, très représentative du style cubiste des années 20 .

Ozenfant avait demandé à son ami une « usine à habiter ». Au 1er étage l’appartement et au 2é un vaste atelier éclairé par une verrière d’angle. Le toit d’origine comportait 2 sheds à versants vitrés, en 1946 ils ont été supprimés lorsque la villa a été surélevée et une terrasse  aménagée. Au rez de chaussée le garage a été supprimé et le rythme des ouvertures modifié.

Après des études classiques Amédée Ozenfant rencontre en 1917 dans l’atelier d’A. Perret Le Corbusier, et dès 1918 ils exposent ensemble des tableaux de natures mortes qui regroupent des objets de tous les jours de façon simple. En 1918 ils publient ensemble un manifeste « Après le cubisme » qui fonde le purisme. En 1920 Amédée Ozenfant a crée avec le poète Paul Dermée et Le Corbusier la revue L’Esprit Nouveau. De 1939 à 1955 Ozenfant a émigré aux Etats-Unis ou il créa à New York l’  » Ozenfant School of Fine Art » qui entre autre aura pour élèves Gerald Murphy et Roy Lichtenstein.

19 (Le Corbusier Arch.).

Sur cette façade indépendamment de la suppression des 2 sheds qui donnaient au Nord vers les réservoirs Montsouris, d’autres modifications sont intervenues: la suppression de l’accès au garage en rez de chaussée, l’accès au premier étage se faisait à gauche sous le châssis vitré vertical (et non pas en coupant le châssis horizontal d’angle).

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Sur cette élévation avenue Reille l’accès en rez de chaussée se faisait dans l’angle gauche,  et la modénature du percement horizontal se poursuivait à l’aplomb de celui du premier étage pour accueillir l’appartement du gardien  .

 

Face à la maison-atelier d’Amédée Ozenfant: les réservoirs d’eau de Montsouris sont implantés au dessus des carrières de Montrouge, ces réservoirs récupèrent les eaux du Loing, de la Vanne, et de la Seine.

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En tournant à droite dans l’avenue Reille après avoir longé les réservoirs on atteint la rampe de la rue St Yves, elle surplombe l’avenue René Coty, on découvre là aussi un coin très tranquille avec beaucoup de maisons individuelles.On atteint ensuite la « Cité du Souvenir « , fondée en 1925 par l’abbé Keller, qui abrite dans la cour une chapelle .

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Plus loin au n°7 rue Marie-Rose, le couvent et la chapelle des pères franciscains organisés autour d’un cloître carré( P. Gelis L-J. Hulot Arch.1935). Superposition des différentes fonctions et respect des gabarits, mais décalage dans le temps quand on compare ce bâtiment à la production architecturale des années 30.

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Dans la rue de la Tombe-Issoire on découvre une autre voie privée d’esprit assez différent des précédentes: la villa Seurat lotie en 1920 et construite de 1924 à 1926 .

A partir des années 20 les artistes commencèrent à quitter Montmartre pour s’installer à Montparnasse et aux alentours. C’est précisément ce qui a regroupé dans ce lotissement une succession de maisons-ateliers d’artistes ou vécurent Dali, Soutine, J.Lurçat, M. Gromaire, R. Couturier, C. Orloff, F.Townshend, Anais Nin, Henri Miller et quelques autres artistes déjà réputés lors de leur arrivée .

Parmi ces ateliers six sont l’œuvre d’André Lurçat et un des frères A. et G. Perret. La configuration de la villa Seurat est différente de celle du square Montsouris. Ici le terrain n’est que légèrement incliné vers la rue de la Tombe-Issoire, pas de végétation exubérante coté rue, pas de clôtures hétéroclites, l’alignement est assez rigoureux .

André Lurçat a été diplômé architecte en 1923 a 29 ans. Il a d’abord travaillé dans le cabinet de Robert Mallet-Stevens, puis a construit à partir de 1924 grâce à l’appui de son frère le peintre Jean Lurçat cet ensemble d’ateliers d’artistes qui ont fait de lui à cette époque un architecte très en vue. De 1923 à 1928, période ou se constitua ce que les critiques nommèrent le « style international » il n’existait aucune coordination entre les jeunes architectes, les contacts relevaient majoritairement du hasard. Or durant ces cinq années A. Lurçat construisit ces maisons et voyagea beaucoup à Vienne, Amsterdam, Berlin, Bruxelles ou il rencontra J. Hoffmann, J. Frank, W. Gropius, Moholy-Nagy, M. Breuer, Mies van der Rohe, Taut, JJP. Oud, ainsi A. Lurçat participait à cet intense mouvement dont il était un des plus jeunes.

La résidence atelier de l’écrivain F. Townshend ( angle rue de la Tombe-Issoire).

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La  résidence atelier de l’écrivain P. Townshend ( suite dans la villa Seurat), et l’atelier du sculpteur R. Couturier par J-Ch. Moreux architecte.

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La maison-atelier de Chana Orloff ( A. Perret Arch. 1926 ), à gauche l’accès à l’atelier, à droite l’accès vers la remise et l’étage se faisait par un retrait de 2m de profondeur, et permettait un accès latéral à l’atelier pour les visiteurs. L’atelier est à double hauteur. A l’étage coté rue les 2 ouvertures correspondent à une galerie, en position centrale : la cuisine et l’espace salle de bains, les 2 chambres avec cheminées donnaient en façade arrière sur une cour.

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Au n°18  Henry Miller y écrivit ses Tropiques.

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La maison Quillé .

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La maison des peintres Edouard Goerg et Marcel Gromaire.

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En revenant vers la rue de la Tombe-Issoire: la maison du peintre Jean Lurçat s’organise autour d’un jardin intérieur.

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En reprenant la rue de la Tombe-Issoire vers Denfert-Rochereau on emprunte la rue Bezout puis on traverse la rue du Commandeur calme et tranquille.

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Puis la rue Hallé débouche sur la place Michel Audiard, tout au long de ce cheminement on découvre des constructions de tailles variées.

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La rue Hallé tourne après la place vers l’avenue René Coty et permet de voir la façade arrière de l’ancienne maison de retraite La Rochefoucault fondée en 1780. Aujourd’hui désaffectée, son terrain a été progressivement réduit en 1844 au profit lors de la création du réseau ferré de la ligne de Sceaux, devenue le RER B, puis en 1877 lors de l’ouverture de l’avenue du parc Montsouris (renommée en 1964 avenue René Coty )celle-ci débouche sur la place Denfert-Rochereau, terminus de cette ballade.

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7 réflexions au sujet de « Paris, balade dans différentes voies privées aux alentours du parc Montsouris. »

  1. Bonjour,
    ceci n’est pas vraiment un commentaire, plutôt une question : sauriez-vous m’indiquer ce que l’on trouve aujourd’hui au 1, rue Gazan ? Cette rue longe le Parc Montsouris, et l’immeuble abritait au moins jusque dans les années 40 les bureaux du Petit Écho de la Mode. À côté, au 7, rue Lemaignan on trouvait l’ Imprimerie de Montsouris. D’après ma promenade sur Google street, il ne reste rien de ces bâtiments… et je ne peux aller y voir moi-même, car je vis au Québec. Alors si vous connaissez la réponse, je vous serais très reconnaissante de me la communiquer.
    Le commentaire, maintenant : votre site est passionnant.

    • Bonjour ,
      Le 1 rue Gazan se trouve effectivement au carrefour avenue Reille et rue Lemaignan, les imprimeries et autres activités ont quitté le quartier il y a maintenant des immeubles d’habitations d’une quinzaine d’étages qui dominent l’entrée Nord-Est du parc Montsouris.
      Bonne journée
      JM R

  2. Bonjour et merci pour cet article super enrichissant sur ce quartier. J’espère qu’on aura le droit un jour à un billet du même style sur le quartier des Buttes Chaumont, notamment cet ensemble pittoresque situé entre la rue Botzaris et la rue de la villette (passage du plateau, villa de l’adour…).

  3. Bonjour, c’est depuis l’Orlybus que j’ai eu un aperçu de ce quartier que je ne connaissais pas (j’habite en Suisse). Le premier élément qui a attiré mon attention a été le réservoir Montsouris – je me suis demandée ce que c’était. Ensuite, ce sont les maisons de la rue Coty ainsi que les escaliers qui permettent d’accéder à la rue des artistes, à la rue de l’Aude.

    Le lendemain, dans l’attente de reprendre l’Orlybus, j’ai décidé de venir découvrir ce quartier de Paris et je l’ai trouvé absolument magnifique.

  4. Bonjour, très bel article agrémenté de jolies photos. Cependant, pour avoir fait la balade dernièrement, je n’ai pas trouvé la belle maison à colombages que vous indiquez être rue du parc montsouris! S’agit il d’une erreur? Merci d’avance

  5. Bonjour,
    quel plaisir de tomber sur cette balade en photos riche en informations historiques ! merci beaucoup ! Auriez-vous aussi des éléments sur les artistes qui ont pu occuper entre 30 et 50 les ateliers du 21 rue Gazan ? Nous recherchons des éléments sur le peintre Marie-Thérèse Aufray. Merci d’avance pour votre réponse. Lisa

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